Les supermarchés en ligne, spécialisés dans l'alimentation générale, débarquent sur la toile et commencent à s'installer peu à peu dans les habitudes du consommateur marocain. 10 % moins chers qu'une épicerie de quartier et 4 à 5 % plus chers que les supermarchés classiques, ces supermarchés virtuels cherchent à se faire une place. Pas moins de six opérateurs exploitent déjà le concept de supermarchés en ligne qui a vu le jour au Maroc pour la première fois en 2003 à El Jadida grâce à la société WEB3M, société à 100 % marocaine via le site «assouakcom.ma». Ce pionnier des supermarchés virtuels, qui couvrait également les villes de Casablanca et de Mohammedia, a malheureusement vu son expérience tourner court. Car, trois années après sa création, il baissera le rideau. À en croire une source proche des promoteurs du site, les commandes avaient du mal à décoller. Pourtant, depuis que WEB3M a fermé boutique, les nouveaux entrants se sont multipliés. Philippe Bourgeois lance en 2005 à Marrakech sa société d'achat en ligne, Proxi-Business Maroc, qui met en ligne son site Supermarche-marrakech.com. Ce dernier offre la possibilité d'acheter auprès des grandes surfaces de la place à partir de chez soi. L'essentiel de sa clientèle est depuis composée à 80% de maisons d'hôtes et 20 % de particuliers. Le Français estime aujourd'hui le prix de son panier virtuel moyen entre 1.500 et 2. 000 dirhams avec un chiffre d'affaires de près de 2 millions de dirhams. Le match Epicerie.ma/ Lescourses.ma Investis jusque-là par des opérateurs installés dans les régions, la capitale économique va commencer à accueillir trois sociétés du secteur au courant de l'année dernière. Et c'est « Epicerie.ma» qui ouvrira le bal en mai 2008. Benaddou Idrissi, promoteur du site et son associé, ont mis deux ans pour mettre en place le concept. Étudiant en France, il faisait souvent ses courses sur Internet. Une fois rentré au bercail, le jeune Benaddou Idrissi tenait coûte que coûte à s'investir dans les nouvelles technologies. « Je voulais au départ me lancer dans le développement de photos et tirages sur Internet. Finalement, cela n'a pas abouti et j'ai opté pour le supermarché en ligne. En effet, une étude de marché nous a démontré que le secteur des courses en ligne était très prometteur au Maroc. Beaucoup de foyers n'ont plus le temps de se consacrer à leurs courses», souligne Benaddou Idrissi. Aujourd'hui, Epicerie.ma recrute l'essentiel de sa clientèle sur le segment des jeunes cadres mais également celui des entreprises. La société, qui compte un effectif d'une quinzaine de personnes, a investi 200.000 dirhams. À en croire son promoteur, le chiffre d'affaires de l'entreprise avoisine le million de dirhams. «Nous recevons en moyenne 17 commandes par jour pour un panier moyen virtuel de 1.500 dirhams, soit 400.000 dirhams par mois », détaille le patron d'Epicerie.ma. Pour autant, à entendre parler Benaddou Idrissi, on se dit que pour l'heure, la rentabilité d'un tel business nécessite beaucoup de patience. « Dès le départ, nous ne nous attendions pas à une rentabilité immédiate, dans la mesure où c'est un projet innovant. Le marché est encore très jeune. Il se portera mieux dans quatre ans», dit-il. Business rentable ou pas, ce supermarché virtuel casablancais sera vite rejoint sur son marché naturel par « shop4you.ma », lancé en juillet 2008 par deux étudiants d'une école de commerce de la place, Naoufal Rhouda et Soufiane Sayd. L'idée leur est venue lors d'une étude de terrain sur le thème de la monétique et de la prospection des marchés de l'Europe de l'Est, dans le cadre de leur formation. Elle fera ensuite son chemin avant de se concrétiser. Mais, testé par nos soins, shop4you.ma gagnerait à se professionnaliser davantage, même si ce supermarché en ligne a réussi à décrocher un partenariat avec la chaîne de supermarchés Franprix Maroc pour faciliter l'approvisionnement. L'accueil au téléphone laisserait plus d'un client perplexe. Arrivé sur le marché virtuel en décembre dernier, le cybermarché virtuel Lescourses.ma fait déjà figure de grand dans le secteur avec Epicerie.ma». Ce n'est pas un hasard si ces deux « grosses pointures » du secteur se ressemblent pratiquement en tout, à quelques exceptions près, du moins au niveau de leur site respectif. Ciblant la même clientèle, des dissemblances sont notées d'abord en termes de prix. Epicerie.ma est légèrement moins cher que Lescourses.ma. Avec un caddie virtuel de dix produits de consommation quotidienne d'une même marque et d'un même référencement produit, Epicerie.ma enregistre une somme de 463,25 dirhams contre 475,45 dirhams pour Lescourses. ma, soit une différence de plus de 12,2 dirhams. «Nous sommes 10 % moins chers qu'une épicerie de quartier et 4 à 5 % plus chers que les supermarchés classiques », souligne Mohamed Benaddou Idrissi, directeur général de Epicerie.ma. Cette enseigne virtuelle devance son challenger de loin pour ce qui est des prix de la boucherie, notamment pour les produits La Fonda. «Nous avons une convention exclusive avec l'enseigne de boucherie La Fonda pour la commercialisation de ses produits, contrairement à notre concurrent qui s'approvisionne directement auprès de notre partenaire. D'ailleurs, ce partenariat exclusif avec La Fonda nous permet de réaliser des marges arrières, mais aussi de proposer les produits avec les mêmes prix affichés dans leurs magasins », justifie Mohamed Benaddou Idrissi. Avec 2.650 références, Epicerie.ma dépasse son concurrent direct qui n'en compte pas plus de 2.400. Ainsi, le leader du secteur qui avait signé un partenariat avec la chaîne Hanouty s'est vu obliger de rompre son contrat d'approvisionnement auprès de la centrale d'achat de cette dernière. « Hanouty ne compte que 800 références de produits, soit 20 % des produits dont on dispose aujourd'hui », explique-t-il. Depuis lors, Epicerie.ma a commencé à constituer son propre stock. « 45 % du stock provient directement des fournisseurs, 30 % sont achetés auprès des supermarchés et 23 % en flux tendu», ajoute-t-il. Quoi qu'il en soit, la concurrence que se livrent déjà Epicerie.ma et lescourses.ma donne déjà un avant-goût du niveau élevé de concurrence qui pourrait exister sur ce créneau. Car d'autres opérateurs sont sur le point de faire leur entrée sur le marché. C'est le cas de Telemarket-agadir.com, qui sera opérationnel dès le mois prochain dans la capitale du Souss, à en croire son promoteur Hamid Outadrad. Cependant, une chose reste sûre : certains sites « non professionnels » risquent de porter un sérieux coup au business en termes d'image.