Produit dans l'usine tangéroise du groupe Renault, le monospace Lodgy connaît une carrière discrète à travers le monde, au point d'alimenter des rumeurs quant à sa suppression du catalogue de Dacia. Rien de tout cela puisque la tendance est en passe d'être inversée. Il n'aura fallu qu'un article sur le quotidien français, Les Echos, pour semer le trouble dans les esprits de ceux qui sont concernés de près ou de loin par la production du Lodgy ! Sur cet article, on voit la photo de ce modèle avec comme légende : «Le monospace Lodgy est sur la sellette». Puis d'écrire : «Le constructeur étudie la possibilité de supprimer un des trois modèles suivant : le break Logan MCV, le monospace Lodgy ou le combispace Dokker». Pour étayer la thèse, le journal se base sur les propos d'Arnaud Deboeuf, directeur du programme Entry (Dacia) chez Renault qui a déclaré : «Il y en a trois aujourd'hui, il pourrait y en avoir moins dans le futur. Nous sommes dans l'analyse, pas dans la décision». Des propos pourtant mesurés et conjugués au conditionnel. Cela n'a pas empêché la polémique d'enfler, laissant croire à un éventuel arrêt de la production du Lodgy sur les chaînes d'assemblage de l'usine Renault-Nissan. Rien de tout cela, indique-t-on du côté du groupe Renault Maroc qui est aussitôt monté au créneau par la voix de son directeur de la communication, M'Hamed Tazi. Dans un communiqué de presse, ce dernier dément les informations concernant un hypothétique arrêt du montage de Lodgy à Tanger et «confirme qu'aucun projet en ce sens n'existe». Puis de reconnaître qu'«il y a effectivement un décalage des volumes prévus initialement pour Lodgy et les résultats sur les marchés». Une carrière bien discrète Si Dacia enregistre l'une des plus fortes croissances en Europe avec plus de 30% et quelque 250.700 véhicules vendus à fin août, c'est notamment grâce à une forte demande sur deux best-sellers : la Sandero et le Duster. Rien de tout cela pour Lodgy qui, au terme de ses deux premières années de commercialisation (2012 et 2013) n'avait séduit qu'un peu plus de 76.000 clients dans le monde. Pire encore cette année, puisque ses ventes mondiales ont reculé, baissant de 42,2% à 24.362 unités sur les six premiers mois. Cependant, les choses sont en passe d'évoluer, comme le laisse croire ledit communiqué de Renault qui indique que «Le groupe a renforcé, au premier semestre 2014, le plan marketing de Lodgy à l'échelon international, ce qui donne aujourd'hui des résultats, notamment en Allemagne où les volumes de Lodgy ont augmenté de 40%». Au Maroc, il se vend en moyenne une trentaine de Lodgy par mois, quand il se vend plus de 700 unités de Sandero, de Duster et même de Dokker en un seul mois ! Sans espérer atteindre cette moyenne, le management de la filiale marocaine du Losange positive sur la carrière du Lodgy, avec l'offre destinée aux grands taxis. En attendant le déblocage (imminent) de la subvention accordée par le gouvernement pour le renouvellement de ce parc, Renault Commerce Maroc a, selon nos sources, reçu beaucoup d'intérêt de la part de la clientèle taxi. Un concours de circonstances Cela étant et concernant les méventes mondiales de Lodgy, celles-ci seraient dues à diverses causes. À commencer par la silhouette de l'auto, plutôt pataude et loin de toute extravagance stylistique. Sur ce point, il faut savoir que le critère du design n'est pas forcément le plus déterminant auprès des acheteurs de monospaces, en quête d'abord de qualités intérieures (habitabilité, modularité, coffre, nombre de places). Par ailleurs et toujours concernant la ligne extérieure du véhicule, il y aura bientôt du neuf dans la gamme Lodgy, avec la présentation cette semaine au Mondial de l'automobile de Paris de la version Stepway (photo). Légèrement rehaussé et assorti de quelques artifices bienvenus, le monospace de Dacia affiche ainsi un look plutôt réussi qui devrait rendre positive sa perception par bien des clients. Autre raison des contre-performances commerciales de Lodgy, son indisponibilité sur de gros marchés mondiaux. Un écueil en passe d'être corrigé, puisqu'en 2015 ce modèle sera produit et vendu en Inde, tandis qu'on apprend de source officieuse qu'il devrait aussi être importé sur le marché russe d'ici 2016. À eux seuls, ces deux marchés BRIC devraient aider Lodgy à accroître sa popularité et ses livraisons mondiales. En fait, le vrai problème qui pénalise Lodgy, c'est surtout celui qui touche tous ses concurrents, à savoir la désaffection des acheteurs pour le monospace au profit des crossovers. En effet et comme celui de la berline moyenne, le segment des monospaces s'est vu gratter d'importantes parts de marché par l'offre foisonnante des SUV et 4x4 compacts et ceci en Europe comme au Maroc. Sur le vieux continent, les ventes totales de monospaces avaient baissé d'environ 13% en 2013. Pire encore, elles ont été divisées par deux depuis 2007 ! Face à tout cela, le groupe Renault s'active à dynamiser la gamme Lodgy et entretenir ses ventes d'une manière ou d'une autre. Principal enjeu : la rentabilité de toute la gamme Entry, alias Dacia. Selon les conclusions du cabinet Morgan Stanley, la marque roumaine est très profitable au groupe Renault, dégageant une marge opérationnelle de 9%, soit autant que ce que réalise un constructeur premium ! Enfin et en parlant de marque haut de gamme, BMW lance cette année la Série 2 Active Tourer, premier monospace de son histoire. Preuve que la plus familiale des races automobiles a encore de beaux jours devant elle.