Entre Rabat et Alger, c'est retour à la case départ. Le réchauffement des relations maroco-algériennes a pris un coup de froid. La presse algérienne pointe du doigt la dernière sortie médiatique du chef du gouvernement marocain Abdelilah Benkirane, dimanche. Abdelilah Benkirane a-t-il torpillé l'amorce d'un réchauffement des relations entre le Maroc et l'Algérie ? Une partie de la presse algérienne en est convaincu. La publication en ligne TSA, très proche du pouvoir, estime, dans un article paru hier, lundi 25 février, que les propos du chef de gouvernement marocain, pendant l'émission Internationales sur TV5 Monde, diffusée dimanche, pourraient plonger, à nouveau, Alger et Rabat dans la tension. A propos de la guerre au Mali, TSA évoque les accusations, toutefois implicites, de Abdelilah Benkirane au voisin de l'Est d'être responsable de l'intervention militaire française dans ce pays, estimant que «l'Algérie ne veut pas que le Maroc intervienne, je ne sais plus pourquoi ...» Sur le Sahara, le chef de gouvernement, nullement adepte du langage diplomatique, a assuré aux journalistes français que «tout le monde sait que si l'Algérie décide de régler ce problème, en une journée, c'est réglé. [...] Il s'agit d'une problématique que l'Algérie a considérée devoir entretenir [...]. Malheureusement, cette affaire du Sahara, qui appartient à une ancienne logique, envenime nos relations. Le jour où nos frères algériens le voudront, les frontières s'ouvriront». Et de rappeler que «Sa Majesté a déjà décidé d'ouvrir les frontières de notre côté». TSA rappelle à Benkirane la position d'Alger sur le verdict Gdim Izik TSA, qui traduit le malaise du pouvoir à Alger et notamment celui du ministère des Affaires étrangères à la suite de cette sortie médiatique, précise que Abdelilah Benkirane, en lançant ces déclarations, n'a pas tenu compte la position des autorités algériennes de «s'abstenir de condamner publiquement le lourd verdict prononcé par la cour de Rabat à l'encontre de 24 militants sahraouis». La publication conclut que le chef le gouvernement, en agissant de la sorte, a certainement nui à la mission du secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Nacer Bourita, qui se trouvait mercredi et jeudi derniers à Alger. Un déplacement au cours duquel, le n°3 de la diplomatie marocaine «a évoqué la volonté du roi Mohammed VI de renforcer les relations entre le Maroc et l'Algérie en vue de construire un modèle de coopération fondé sur le respect mutuel», rappelle la publication en ligne. Le n°3 de la diplomatie marocaine était à Alger Une visite vitale qui n'a pas été assez médiatisée par la presse officielle marocaine par rapport à celles effectuées par les ministres des Affaires étrangères ou encore de la Communication. Seule la MAP lui a consacré une dépêche dans laquelle elle annonce que «le Maroc et l'Algérie ont convenu d'adopter une démarche pragmatique, progressive, mais surtout ambitieuse, pour donner une nouvelle dynamique aux relations bilatérales enclenchées depuis plus de deux ans». A l'instar de TSA, d'autres publications arabophones algériennes, Al Ahdath et Arraid, ont puisé dans la même rhétorique pour critiquer les propos de Benkirane. Il faut dire que ce n'est pas la première fois que le chef de gouvernement irrite une partie de la presse algérienne. Juillet dernier, il assurait dans un entretien accordé au quotidien Attajdid que «les conditions ne sont pas réunies pour la tenue de cette réunion [sommet de l'UMA, ndlr] de haut niveau».