La banque publique d'investissement dans une note publiée sur son site a mis la lumière sur les 6 secteurs stratégiques pour l'investissement au Maroc... on vous explique. Le Maroc se positionne comme une destination d'investissement clé en Afrique, avec des secteurs porteurs qui dessinent son avenir économique. Dans une note récente, la Banque Publique d'Investissement (bpifrance) a identifié six filières stratégiques offrant un fort potentiel de développement. Ce choix n'est pas anodin : il reflète les mutations en cours dans l'économie marocaine, entre industrialisation accélérée, transition énergétique et essor du numérique. Lire aussi | Comment le Maroc a doublé la France en Afrique Alors que le Royaume ambitionne de renforcer son attractivité auprès des investisseurs internationaux, ces secteurs apparaissent comme les moteurs d'une croissance durable et d'une compétitivité accrue sur les marchés mondiaux. Mais quelles sont ces filières et pourquoi ont-elles été jugées prioritaires ? L'analyse de la BPI met en avant des domaines où le Maroc dispose d'avantages concurrentiels ou d'une dynamique déjà bien engagée. De l'industrie à l'innovation technologique, en passant par les énergies renouvelables et l'agro-industrie, ces choix stratégiques témoignent d'une volonté de diversification économique et de montée en gamme. Nous revenons ainsi sur les six secteurs stratégiques mis en avant par la banque française. Tourisme : Une relance stratégique grâce à l'aune de la Coupe du Monde 2030 Après avoir été durement impacté par la pandémie, le secteur touristique marocain est en pleine relance et vise à accueillir 26 millions de visiteurs d'ici 2030. Avec une contribution de 7 % au PIB, le tourisme reste un levier essentiel du développement économique. La Coupe du Monde 2030 représente une opportunité historique pour renforcer l'attractivité du pays et accélérer la modernisation des infrastructures hôtelières et de transport. Selon la banque, les investissements se multiplient dans les grandes villes comme Marrakech, Casablanca et Tanger, mais aussi dans le développement du tourisme rural et écologique, un segment en pleine expansion. Néanmoins, la concurrence régionale reste un défi, tout comme la nécessité d'adapter l'offre pour capter une clientèle plus variée tout au long de l'année. Automobile : Un pôle de production compétitif Avec plus de 500 000 véhicules produits par an, le Maroc s'impose comme un acteur incontournable de l'industrie automobile en Afrique. L'usine Renault de Tanger, qui alimente les marchés européen et africain, et le site Stellantis de Kénitra ont transformé le pays en hub régional pour la fabrication et l'exportation de véhicules. Lire aussi | Larcher assure que le soutien de la France à la souveraineté du Maroc sur son Sahara est « non discutable » Ce secteur représente aujourd'hui 30 % des exportations industrielles marocaines et continue d'attirer des investissements étrangers. La transition vers l'électromobilité ouvre également de nouvelles perspectives, notamment pour la fabrication de batteries et le développement des infrastructures pour l'installation de bornes de recharge. Technologie et Innovation : Un secteur en pleine expansion Pour le BPI le Maroc mise sur le numérique et l'innovation pour accélérer sa transformation économique. Le pays s'est doté d'un écosystème de startups dynamique, porté par des incubateurs et des fonds d'investissement, notamment dans les domaines de la fintech, de l'e-commerce et de l'intelligence artificielle. Les zones d'accélération industrielle, comme celle de Casablanca, attirent de plus en plus d'entreprises spécialisées dans le digital et les nouvelles technologies. L'Etat accompagne ce mouvement avec des initiatives de développement du e-gouvernement et de cybersécurité. Selon la note , le principal défi reste la formation de talents locaux et l'accès au financement pour les jeunes entreprises innovantes. Immobilier : Un marché en forte croissance Le marché immobilier marocain connaît est dopé par une demande croissante en logements résidentiels, en infrastructures touristiques et en zones industrielles. Dans les grandes métropoles comme Casablanca, Rabat et Tanger, l'urbanisation rapide alimente la construction de nouveaux quartiers et de pôles économiques modernes. Le programme d'aide au logement 2024-2028, mis en place par le gouvernement, prévoit des incitations fiscales et des financements avantageux pour dynamiser le secteur et faciliter l'accession à la propriété. Lire aussi | Assurance en Afrique : 6 tendances qui redéfiniront le secteur Mais au-delà de la simple expansion immobilière, une mutation profonde s'opère : l'essor de l'éco-construction et des matériaux biosourcés. Dans un contexte de transition énergétique et de lutte contre le changement climatique, le Maroc s'oriente progressivement vers un bâtiment plus durable, intégrant des solutions respectueuses de l'environnement et plus économes en énergie. Cette évolution suit une tendance mondiale, où l'éco-construction représente une opportunité stratégique pour les entreprises du secteur. Agroalimentaire : Un marché en plein essor Le secteur agroalimentaire marocain est un pilier essentiel de l'économie nationale, représentant 15 % du PIB et employant près de 40 % de la population active. Avec une population de 37 millions d'habitants et une forte demande intérieure, le Maroc mise sur la modernisation de son agriculture pour renforcer sa sécurité alimentaire et accroître ses exportations. Le Plan Génération Green 2020-2030, qui succède au Plan Maroc Vert, prévoit des investissements massifs dans l'optimisation des ressources hydriques, l'innovation technologique et l'industrialisation de la filière agroalimentaire. En 2025, 14 milliards de dirhams seront mobilisés pour soutenir cette transformation. Mais ce qui redessine aujourd'hui le paysage agricole marocain, c'est la montée en puissance de l'agritech Loin d'être un simple ajustement technologique, cette révolution repose sur des innovations qui transforment la productivité, la gestion des cultures et la durabilité du secteur. Des entreprises marocaines et étrangères développent des solutions basées sur l'intelligence artificielle, l'Internet des Objets (IoT) et le Big Data pour optimiser les rendements agricoles tout en réduisant l'utilisation des ressources naturelles. Pour rappel parmi les avancées majeures, « on retrouve les capteurs intelligents, qui permettent aux agriculteurs de surveiller en temps réel l'état des sols et des cultures, réduisant ainsi les pertes liées aux maladies ou aux conditions climatiques extrêmes. L'irrigation de précision est également en plein essor, avec des systèmes automatisés capables d'ajuster l'apport en eau en fonction des besoins réels des plantations, un enjeu crucial pour un pays où l'accès à l'eau devient de plus en plus limité ». Energie renouvelable : Un leader en devenir Le Maroc s'est engagé depuis plusieurs années dans une transition énergétique ambitieuse avec un objectif clair : produire 52 % de son électricité à partir d'énergies renouvelables d'ici 2030 selon le Ministère de la Transition Energétique. Le pays, qui importe plus de 90 % de ses besoins en énergie, a misé sur des projets phares tels que la centrale solaire Noor Ouarzazate, l'un des plus grands complexes solaires au monde. L'hydrogène vert représente également un axe stratégique pour le Maroc, qui ambitionne de devenir un exportateur majeur de cette nouvelle énergie vers l'Europe. En 2023, plusieurs accords ont été signés avec des partenaires internationaux, notamment l'Allemagne et la France, pour développer une filière compétitive dans ce domaine. Cependant, les défis restent nombreux : le coût initial des infrastructures est élevé et la réglementation doit encore évoluer pour faciliter l'intégration massive de ces nouvelles technologies. Comprendre l'action de la BPI ? Contacté par Challenge pour analyser les enjeux de cette note, Andrea Bises, expert en finance digitale auprès du fonds monétaire arabe déclare : « La BPI dans sa volonté d'appui ne fait que consacrer les atouts stratégiques de la relation France-Maroc, en capitalisant sur des secteurs où cette collaboration est réussi comme l'automobile, et en misant sur des secteurs d'avenir comme les énergies renouvelables. Cette volonté est une très bonne nouvelle. La France cherche à se projeter en Afrique et ailleurs pour réduire son déficit commercial et a besoin d'un partenaire capable de faciliter sa pénétration et d'améliorer coûts et compétitivité. Ce n'est plus la France d'après-guerre avec un pré-carré à l'heure du retour des empires et d'un ordre de non-alignés, le Maroc a des cartes à jouer pour faciliter l'expert en Afrique et au Moyen-Orient. » Et de poursuivre : « D'un autre côté, le Maroc en prenant la vague se donne une chance d'avoir de la profondeur et de la largeur dans ses secteurs industriels, en s'ouvrant de nouveaux de débouchés. On peut que souhaiter à notre pays d'en profiter pour voir émerger des champions nationaux dans de nouvelles filières comme l'énergie renouvelable. Les success stories de l'automobile ou encore de l'aéronautique peuvent être dupliquées, et offrir au Maroc une possibilité d'une modernisation à grande échelle de secteurs stratégiques comme l'agriculture. Toutes ces initiatives sont de bon aurgure ». Pour le patron de Engie Maroc Loïc JAEGERT HUBER, « Bpifrance met en lumière des secteurs clés pour l'investissement au Maroc, et sans surprise, les énergies renouvelables figurent en tête de liste. Le Maroc s'impose aujourd'hui comme un leader africain dans la transition énergétique, avec une ambition claire : dépasser 52 % d'énergies renouvelables dans son mix électrique d'ici 2030. Ce dynamisme ouvre des opportunités uniques pour les investisseurs, notamment dans le solaire, l'éolien et bientôt l'hydrogène vert. Des partenariats industriels comme ceux que nous développons avec ENGIE illustrent bien cette transformation « conceived and made with Morocco » ».