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Taza Les raisons de la colère
Publié dans L'observateur du Maroc le 20 - 01 - 2012

A 18 h 30 ce vendredi 6 janvier, Taza paraissait calme et rien n'indiquait qu'il y avait eu, deux jours auparavant, des troubles, copieusement relatés par les médias. Nous entrons dans une ville paisible, le centre ville grouille encore de monde. Taza est belle et bien entretenue. Elle ne respire certes pas l'opulence, mais c'est une cité moderne, avec des rues et des boulevards bien maintenus et propres, ce à quoi plusieurs villes marocaines ne peuvent prétendre. Même les violences du mercredi semblent ne pas avoir eu de grand impact sur la vie normale des Tazis. Un militant local nous confiera d'ailleurs que plusieurs habitants n'avaient rien su des événements du quartier El Koucha. Nous avons tenu à rencontrer les principaux concernés, les diplômés chômeurs ainsi que les jeunes qui ont participé à la bataille avec les forces de l'ordre. Les licenciés chômeurs étaient bien en protestation. Ils avaient même atteint le bureau du gouverneur, un personnage que les habitants du quartier El Koucha et les sans-emploi n'apprécient pas beaucoup et dont ils réclament le départ. Qui a ouvert les hostilités ? Les étudiants et les chômeurs disent que ce sont les forces de l'ordre qui ont jeté la première pierre. Les autorités affirment que ce sont les manifestants qui ont commencé. Il faudra sans doute une enquête pour le préciser.
Quoi qu'il en soit, à croire les jeunes que nous avons rencontrés, l'ambiance était tendue quelques heures avant le dérapage. Le gouverneur aurait tenu des propos durs à l'endroit des manifestants. Mais nous n'avons que leur version des faits (voir le reportage de Noura Mounib) à ce sujet. Le plus important maintenant est de connaître la vérité. Or la réalité est qu'il y a effectivement un ras-le-bol à Taza. Ceci étant dit, les mécontents sont circonscrits dans deux catégories : les diplômés chômeurs qui réclament l'emploi direct dans la fonction publique, et les habitants du quartier El Koucha qui protestent pour certains contre les montants faramineux des factures d'eau et d'électricité. Pour les chômeurs encadrés localement par l'Union marocaine du travail (UMT) et l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), le processus d'embauche serait entaché de plusieurs irrégularités dont la corruption. Un des licenciés chômeurs affirmera qu'à l'oral d'un concours, son examinateur lui aurait demandé 60.000 DH pour décrocher le poste. Par ailleurs, la contestation touche également l'emploi de personnes étrangères à la ville, alors que les chômeurs pensent qu'ils doivent avoir la priorité. Parmi ces derniers, certains ont obtenu leur licence il y a plus de huit ans. Ils ont participé à plusieurs concours et ont sollicité plusieurs administrations, en vain. Mais ils persistent à réclamer un travail dans le secteur public. C'est qu'à leurs yeux, le secteur privé n'offre pas la sécurité de l'emploi et ne respecte pas la législation du travail. L'administration locale et le gouvernement auraient par ailleurs, selon eux, l'obligation de leur accorder les emplois auxquels ils auraient droit «par la force de la constitution».
L'autre zone de mécontentement provient du quartier El Koucha. Les factures qu'ont reçues certains habitants de la part des régies de distribution d'eau et d'électricité les ont terrassés. Nous en avons vu quelques-unes. Une famille nous a montré sa facture avec un montant de 500 DH. Pourtant, le très modeste logement qu'elle habite peut difficilement avoir une telle consommation. Des témoignages parlent de factures encore plus salées. Une liste a été présentée aux autorités avec des montants dépassant 9.000 DH pour une consommation domestique. Les familles de ce quartier disent qu'en plus des factures illogiques qu'elles reçoivent, les autorités et les élus locaux les ont abandonnées à leur sort, comme sanction à leurs prises de position lors des élections passées. Aucun habitant d'El Koucha n'aurait voté le 25 novembre dernier. Pourtant, il faut reconnaître que le quartier n'est pas, de visu, un lieu désolé et miséreux. Ou alors la pauvreté à Taza est largement moins criante que dans d'autres villes du pays. Les habitants affirment en outre que le ramassage des poubelles ne se fait pas régulièrement, et que s'il n'y a pas trop de détritus, c'est uniquement grâce à la solidarité qu'ils ont créée entre eux pour assurer nettoyage et ramassage. Et c'est vrai que la solidarité existe dans ce quartier qui se sent marginalisé. Lors des violences du mercredi 4 janvier 2012, certaines familles ont ouvert leurs maisons aux blessés afin de les soigner. C'est du moins ce qu'elles nous ont confié.
Au-delà de ces troubles sociaux, il y a aussi un aspect dont certains militants locaux ont largement parlé. Ils déplorent que leur ville ne bénéficie pas d'une stratégie de développement économique adaptée à ses spécificités, à l'instar d'autres régions du Maroc. Ils estiment que du point de vue industriel, la zone est gravement handicapée par son éloignement et… son enclavement. Et l'autoroute ? Pas de réponse. Il y a bien eu un apport avec la nouvelle autoroute qui peut rallier aujourd'hui Agadir à Oujda en passant par Taza : le trajet jusqu'à Fès ne fait plus que 45 minutes. Et Oujda est beaucoup plus proche qu'elle ne l'a été par le passé avec une route nationale très lente à cause de la topographie de la région. Un grand avantage pour les industriels et les commerçants de la ville. C'est aux élus locaux de le traduire en projets et en opportunités d'investissement. La défiance envers le secteur privé pousse par ailleurs certains militants à critiquer sévèrement les industriels de la région qui ne respecteraient pas, selon eux, la réglementation du travail, et bénéficieraient de la complicité d'autorités locales «trop conciliantes».
Sur un autre plan, Taza dispose d'atouts indéniables d'un point de vue touristique. Or, rétorquent les militants, rien n'a été fait pour développer cette activité. Le paysage est fantastique et diversifié, et Taza compte des grottes parmi les plus grandes au monde, autant de caractéristiques naturelles qui peuvent constituer un attrait important dans le créneau du tourisme vert et spéléologique notamment. Or, peu d'entrepreneurs touristiques tentent l'aventure.
En somme, il existe bien un mécontentement parmi la population de Taza, mais ce mécontentement n'est pas général. D'autre part, la ville a bel et bien besoin d'égards de la part du gouvernement. Les habitants ont appris que le chef du nouveau gouvernement allait leur rendre visite, mais n'ont pas déployé un enthousiasme débordant. Pour eux, le premier pas vers la solution est le départ du gouverneur et des directeurs des régies de distribution d'eau et d'électricité. Notre chauffeur de taxi ne réclame, lui, qu'une seule chose: une visite royale.
TAZA Chronique d'un mercredi noir
noura mounib
de Notre envoyée spéciale à taza
16 décembre 2011. Ni le froid hivernal ni les promesses des responsables ne stoppent l'élan des diplômés chômeurs de Taza. Lors d'un énième sit-in devant le siège de la Province, revendiquant leur intégration dans la fonction publique, une centaine de manifestants ont tenu, à l'instar de leurs camarades dans plusieurs autres régions, à occuper le bâtiment public. Les forces de l'ordre tentent tant bien que mal de les disperser. En vain. Ils arrivent même jusqu'au bureau du gouverneur de la ville. Lorsque ce dernier accepte finalement d'ouvrir le dialogue, l'échange tourne mal et les propos deviennent même menaçants, selon les concernés : «Il nous a méprisés et nous a dit «Si vous tentez de rentrer encore une fois, je vous brise vos mains et vos pieds, et vous rends handicapés à vie. Si vous êtes de vrais hommes, refaites la même chose». « On n'en revenait pas ! Ces propos ont déclenché la colère non seulement des diplômés chômeurs, mais aussi des habitants de la ville», raconte Omar Kachmar, coordinateur du groupement des diplômés chômeurs de Taza. En dépit de manifestations quasi-quotidiennes, le gouverneur aurait continué à faire la sourde oreille. Jusqu'à ce fameux 4 janvier 2012… Il doit être précisé ici que nous n'avons eu que la version des concernés n'yant pu avoir celle des autorités. Qu'elles soient exactes ou exagérées, ces déclarations n'en traduisent pas moins l'état des relations entre «gouvernants» et «gouvernés».
Premières batailles
11 heures du matin. 130 diplômés chômeurs manifestent, comme à leur habitude, devant le siège de la province. Ciel ensoleillé et température clémente, le climat de cette plaisante journée ne laisse en rien présager de l'épisode de guérilla urbaine qui éclatera quelques minutes après. Lorsque le groupe des manifestants tente d'entrer dans le bâtiment public, les forces de l'ordre réagissent, moins indulgentes cette fois-ci.
Le siège de la province de Taza a trois portes : la principale, une seconde en verre et une troisième du quartier administratif, par laquelle les 130 manifestants ont tenté de pénétrer. Lorsqu'ils réussissent à franchir la porte du quartier, un agent d'ordre se dirige directement vers une manifestante enceinte de quatre mois. «Il la tape jusqu'à lui causer une hémorragie. Il nous a semblé évident que les instructions données étaient d'attaquer les femmes en premier. A partir de là, les confrontations ont été déclenchées», rapporte Hssin M., porte-parole de l'Association nationale des diplômés sans emploi de Taza. Les hommes crient alors : «Tuez-nous ! Tuez-nous ! Nous n'avons que nos cadavres à offrir à Mr le gouverneur pour qu'il nous intègre dans la fonction publique. Mais nos âmes n'appartiennent qu'au Bon Dieu et lui seul peut en disposer». Blessée à l'épaule, une autre diplômée chômeur tombe, immobile. Premier bilan : sept blessées, toutes de sexe féminin.
Dérapages
11h30. Taza se transforme en champ de guerre. Les forces de l'ordre laissent tomber leurs matraques et s'engagent dans le jet de pierres. De leur côté, les manifestants ripostent vigoureusement. Les deux parties continuent leur bataille sous le regard choqué des habitants de la ville, d'habitude très calme. «Les diplômés chômeurs essayaient de fuir le quartier administratif. C'était atroce. On devait en même temps chercher un abri et secourir nos blessés. Mais on s'est rendu compte par la suite que les forces de l'ordre avaient arrêté trois diplômées chômeurs au sein du siège de la province. On a dû y retourner, prendre plusieurs coups pour tenter de sauver nos camarades. Elles nous ont raconté que les agents qui les ont arrêtées leur ont asséné des coups et des insultes. C'était humiliant !» ajoute Omar. Pour Mohamed Chbairi, Président de l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH) – section Taza, la ville ressemblait à cette heure-ci à la place Tahrir en Egypte. «C'était une ambiance de guerre. Taza n'a jamais connu de pareils évènements», ajoute-t-il.
«Silmiya, silmiya» crient les diplômés chômeurs en courant. La situation empire lorsque les forces de l'ordre usent du «jebbad» pour frapper les manifestants. «C'est à ce moment là qu'on me blesse à l'épaule. L'ambulance arrive avec beaucoup de retard et transporte les blessés à tour de rôle. D'ailleurs, la diplômée chômeur enceinte a été sauvée in extrémis, son fœtus aussi», raconte Hssin. Officiellement, difficile d'établir un bilan de ces heures de violence qu'a connues la ville du côté des manifestants, puisque la plupart ont évité de se rendre à l'hôpital Ben Baja par crainte d'être arrêtés. Les confrontations continuent de plus belle lorsqu'un bus passe devant le siège de la province. Ni plus ni moins, les passagers à bord du véhicule descendent et se joignent aux manifestants. Le bruit des jets de pierres se mêle aux sons des estafettes dans une ambiance digne d'un film d'action américain. Face à l'intensité de ces affrontements, des éléments de police en provenance de Fès sont venus prêter main forte à ceux de Taza, manifestement dépassés par les événements. La route reliant Fès à Oujda est interdite pendant quelques heures à la circulation à cause d'un sit-in organisé par des étudiants. C'est du moins l'explication officielle. Du côté des militants locaux, c'était plutôt une façon de fermer la ville et d'éviter que l'information ne soit filtrée aux médias.
Douar El Koucha : la fronde
Hicham, jeune habitant du quartier populaire d'El Koucha, suit curieusement les manifestants fuyant les forces de l'ordre. C'est là qu'un agent d'ordre serait passé à côté de lui et l'aurait blessé, lui causant une fracture à l'épaule. Il suffisait d'une étincelle pour que tout s'embrase. La tension est à son paroxysme. Hommes, femmes et enfants de tous âges se joignent aux affrontements, attaquant massivement les forces de l'ordre en leur interdisant l'accès au douar. Quelques adolescents brûlent des pneus sur la route menant à leur quartier. De leur côté, les forces de l'ordre tentent de briser le blocus en fendant la foule avec des véhicules roulant à vive allure. Selon les militants locaux, il n'y a pas eu d'usage de bombes lacrymogènes ou de tirs de balles en caoutchouc par les forces de l'ordre. Les confrontations s'aggravent entre les citoyens et les autorités. En même temps, une autre information met le feu à la poudrière. Youssef Achour, jeune habitant du Douar, aurait été écrasé par une voiture de police. C'est du moins ce que disent les habitants. De leur côté, les autorités se défendent et nient catégoriquement les accusations à leur encontre. Quoi qu'il en soit, le jeune homme en question est toujours hospitalisé à l'heure qu'il est.
Premiers soins et dénouement
Lorsque les forces BLIR (Brigades légères d'intervention rapide) interviennent, la grogne de la population monte d'un cran. «Les habitants de Douar El Koucha ne voulaient en aucun cas semer le désordre. Si cela avait été leur intention, ils n'auraient pas protégé les cafés et les magasins lors des affrontements. Ils ont également protégé le siège de la province», défend Abdelaziz K., porte-parole des habitants du douar précité.
Une estafette tombe en panne au sein du douar. Des jeunes manifestants font descendre les deux agents paniqués qui étaient à bord du véhicule avant d'y jeter un produit inflammable. L'estafette s'enflamme aussitôt. Les blessés refusant de se rendre à l'hôpital se réfugient chez les familles du douar, qui ne lésinent pas sur les moyens pour leur venir en aide. «Tous les voisins se sont mis d'accord pour soigner les blessés en rassemblant Bétadine, alcool et pansements. D'autres ont offert des fruits et des sucreries aux manifestants qui s'étaient évanouis», explique Aziza. Cette jeune maman d'une vingtaine d'années a fait appel à ses dons de secouriste acquis à l'université pour traiter les blessés. «Lorsque j'étais étudiante à la faculté, mes camarades participaient régulièrement à des manifestations et étaient souvent blessés lors d'affrontements avec les forces de l'ordre. J'étais la première à leur prodiguer les premiers soins, même si je n'avais aucune formation en la matière. J'ai fait la même chose cette fois-ci. Un enfant en pleurs est venu frapper à ma porte, il avait le pied fracturé. Je le lui ai remis en place avant de lui mettre un bandage» raconte fièrement la jeune femme.
Les confrontations ont duré jusqu'à 21 heures. Huit heures d'affrontements où les citoyens et les forces de l'ordre ont converti Taza en Gaza, avant que la ville ne revienne à son calme habituel, comme si de rien n'était. Résultat des courses : en plus des dégâts matériels, pas moins de quarante membres des forces de l'ordre ont été blessés en plus d'une vingtaine parmi les manifestants. Au lendemain de ces incidents, une commission centrale a aussitôt été dépêchée dans la ville par le ministère de l'Intérieur pour mener des investigations sur le terrain et élaborer un rapport sur ces tristes événements.
TAZA Les oubliés de Douar El Koucha
n.m.
«Nous sommes tous Hay El Koucha», scandent les manifestants ce 5 janvier 2012 lors d'une marche de dénonciation au lendemain des violentes émeutes qui ont éclaté la veille dans la ville. «Les habitants d'El Koucha exigent le départ du gouverneur et du président de l'ONE», «Hay El Koucha se révolte». Les slogans fusent de partout… Organisée à l'appel de l'Association marocaine des droits de l'homme, la manifestation part à 16 heures de Hay El Koucha pour finir devant le siège de la province. Partis de gauche, diplômés chômeurs, syndicats, militants associatifs et habitants de différents quartiers de la ville ont répondu présents, se joignant aux habitants de Hay El Koucha qui se disent las de souffrir en silence de l'indifférence des autorités locales. Aujourd'hui, la couleur est annoncée et les habitants de ce quartier populaire vieux de 40 ans, sis à Taza El Ouliya, n'y vont pas par quatre chemins. «Le gouverneur doit partir. Cela n'a que trop duré. On n'en peut plus», se plaint Aziza qui a toujours vécu dans ce douar. Marginalisé, Douar El Koucha est perçu comme le point noir de Taza, malgré l'existence d'autres quartiers aussi pauvres. Ancien quartier de bidonvilles, il abrite aujourd'hui 8000 habitants, manque d'infrastructures et n'a jamais bénéficié de projets d'investissement ou de mise à niveau urbaine digne de ce nom. «Hay El Koucha a toujours été considéré comme un repaire de criminels et de voyous oisifs alors qu'il y a des familles qui y vivent, des étudiants, des enfants, bref, des citoyens ordinaires…», explique Abdelaziz, porte-parole des habitants du quartier : « Sa réputation est telle qu'il est désormais impossible de dire qu'on habite à Hay El Koucha. Tous les gouverneurs qui sont passés à la tête de la ville ont isolé le quartier et lui ont collé cette étiquette de douar dangereux. C'est malheureux», se désole-t-il. Hicham, jeune habitant du douar, confie, une note d'amertume dans la voix, qu'il s'est fait refuser la main de sa bien-aimée lorsque les parents de la jeune fille ont su le quartier de résidence de son prétendant. Même son de cloche chez les étudiants qui estiment qu'ils ont plus de mal à trouver un emploi à cause de leur adresse…
El Koucha la miséreuse
Si le café Mrini accueille tout étranger au Douar et lui offre une première bonne impression, une fois à l'intérieur de ses ruelles, le sentiment de malaise va grandissant. Absence d'éclairage public, manque d'infrastructures, ruelles non cimentées, ordures entassées… La pauvreté et le délaissement de la zone sautent aux yeux.
Le quartier compte une école primaire, une mosquée, un théâtre construit depuis deux ans mais jamais inauguré, plusieurs nouveaux commerces fermés depuis cinq ans, et un village pour les artisans qui n'a jamais été ouvert. Situé à 200 mètres du siège de la Province, Hay El Koucha est pourtant isolé du reste de la ville et ne dispose même pas d'un centre de santé pour ses 8000 habitants. «Lors de la campagne législative de 2011, nous avons interdit aux candidats des partis l'accès à notre secteur et nous avons tous boycotté les urnes le 25 novembre. Ils doivent comprendre que les habitants de Douar El Koucha refusent de croire à leurs mensonges électoralistes. On exige une vraie dignité», commente Hicham, blessé lors des affrontements avec les forces de l'ordre. Il ajoute que le gouverneur leur aurait asséné lors de leur dernier houleux échange : «Je jure sur ce que j'ai de plus cher que je ne vous arrangerai rien dans ce quartier de criminels ! Vous vous croyez en Lybie ici ? Vous verrez !». L'aspect délabré et anarchique de Douar El Koucha contraste fortement avec le centre-ville de Taza, moderne, ordonné et bien équipé. «Même pour assainir le quartier et le nettoyer, les voisins sont obligés de s'entraider. Sans quoi, on vivrait dans les déchets», explique Aziza.
Des factures salées
Hormis le manque d'infrastructures et le chômage, les habitants de Douar El Koucha se plaignent des factures salées d'eau et d'électricité. «C'est la principale revendication des habitants. Comment la facture d'une famille qui habite une seule chambre et qui utilise une seule lampe peut dépasser les 2000 dirhams ? C'est aberrant. Sachant que la plupart des foyers comptent jusqu'à trois chômeurs et que le vieux père demeure la seule source de revenu pour toute la famille», s'interroge Abdelaziz. Les habitants de Hay El Koucha exigent désormais que l'ONE arrête les estimations et recrute des fonctionnaires pour contrôler mensuellement les minuteries et les compteurs. Les factures du mois de septembre 2011 vacillent entre 1000 et 2000 dirhams, mais celles du mois d'octobre affichent des sommes encore plus astronomiques. Certains commerces ont ainsi reçu jusqu'à 8000 dirhams de facture. «On nous propose de les payer par tranche, alors que nous ne savons même pas à quoi correspondent par exemple les faramineux « frais financiers » inscrits sur les factures !», s'insurge le concerné.
Aujourd'hui, Hay El Koucha se révolte contre sa situation et compte bien faire entendre sa voix. «Ce quartier a donné de grands noms au Maroc d'aujourd'hui, comme Mahrad, le patron de la sécurité des palais royaux. Il faut sauver Douar El Koucha», conclut Abdellah Ghmimet, président de l'UMT de Taza.


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