L'Espagne essaie de satisfaire à la fois le Maroc, dont la proposition d'autonomie est jugée comme la base la plus sérieuse pour le règlement de la question du Sahara, et l'Algérie, avec laquelle elle vient de signer un nouvel accord, consacrant une hausse des prix sur les fournitures de gaz pour les années 2022-2024, ramenées à 24 pour cent des importations espagnoles, depuis la crise qui a éclaté entre les deux pays, en mars dernier. On aurait souhaité, ici au Maroc, que le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, réaffirme solennellement, formellement et officiellement, dans son discours à la tribune de l'assemblée générale de l'ONU, le 23 septembre dernier, ses engagements de Mars dernier, réitérés le 7 avril à Rabat. Qu'est ce qui l'aurait empêché de reprendre publiquement les engagements auxquels il avait souscrits dans une lettre adressée à SM le Roi Mohammed VI en mars dernier, puis réitérés dans un communiqué commun, à l'issue d'une visite officielle au Maroc et d'entretiens avec le Souverain, au mois d'avril. Dans son discours à New york, il s'était, certes, prononcé en faveur d' «une solution politique, mutuellement acceptable, dans le cadre de la charte des Nations unies et des résolutions du conseil de sécurité», mais sans aller jusqu'à soutenir solennellement à la tribune de l'ONU, la solution d'autonomie, présentée par le Royaume, et considérée par lui-même, quelques semaines plus tôt, comme la solution la plus sérieuse à ce différend régional, crée de toutes pièces par un voisin arabe et musulman, animé de desseins néocoloniaux, comme ses anciens colons. Il n'était pas nécessaire, à nos yeux, que son ministre des affaires étrangères, José Manuel Albares intervienne pour lever toute équivoque, et réaffirmer les engagements de son chef, en marge de la 77eme assemblée générale des Nations unies. Ces déclarations, qui seraient interprétées comme un recul, avaient d'ailleurs été immédiatement présentées par le président algérien, Tebboune, qui était réuni avec les walis, comme une amorce d'un virage de Madrid sur la question du Sahara. En reconnaissant l'autonomie comme la base la plus sérieuse pour le règlement de ce différend, Pedro Sanchez admettait en même temps que l'autonomie ne pouvait se concevoir que sous souveraineté marocaine. Ce qui avait été effectivement pris en compte dans des cartes du Maroc par l'Agence espagnole de coopération internationale, depuis six mois, intégrant le Sahara au territoire marocain. Surprenante est la position exprimée ces jours-ci par le ministère espagnol des affaires étrangères, qui remet la ligne de séparation entre le Sahara et le Maroc, avec comme justification, des «mises à jour et des tests non vérifiés». Ce qui revient à dire que les engagements solennels de Madrid de mars et d'Avril dernier, ne signifieraient pas, pour autant, la reconnaissance de l'intégrité territoriale du Royaume sur son Sahara. La dégradation des relations entre le Maroc et la France encourage-t-elle l'Espagne à s'installer dans l'attentisme et l'hésitation, en attendant de voir plus clair. En même temps, l'Espagne voudrait ménager le Maroc et l'Algérie, en reconnaissant dans le premier cas l'autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour le règlement de la question du Sahara, et offrant, dans le deuxième cas, une carte du Maroc, amputé de son Sahara, pour satisfaire les adversaires du Royaume. Le jeu de Madrid semble en décalage avec les déclarations des dirigeants espagnols sur Les liens privilégiés, stratégiques et éternels avec le Royaume. *Journaliste et écrivain