Avec un taux de bancarisation faible, seulement 29%, le paiement mobile constitue un levier de croissance primordiale pour réussir l'inclusion financière. Les opérateurs télécoms arrivent en force et font peur aux banques qui doivent se retrousser les manches. Depuis quelques mois, le mot du Mobile Money ou le paiement mobile retentit dans le milieu bancaire mais aussi des télécoms. C'est une révolution technologique qui fait l'actualité au Maroc et pourrait devenir une solution alternative pour booster le taux de bancarisation. Un taux qui reste très faible et inquiétant puisque nous sommes à seulement 29%. Pis encore, dans ces 29%, 89% des transactions se font en cash. Un constat alarmant non pas sans conséquence sur l'économie nationale ainsi que sur le secteur financier marocain. C'est dire que le sujet suscite le débat et l'intérêt de tous les acteurs concernés par l'émergence de ce nouveau mode de paiement. La question a été débattue lors du cycle de conférence sur le Mobile Money organisé par Inwi, l'Agence de Développement Digitale (ADD) et le Think Tank « Digital ACT » sous le thème « Le Mobile Money : un levier pour catalyser l'inclusion financière ». Cette rencontre entre professionnels a permis d'établir un état des lieux sur où en est le Maroc en matière de Mobile Money, la typologie des freins qui ralentissent son émergence et surtout la responsabilité de tout un chacun. « En phase avec la Stratégie Nationale d'Inclusion Financière, qui vise l'égalité d'accès aux services financiers, les services transactionnels dématérialisés connaissent aujourd'hui, au Maroc, une évolution majeure : l'arrivée de nouveaux acteurs dans un contexte d'évolution du cadre légal et réglementaire. L'objectif de la conférence « Digital Act by inwi » est justement d'être une tribune de réflexion collective et participative dans l'objectif de favoriser l'inclusion financière », a déclaré Ghassane El Machrafi, Chairman de inwi money. L'enjeu est de taille notamment dans une ère où le digital est devenu une composante inconditionnelle de notre mode de vie. C'est aussi un levier prioritaire pour réussir le chantier de l'inclusion financière que le Maroc a lancé. Alors comment les opérateurs (bancaires et télécoms) se sont préparés pour cette révolution ? Sont-ils sur la bonne voie ? Allons-nous atteindre les objectifs de la bancarisation de 50% à l'horizon 2023 et 75% en 2030 ? Il s'agit des 2/3 de la population qui sont marginalisés par le système financier et qui constituent un fort potentiel pour le développement du Mobile Money. Mais est-ce que tous les ingrédients sont réunis pour que la mayonnaise prenne ? Pas si sûr. Yassine Sekkat, Consultant McKinsey&Company a établi un état des lieux sans maquillage. Une intervention sans longue de bois où il a relevé 2 constats majeurs. Le premier concerne l'inclusion financière. « Nous n'y sommes toujours pas eu égard au taux de bancarisation des Marocains », a-t-il souligné. Deuxième constat et pas des moindres, les dispositifs de paiement électronique mis en place au Maroc durant les 15 dernières années n'ont pas bien fonctionné. Chiffres à l'appui, environ 250 Mds de DH de transactions se font par cartes bancaires et 230 Mds de DH se font par cash après retrait du guichet. C'est dire que le paiement électronique et par carte en l'occurrence n'est toujours pas ancrée dans notre culture où les dispositifs mis en place ne sont pas adaptés aux spécificités du consommateur marocain. En effet, nul n'est sans savoir que la part de l'informel est très importante dans notre économie. Et qui dit informel dit appréhension du système bancaire, de l'administration fiscale et de toutes formes de transparence. D'après Yassine Sekkat cette frilosité à la bancarisation est le résultat de 3 constats. Là encore le consultant de McKinsey&Company n'a pas marché ses mots. Il a souligné que le premier sujet est une question de réputation. Les Marocains ne font confiance ni aux banques ni au fisc. Donc tout le défi est de créer de nouveaux acteurs outre que les banques pour fédérer les utilisateurs. Deuxième constat est d'ordre économique : il faut trouver un nouveau modèle plus faisable économiquement pour réussir à bancariser plus de Marocains. Et le 3ème constat est d'ordre géographique. Il faut trouver comment être présent partout sans trop investir. Le Mobile Money peut donc être la réponse à ses 3 constats à condition de huiler la machine pour lui permettre de prendre sa vitesse de croisière. « Tout l'enjeu aujourd'hui est de trouver comment créer des dispositifs réglementaires, technologiques et économiques qui permettront de servir cette population et l'intégrer dans le système financier », a précisé Yassine Sekkat. Les acteurs concernés sont-ils bien préparés ? Il s'agit d'une part de marché importante, 70% de la population non bancarisée, qu'il faudra réussir à intégrer dans le circuit bancaire. Pour cela il y a 3 acteurs. En effet, le Maroc a eu le courage de mettre en place cette initiative de paiement mobile unique au niveau de la région MENA qui consiste à avoir les banques, les nouveaux acteurs à savoir les établissements de paiement et les opérateurs télécoms. Concernant les banques, elles se sont lancées depuis quelque temps dans ce nouveau créneau dans l'ambition d'attirer les clients qui leur échappent toujours. Toutefois, la question est de savoir si avec le paiement mobile les banques réussiront-elles à renverser cette tendance et par conséquent booster le taux de bancarisation ? D'après Yassine Sekkat pas si sûr. « Les banques sont en phase de se positionner et de trouver leur marque. Jusqu'à aujourd'hui aucune banque n'a trouvé ni l'offre ni la solution appropriée pour servir les clients non bancarisés. Les banques ont franchi le pas et réalisé les directives de la Banque centrale. Mais comme en attestent les chiffres il n'y pas eu de décollage », a-t-il déclaré au risque de déplaire aux banquiers présents dans la salle. Deuxième acteur les établissements de paiement qui ont réussi à ouvrir la porte à de nouveaux entrants et à concurrencer les banques. Le troisième acteur ce sont les opérateurs télécoms ayant investi ce créneau. « Ces derniers font peur aux banques. Et pour cause avec des dizaines de millions de clients non bancarisés, si les opérateurs télécoms arrivent à la bonne formule nous assisteront à une vraie révolution du paiement mobile au Maroc », a précisé Yassine Sekkat. Tous les regards sont donc braqués sur le secteur télécom pour voir s'il réussira à impulser cette transformation. Rappelons que Inwi a été le premier opérateur télécom à ouvrir le bal en lançant sa solution de paiement mobile « inwi money ». Cela dit, les dés sont jetés. Reste à voir comment les choses vont évoluer et dans quelle mesure les acteurs vont-ils s'adapter aux spécificités du consommateur marocain ?