SOMMET MONDIAL SUR LA SOCIETE DE L'INFORMATION Après deux journées et demie de discussions et de débats, la 2ème phase du SMSI (Sommet Mondial sur la Société de l'Information), tenue du 16 au 18 novembre dernier à Tunis, est arrivée à un compromis sur la gestion de la Toile. Cependant, l'«Agenda de Tunis» n'oblige pas les pays riches à financer le coût de la réduction de la fracture numérique. Les efforts exceptionnels déployés tout le long des derniers mois aussi bien sur le plan relationnel, qu'organisationnel ou matériel, ont enfin porté leurs fruits. En effet, 160 000 délégués de 176 pays ont fait le voyage de Tunis pour débattre des stratégies succeptibles d'améliorer l'accessibilité, notamment financière , des technologies de l'information et de la communication. Et, par là, réduire le fossé de la fracture numérique entre pays riches et pays pauvres. Dans l'allocution qu'il a prononcée à la cérémonie d'ouverture du Sommet, le Secrétaire général de l'union internationale des télécommunications (UIT)et secrétaire général du SMSI, Yoshio Utsumi, a exhorté les dirigeants de tous les pays du monde à placer les technologies de l'information et de la télécommunication (TIC) au cœur des politiques nationales de développement économique et social. Ce dernier n'a pas hésité, en même temps, de formuler une mise en garde qui a été très bien accueillie par les représentants des pays du Sud; Utsumi a indiqué que si l'accès à ces puissants outils de croissance économique restait l'apanage des nations les plus riches, les inégalités, dans le monde, risqueraient de s'accentuer encore. Malgré les contraintes La tache des Tunisiens, notamment leur président, Zine El-Abidine Ben Ali n'a pas été si facile; notamment, dans le climat de bagarre mondiale prévalant pour le contrôle de l'Internet. Les Américains s'opposant toujours à une supervision de la Toile par l'Onu ou par une instance intergouvernementale. En d'autres termes, ceux qui détiennent les clés de cette Toile refusent catégoriquement de les partager. Le secrétaire d'Etat, Condoleeza Rice l'a clairement dit à la veille de ce sommet : «Pas question d'une supervision lourde et bureaucratique de l'Internet». Et pour plus monopoliser cet espace, l'entité américaine Icann (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) créée par le département du Commerce en 1988 est seule habilitée à attribuer et gérer les noms des domaines en «.com», «.org» ou «.fr». Malgré cette complexité de taille, la Tunisie, organisateur de cette 2ème Phase du SMSI ( Sommet mondial sur la société de l'information) a réussi à rapprocher les positions des différentes parties ; tantôt en arrondissant les angles de divergences, sans bien entendu, résoudre le fond des problèmes, et tantôt en faisant avancer certains dossiers. Dans ce contexte, force est de souligner que le Prepcom 3 tenu à Genève au cours du mois d'octobre avait permis à la Tunisie de tester pour la dernière fois avant le jour J du 16 novembre, ses capacités, le niveau de ses préparatifs et la qualité de ses effectifs. Le résultat a été satisfaisant comme l'avait témoigné Kofi Annan, le secrétaire général de l'Onu lors de sa rencontre, lundi 14 novembre, avec le chef de l'Etat tunisien au palais de Carthage. Ce dernier, qui tenait à la réussite de ce sommet, a annoncé dans son discours à l'ouverture de cette manifestation dans le centre d'Al-Kram dans la banlieue de Tunis, que l'Organisation ne ménageait aucun effort pour protéger et renforcer l'Internet. Mais il a toutefois précisé, pour éviter tout malentendu, dit-il, que les «Nations Unies ne souhaitent pas prendre le contrôle de l'Internet, le policer ou le réglementer de toute autre manière». Message reçu 5 sur 5 par les Américains qui par la suite, ont apparemment levé quelques obstacles qui se tiendraient jusqu'à la veille du sommet. Quoi qu'il en soit, les discussions et les débats n'ont pas été une promenade de santé pour les participants où chacun a tenté de défendre ses intérêts. Plus particulièrement pour ceux qui représentent les pays du Sud, les plus concernés par cette réduction du fossé numérique. Si ces participants ont été unanimes pour considérer les TIC (technologies de l'information et de la communication) comme instrument de développement au service des objectifs du Millénaire, le consensus autour des questions majeures a été une épreuve assez rude pour ceux qui représentent les pays en voie de développement que la Tunisie est devenue, par la force des choses, leur défenseur et leur zone tampon. A côté bien entendu de l'ONU qui peine à jouer le régulateur du réseau; et l'Europe, qui fait de son mieux pour faire face au rouleau compresseur américain. L'intervention du haut de la tribune du Sommet du SMSI de la représentante de la société civile de l'iranienne, Shirine Ebadi, a été une sorte de soulagement de ceux qui voulaient tenir un sommet parallèle. Cette dernière a préconisé la création d'une commission spéciale sous les auspices de l'Onu, qui serait composée de représentants de l'UIT, de l'UNESCO, de la Commission des droits de l'homme des Nations Unies, de l'Unicef, du Pnud, de diverses ONG et qui serait chargée de suivre l'évolution de problèmes comme le filtrage des contenus sur l'Internet ou les restrictions imposées à la liberté d'expression. La Tunisie, organisateur de cette 2ème phase du SMSI, qui avait été un acteur actif dans la première phase ainsi que dans les trois Prepcom (Hamamet, Marrakech et Genève), connaît parfaitement les limites des objectifs à atteindre. Elle ne s'attendait donc pas à des miracles. C'est pour cette raison que ses représentants aussi bien officiels que ceux du secteur privé avaient, dès le début, prôné pour le juste milieu ; et ont joué la carte du consensus autour des questions majeures. Consignes données par le président Ben Ali qui supervisait quotidiennement l'avancée des travaux de cette manifestation. Car l'enjeu est avant tout tunisien, aussi le pari. les riches défendent «leurs valeurs» En bref, le Sommet mondial de Tunis sur la société de l'Information a fini donc par réaliser des progrès significatifs sur la voie de ce consensus. A savoir les mécanismes de financement de la fracture numérique, l'intégration de ses résolutions dans le processus de réalisation des objectifs du millénaire. Sur la question de la gouvernance de l'Internet, la partie américaine a accepté, sous certaines conditions, la proposition d'organiser un forum international sur l'Internet. Autre volet où une avancée a été enregistrée lors de ce sommet, l'unanimité à considérer les technologies du TIC comme instrument de développement. Objectifs, qui ont pour échéance l'horizon 2015. D'ici là, il faut réduire l'extrême pauvreté et la faim, assurer l'éducation pour tous, promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, réduire la mortalité infantile, assurer un environnement durable et mettre en place un partenariat mondial pour le développement. Le Sommet de Tunis a finalement adopté deux documents essentiels. Le premier définissant une stratégie mondiale visant à développer les technologies de l'information et de la télécommunication entre les pays pauvres. Tandis que le second, insiste sur la liberté d'expression et le transfert des informations. Le «Document d'engagement de Tunis» ainsi que l' «Agenda de Tunis pour la société de l'information» définissent les grandes lignes du programme exécutif de l'après- sommet dans le but consiste à réduire le fossé numérique entre les pays du Nord et ceux du Sud. Dans ce contexte, force est de souligner que l'Agenda de Tunis comptant 22 pages, formé de 122 articles, s'engage à réduire ce fossé. Cependant, ce document n'engage pas les pays riches à financer ce projet. Par contre, il appelle au soutien d'un «Fonds de solidarité numérique» ouvert aux opérateurs locaux et au secteur privé. Ce que les pays riches l'ont rejeté laissant une grande déception chez les pays pauvres. A cet égard, il faut noter que le président Ben Ali, avait déjà lancé à travers l'Onu l'idée de la création d'un «Fonds international de solidarité contre la pauvreté». Quoi qu'il en soit, le SMSI de Tunis a permis d'arriver à un compromis entre les pays pauvres et les pays riches malgré un rapport de forces écrasant en faveur des seconds. Il a ouvert la Toile jusque-là fermée hermétiquement à une plus plus grande coopération internationale, même sans remettre profondément en cause l'hégémonie américaine sur sa propre invention. Si ce Sommet a réussi à fonder une nouvelle institution de régulation de la Toile, il a, en revanche, échoué à réformer le système de gestion et d'administration des noms des domaines parce que l'Icann continue à contrôler l'essentiel. D'autre part, la création du Forum pour la gouvernance de l'Internet (IGF) qui devrait tenir sa première réunion à Athènes en Grèce dès le premier trimestre 2006 devra faire avancer les choses. Néanmoins, cette institution demeurera un organe purement consultatif. Pour les Européens, le sommet de Tunis est considéré comme étant un pas en avant même s'il n'a pas pu faire «plier plus» les Américains. L'ensemble de ces avancées joueront sans doute en faveur de la réduction du fossé de la fracture numérique. La Tunisie, ce petit pays arabe et africain a eu le mérite d'assumer sa responsabilité dans ce processus sans compter sur les aides extérieures.