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Rétro-Verso : Aux origines de Salé la vaillante
Publié dans L'opinion le 20 - 12 - 2023

Animée par Ali Bouallou, président de la Fondation Abdelkrim Bouallou, une conférence de l'intellectuel Seddik Maâninou a mis en lumière Salé des XVIIe et XVIIIe siècles. Un voyage dans la machine à remonter le temps s'impose.
De ses marchés hebdomadaires, de ses bastions, fortifications et remparts, de ses Corsaires valeureux et intrépides, il ne reste que des récits chargés de nostalgie. Elle, c'est Salé, la Cité des mille et un pirates et de pas moins d'anecdotes transmises de génération en génération, synonyme de lutte contre l'oubli.

Il y a 400 ans, Salé ne ressemblait guère à ce qu'elle paraît aujourd'hui. Historien, écrivain et journaliste, l'ancien conseiller au ministère de l'Information Seddik Maâninou a raconté, non sans émoi, lors d'une récente rencontre qui y a été organisée, la mémoire de la ville dans ses nombreuses facettes et dans ses moindres détails.

La ville aux mille récits

« À Salé, il y avait des quartiers résidentiels et d'autres commerciaux. Ceux résidentiels étaient, bien sûr, calmes car il n'y avait ni forgerons, ni charpentiers. De plus, chaque quartier possédait sa propre mosquée où l'on se rendait le vendredi, outre les msids où l'on apprenait à lire et à psalmodier le Coran.

« Aussi, chaque quartier possédait-il son propre hammam et chaque hammam possédait son propre four de chauffage », relate l'historien, une façon de nous mettre dans le « bain » de cette époque épique. Cet aménagement fut, certes, reproduit dans d'autres villes marocaines, mais ce fut aussi le cas de Salé.

« Les quartiers commerciaux, quant à eux, étaient divisés en marchés : il y avait les forgerons d'un côté, les charpentiers d'un autre, les vendeurs de légumes, les marchands de tapis et les propriétaires de marmites procédaient à la vente à la crier ailleurs, loin des bruits des marteaux », ironise notre interlocuteur avant de poursuivre que chaque commerce avait son propre maître qui tranchait lors des querelles. Ce « mouhtassib », ou économe pour rester francophone, avait deux fonctions, à savoir le contrôle de la qualité et celui des prix des marchandises proposées.

Sachant que les portails de la ville étaient fermés la nuit, Seddik Maâninou a mentionné qu'au-delà de la prière de l'après-midi (Al Asr), les affaires s'arrêtaient, mais dans certaines mosquées l'on pouvait encore apprendre et réciter des sourates coraniques que les Salétins écoutaient entre les deux prières de l'après-midi. Aussi, a-t-il évoqué l'empreinte des mausolées qui ont joué un rôle prépondérant dans l'Histoire de la ville, comme la Zaouïa Tijanya, la Zaouïa Kadiriya, etc.

Toujours en ce qui concerne les portails salétins, l'auteur de livres à succès sur la mémoire de la ville rapporte qu'ils portaient des inscriptions faisant allusion à certains métiers qui y furent exercés ou à l'origine des familles andalouses qui y pénétrèrent après la chute de Grenade et l'expulsion des Moriques. Comme celui baptisé « Bab Maâlleqa », auquel les récits populaires ont attribué les légendes les plus farfelues qui puissent exister, comme le fait que son nom proviendrait de l'arabe « pondre les condamnés à mort », alors que son origine n'est qu'une traduction approximative de Malaga, ville espagnole d'où est originaire une importante communauté salétine.

Aussi a-t-il regretté, non sans nostalgie, la quasi-disparition de certaines traditions de vie tels que l'utilisation de la khabiya (un grand pot rempli d'eau de pluie, jadis omniprésente dans les terrasses, en guise de précaution des mauvais jours), mais aussi celle d'Al-Bayad, ce semblant de goudron noir servant à purifier l'eau potable ou les eaux de douche, sans oublier les bons vieux pique-niques à longueur de journée dans les champs verts.

L'auteur-historien prolifique, fils du militant et écrivain Ahmed Maâninou et ancien cadre à la SNRT a également raconté, non sans humour qu'il fut « un temps où les soupirants devaient manigancer des visites machiavéliques avec leurs mères pour avoir la chance inouïe de recevoir un sourire timide de l'élue de leur cœur, lequel sourire se soldait fatalement par des fiançailles, suivies de justes noces la même année ».
Rétrospective : Mais qui sont les Morisques ?
Contrairement aux Mudéjars, musulmans vivant sous l'autorité de Rois chrétiens pendant la reconquête de l'Espagne, achevée en 1492 avec la prise de Grenade par Ferdinand II d'Aragon et Isabelle de Castille, les Rois catholiques, les Morisques sont des chrétiens, anciennement musulmans ou descendants de musulmans convertis.

Promulguée par le Roi Philippe III d'Espagne, le 9 avril 1609, l'expulsion des Morisques d'Espagne marque le départ des territoires espagnols de cette communauté, issue de populations musulmanes converties au christianisme à la pointe de l'épée par le décret des « Rois catholiques » du 12 février 1502. Bien que la rébellion morisque à Grenade (1568-1571), survenue quelques lustres plus tôt, soit à l'origine de cette mesure, elle affecte particulièrement le Royaume de Valence, qui perd une grande partie de ses habitants.

Alors que les Espagnols livraient des batailles coloniales en Amérique et que la menace des raids turcs le long des côtes espagnoles se faisait sentir, de même que les deux révoltes morisques du siècle qui suivit la mise hors-la-loi de l'islam en Espagne, les expéditions semblent avoir été une solution à un problème interne à l'empire espagnol.

Entre 1609 et 1614, la Couronne espagnole a méthodiquement chassé les musulmans arabo-amazighs d'Andalousie par le biais d'un certain nombre de décrets touchant les différents Royaumes d'Espagne, avec plus ou moins de succès. Pour sa part, le processus d'expulsion dans tout le royaume d'Espagne a duré jusqu'en 1614.

Les expulsés permanents s'installent, pour la plupart, sur la côte ouest marocaine et entre 30.000 et 75.000 reviennent en Espagne. Celles qui ont évité de justesse l'expulsion ou qui ont réussi à rentrer en Espagne se sont fondues dans la culture dominante.
Histoire : Salé, la Cité des Corsaires
Le saviez-vous ? Il y a 400 ans, Rabat (appelée Salé-le-Neuf), Salé et la Kasbah des Oudayas formaient trois petites limitrophes du fleuve du Bouregreg qu'on appelait couramment « les villes du Bouregreg » ? Oui, petites, car Salé et Rabat ne se sont élargies que deux siècles plus tard. Salé, pour sa part, était de loin la plus notoire pour ses corsaires.

Dans les récits historiques, « les Corsaires de Salé », ce gouvernement de l'ombre, désigne les pirates qui ont opéré entre le 17e et 19e siècles à partir des actuelles villes de Salé et de Rabat.

Salé-le-Vieux, l'un des ports les plus influents de l'époque mérinide, servait d'arsenal et de base pour les navires en partance pour la guerre en Al-Andalus.

À partir de 1609, après les Hornacheros, ces nantis « trop fiers pour être chassés » qui avaient anticipé l'expulsion et quitté l'Espagne avec leurs biens, vint l'arrivée massive des Morisques, aussi appelés Andalous, qui furent expulsés sans pouvoir emporter leurs biens.

La population de Salé-le-Vieux étant peu encline à les accueillir, l'essentiel de l'afflux se concentre dans la Kasbah où se réunissent les Hornacheros fortunés, et ce dans la ville basse de Salé-le-Neuf.


Le Gouvernement de Salé ou du Bouregreg ou alors le Gouvernement tout court des pirates du Bouregreg, est, quant à lui, une république maritime qui a existé à l'embouchure du fleuve Bouregreg de 1627 à 1668, formée des trois cités de Salé, de Rabat et de la Kasbah des Oudayas, siège du diwan (l'administration gouvernante). Le développement de ces deux dernières cités, situées sur la rive gauche de l'embouchure du Bouregreg, est à l'origine de l'actuelle ville de Rabat.

Il s'agit donc d'une association de pirates ou du moins de Corsaires. Issue de la venue de populations musulmanes expulsées sur décision du roi Philippe III d'Espagne, cette communauté de pirates, à l'abri des attaques des hauts-fonds protégeant l'entrée de l'embouchure du Bouregreg, a su tirer son épingle du jeu en attaquant des navires et en menant des raids jusqu'en Cornouailles, et même en Islande, où Gudda la Turque a été capturée. Au Royaume-Uni, on se rappelle d'elle comme l'un des « Sallee Rovers », dans les aventures de Robinson Crusoé, prisonnier des Corsaires de Salé.

Salé et Rabat ont été la cible de plusieurs campagnes de pilonnage européennes, lesquels ont provoqué de nombreux dégâts matériels, mais n'ont pas eu de résultats marquants car les Corsaires de Salé reprenaient, de plus belle, leurs actes défensifs. La première fois, en 1629, une flottille de sept navires commandés par l'amiral Isaac de Razilly s'est attaquée à la ville de Salé. Leur échec était si cuisant qu'on n'en trouve pas de traces dans les récits historiques d'Outre-mer.

Généalogie : Les familles salétins à l'honneur !
Les familles salésiennes, c'est-à-dire celles composées des descendants et héritiers des familles fondatrices de la ville installée sur la rive occidentale du Bouregreg, ont vu la prospérité de l'un des plus importants fleuves du Maroc. Lequel a de tous temps fait profiter aux habitants de tous les coins du Royaume.

Ces familles se prévalent, en outre, à travers des récits historiques, d'appartenir à une ville conservatrice qui compte des saints, descendants du Messager de l'Islam. Salé abrite également des familles d'origine andalouse qui ont longtemps formé l'aristocratie des deux rives.

Aujourd'hui, métissage pluri-générationnel oblige, la noblesse de ces familles dites morisques est teintée d'un certain élitisme religieux : celui des Chorfas. Parmi ces familles, riches de par leur Histoire et leur mémoire collective, nommons les Hadji, Sbihi, Kadiri, Slaoui, Ammar, Benkhadra, Bouallou, Zouaoui, Maâninou, Zniber, Fennich, Aouad, Sedrati, Hassar, Alaoui-Mrini, Naciri, pour n'en citer que quelques-unes d'entre elles.

Fondée au XIe siècle, la ville de Salé a pris son essor aux époques Almohade (XIe siècle) et mérinide (XIVe siècle), notamment en raison de sa fonction stratégique sur la route terrestre Fès-Marrakech et de son port, centre d'échanges commerciaux entre l'Europe et le Maroc. Salé a la réputation d'être la ville jumelle de Rabat, mais dispose de ses propres coutumes et de sa propre Histoire.

Le Mellah de Salé, situé dans le quartier Hssaïn, est l'ancienne cité juive où s'était réfugiée une forte communauté bien avant la chute de Grenade.
Zoom-arrière : Les Hornacheros, ou les Andalous de Rabat
Mentionné pour la première fois par le géographe grec Ptolémée, Hornachos a été une commune florissante après la conquête islamique et l'arrivée de populations arabo-islamiques laborieuses, qui ont introduit de nouvelles techniques agricoles (irrigation, agriculture intensive, nouvelles cultures) et se sont établies au pied de la sierra. La citadelle qui surplombe le village remonte à cette période islamique.

Affectée à l'ordre de Santiago après la reconquête chrétienne (1352), Hornachos, avec ses 4000 habitants au XVIe siècle, demeure très largement musulmane, même après l'édit de 1502 prescrivant la conversion forcée des Morisques. En définitive, il s'agit d'une exception accordée à cette sous-communauté pour ses nombreuses qualités ouvrières.

En dépit de leur acceptation du baptême, les Hornacheros, grâce à l'isolement de leur lieu de résidence, à leur position majoritaire et à la cohésion clanique de leur communauté, vont parvenir à perpétuer leurs traditions et leur culture (un mélange inédit d'éléments islamiques et arabes et de traditions hispaniques). Ils ont poursuivi la pratique de leur ancienne foi dans la clandestinité, malgré les persécutions du tribunal de l'Inquisition, la confiscation des biens, les baptêmes forcés et les tentatives de métissage avec les familles chrétiennes autochtones.

Après le décret d'expulsion (1609), mis-à-part les plus fortunés d'entre eux qui sont rentrés au Maroc de leur propre chef, les Hornacheros ont été partiellement expulsés vers leur pays d'origine où ils ont réussi, en tirant parti des querelles locales et en préservant leur ancienne cohésion, à s'emparer de la Kasbah de Salé par un tour d'éclat.

Par ailleurs, en Espagne, le bourg d'Hornachos se remit mal de l'expulsion, déclinant démographiquement et économiquement dans les siècles suivants.


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