Dans la biographie de la romancière Violette Leduc parue chez Grasset en 1999, l'écrivain italien de langue française Carlo Jansiti cite une lettre de l'auteur de La Bâtarde, adressée en 1967 à Simone de Beauvoir : « La route de Tanger à Fès à été sublime comme en Sicile. Nous sommes arrivées hier à six heures du soir à la Mamounia avec une apparition de dattiers, de palmiers, de chameaux. Ce matin, j'ai un cyprès à côté de l'éventail d'un jeune palmier à travers la vitre de ma chambre. Les oiseaux chantent, soleil discret, atmosphère bleue d'une légèreté : on le rêve. La casbah m'a bouleversée ». La suite du propos est plus crispée et plus crispante, mais le fond de l'affaire est un enchantement dont on retrouve trace dans le volume de Lettres de Violette Leduc paru chez Gallimard. Ce matin, j'ai un cyprès à côté de l'éventail d'un jeune palmier à travers la vitre de ma chambre. Les oiseaux chantent, soleil discret, atmosphère bleue d'une légèreté : on le rêve. La casbah m'a bouleversée ». La suite du propos est plus crispée et plus crispante, mais le fond de l'affaire est un enchantement dont on retrouve trace dans le volume de Lettres de Violette Leduc paru chez Gallimard. Au moment où Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris, constate, la fin de l'« orientalisme » à la Bernard Lewis : « le présupposé en étant la construction d'un ‘‘autre'' qui était l'Orient », voici que paraît aux éditions du Mercure de France Le goût des cités impériales du Maroc Fès, Marrakech, Meknès et Rabat, textes choisis et présentés par Souné Prolongeau-Wade. Les contraintes de la collection Le Petite Mercure imposaient de ne pas dépasser les 150 pages sur un petit format. On est donc très loin, en terme de richesse du contenu, de l'insurpassable volume de grand format sur plus de 300 pages publié en 1999 par l'Institut du monde arabe sous la direction de Daniel Rondeau L'Appel du Maroc dans lequel voisinent une multitude de morceaux choisis, commentaires et documents iconographiques. Daniel Rondeau et son équipe de critiques littéraires et d'universitaires avaient réuni des textes inattendus comme celui de Mark Twain dont Julien Berjeaut notait que « son passage au Maroc est celui d'un voyageur généreux curieux de tout de bonne composition et qui n'aspire qu'à savourer un pittoresque sans prétendre en expliquer la mécanique. » On était, dans Le voyage des innocents (Maspero / La Découverte, 1982) en 1867. Mark Twain, « qui n'était pas encore Mark Twain » écrivait : « Tanger est une ville étrangère s'il en fut jamais, et on ne peut trouver son âme véritable dans aucun autre livre que Les Mille et une nuits. » Une contribution particulièrement intéressante était celle de l'écrivain japonais Sanshiro Ishikawa (1876-1956) qui voyagea au Maroc de décembre 1919 à juin 1920 : « À environ quatre-vingts kilomètres de Marrakech, monsieur de Latourette possédait une propriété de quelque deux mille hectares où travaillaient en temps ordinaire près de cent personnes affectées à toutes sortes de travaux agricoles. Il disait volontiers ‘‘Je fais en sorte d'exploiter au maximum mes ouvriers. Eux, ils espèrent gagner le plus possible en faisant le minimum d'efforts. Mais moi, je cherche à réduire leurs gages par tous les moyens en les faisant travailler autant que je peux. Je considère cela comme un véritable combat.'' Dans la guerre qu'il mène, monsieur de Latrourette n'a qu'un seul et unique allié, en la personne de son épouse» . On retrouvait Juan Goytisolo à Fès dans Juan sans terre (Seuil, 1977) et l'on découvrait Inuhiko Yomata dans un extrait d'Errance au Maroc (Morokko rutaku) publié dans la revue Shinchô : « La première fois que j'ai entendu le nom de Tanger, c'était à la fin des années soixante, en écoutant un disque de Led Zeppelin. Je me souviens d'une courte chanson intitulée Fruits de Tanger qui m'a mis dans un étrange émoi. Une voix douce et un peu nasillarde chantait lentement sur le mode du blues […]. À l'époque, je menais encore la vie ennuyeuse d'un lycéen de Tokyo, j'imaginais que le Maroc se situait en un lieu très lointain de la planète qui ressemblait à l'Inde ou au Népal et où des bandes de hippies américains très différents de moi se rendaient en ‘‘pèlerinage''. » La place manque pour dire la foisonnante richesse de L'Appel du Maroc. Malgré la présence d'Anaïs Nin et de Klaus Mann ou encore celle d'Edith Warton, l'anthologie concoctée par Souné Prolongeau-Wade dans une collection où elle avait déjà donné Le Goût de Marrakech apparait essentiellement franco-française, mais on y retrouve Ahmed Sefrioui, Abdellatef Laâbi et Fatima Mernissi ainsi que Tahar Ben Jelloun (pour Fès) et Mohamed Nedali, avec une petite leçon de drague à Marrakech. Le choix opéré par Souné Prologeau-Wade semble trop rarement dicté par la qualité littéraire des fragments retenus. On est, par exemple, stupéfait par la médiocrité des pages de Robert Brasillah qui n'apprennent rien au lecteur et attirent bien inutilement l'attention sur l'une des figures les plus détestables de la collaboration avec le nazisme sous l'Occupation. L'exaltation de Violette Leduc dans sa chambre de la Mamounia, voici qu'on en retrouve l'accent dans un texte d'André Chevrillon. Là où, comme ou a pu lire plus haut, Violette Leduc écrira : « Les oiseaux chantent, soleil discret… », Chevrillon rapporte ce que fut son enchantement dans les jardins de La Mamounia. Ainsi lisait-on dans Marrakech dans les palmes (1919), réédité chez Edisud en 2002 : « Nous écoutions le roucoulement rythmé des colombes perdues dans les feuillages. » Le goût des cités impériales du Maroc a le mérite de ne pas se cantonner aux XIXe et XXe siècles. On y trouve aussi un texte de Dominique Busnot, Les écuries de Moulay Ismaïl, extrait de son Histoire du règne les Moulay Ismaïl datant de 1714 et Un aperçu de la vie des captifs par Germain Mouëtte dans sa fameuse Relation de captivité dans les royaumes de Fès et du Maroc datant de 1683.