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Le Maroc dégringole à la 126ème place
Publié dans La Gazette du Maroc le 28 - 07 - 2003


Développement humain
Le Maroc continue de perdre du terrain en matière de développement humain. Le PNUD le place au 126ème rang sur 175 pays. Bien que l'indice global de développement humain soit légèrement orienté à la hausse,l'évolution n'a pas été suffisante pour éviter au pays son mauvais classement. Ce sont la faible croissance par habitant et les résultats peu satisfaisants dans les domaines de la santé et de l'instruction qui sont à l'origine de ce recul.
Le rapport sur le développement humain 2003 publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) est accablant pour le Maroc. En glissant en l'espace d'une année de la 113ème à la 126ème place sur 175 pays étudiés, notre pays a perdu du terrain par rapport à de nombreux pays de niveau comparable. Il confirme ainsi son incapacité de rattraper les énormes retards accumulés depuis quatre décennies en matière de développement humain. Le classement est établi en fonction de plusieurs critères parmi lesquels figurent principalement l'espérance de vie, le taux d'alphabétisation, le niveau du revenu réel et l'accès à la santé et à l'eau potable. Combinés, ces critères permettent de calculer chaque année l'indice de développement humain (IDH) à l'origine du classement. Devenue une référence mondiale indiscutable, que personne ne s'aventure d'ailleurs à contester, l'IDH mesure chaque année le niveau atteint par chaque pays étudié dans les domaines précités. Il ressort ainsi que le Maroc est largement devancé par la Jordanie (90ème), la Tunisie (91ème), ou encore l'Algérie (107ème) et même l'Egypte (120ème). Ce classement confirme le rang peu enviable du Maroc au sein du monde arabe : 15ème sur les 19 pays étudiés. Il arrive tout juste devant l'Irak, épuisé par deux guerres (1980-88 et 1991) et l'embargo international, le Soudan, la Mauritanie, le Yémen et Djibouti.
Croissance faible et inégalités
Cette piètre performance fait du Maroc l'un des pays confrontés à une crise de développement. Il s'en est fallu de peu pour qu'il rejoigne le groupe des 21 pays qui ont accusé un recul en matière de développement humain au cours de la dernière décennie. Avec un faible taux de croissance par habitant de 0,7 %, il est largement en retrait par rapport à la Tunisie (3,1 %) et l'Egypte (2,5 %).Si cette tendance persiste au cours des prochaines années, il faudrait, au citoyen marocain, plus de 50 ans pour doubler son revenu, contre un peu moins de 10 ans dans certaines régions du monde. Autrement dit, si des efforts considérables de rattrapage ne sont pas fournis pour redresser la barre et doper la croissance, il est à craindre que le Royaume ne bascule dans le groupe des pays les plus pauvres de la planète à l'horizon 2010. Cependant, si la croissance est une condition nécessaire pour le développement, elle n'est pas suffisante. Elle doit s'accompagner d'une répartition plus équitable des richesses, ce qui implique une réduction des inégalités sociales. Celles-ci ont atteint un seuil intolérable non seulement d'un point de vue moral, mais également économique, car elles annihilent les potentialités du développement économique et social. La réduction de la pauvreté, qui affecte un Marocain sur cinq (soit environ 6 millions de personnes), devient donc un impératif à la fois moral et économique. Elle permettra de relever les indicateurs de développement humain, notamment en matière de santé et d'instruction. Il en résultera un accroissement de la productivité du travail, et par ses effets induits contribuera à l'élargissement du marché intérieur et par conséquent à l'extension du tissu productif national, source d'emplois et de revenus. Mais, en l'état actuel des choses, ce sont les secteurs de la santé et de l'instruction qui demeurent très préoccupants. Classés parmi les moins performants du monde, ils continuent de peser lourdement sur le développement du pays. En matière de santé, si l'on se livre au jeu des comparaisons, on constate une fois de plus que le Maroc reste à la traîne par rapport aux pays arabes déjà cités. Ainsi, bien qu'en régression, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans demeure élevé : 39 pour mille contre 27 en Jordanie et 21 en Tunisie. L'encadrement sanitaire des populations est très faible, le nombre de médecins pour 100.000 habitants ne dépassant pas 49 contre 70 en Tunisie et 218 en Egypte.
Le phénomène est aggravé par la concentration des structures médicales dans les grandes villes, laissant de vastes régions sans encadrement sanitaire répondant aux besoins élémentaires des populations concernées. Par ailleurs, à part les journées nationales de vaccination organisées chaque année et qui ont enregistré des résultats positifs, l'essentiel du système de santé a tendance à se focaliser sur la médecine curative. Or, celle-ci exclut de larges couches de population, notamment rurale, faute de couverture sociale et de prestations suffisantes. La prochaine entrée en vigueur de l'assurance maladie obligatoire (AMO), dont on ne comprend pas pourquoi les décrets d'application tardent à voir le jour, contribuera peut-être à faciliter l'accès
de tous à la santé. Le secteur de l'instruction n'est guère mieux loti. Il est même celui où le Maroc enregistre les résultats les plus alarmants. A 49,8 %, le taux d'alphabétisation est l'un des plus bas du monde, alors qu'il s'établit respectivement à 67,8 % et 72,1 % en Algérie et en Tunisie. La réduction des dépenses publiques affectées à l'éducation, dans le cadre des programmes d'ajustement structurel, conjuguée à l'extension de la pauvreté et à l'encouragement de l'enseignement privé pour alléger la charge de l'Etat ont eu des résultats extrêmement négatifs particulièrement sur les pauvres, les femmes et les ruraux. Il en a résulté une tendance à monopoliser l'enseignement de qualité par la catégorie la plus aisée de la population. De ce fait, l'éducation a perdu son rôle, autrefois remarquable, de promotion sociale au Maroc.
Analphabétisme massif
De son côté, la qualité de l'enseignement s'est détériorée dans des proportions considérables, débouchant sur une baisse du niveau d'acquisition des connaissances et des facultés analytiques et créatives au profit d'un enseignement basé sur la récitation ( le " par-cœur " ). L'apprentissage des langues étrangères, en premier lieu le français, a fortement régressé réduisant considérablement les possibilités d'acquérir une formation satisfaisante ouvrant la voie à un emploi. L'absence d'interaction entre le système éducatif et le marché du travail, c'est-à-dire le manque d'adéquation formation-emploi provoque ainsi le chômage (d'inadéquation), entraîne un faible niveau de productivité du travail provoquant une stagnation sinon une baisse des salaires réels pour la majorité de la main-d'œuvre. Si la tendance actuelle se maintient, des décennies seront nécessaires pour résorber totalement l'analphabétisme. Partant de ce constat, les pouvoirs publics ont élaboré un programme national pour l'éradication de l'analphabétisme à l'horizon 2015. En attendant, le faible taux d'instruction de la population continuera de pénaliser les potentialités de développement du pays. Enfin, il est paradoxal de constater que malgré les efforts financiers consentis par l'Etat au profit de l'éducation-formation, les résultats n'ont pas été à la hauteur des espoirs. En effet, les dépenses consacrées au système éducatif représentaient entre 6 % et 6,5 % du PIB, avec les résultats déplorables que l'on affiche, alors que des pays de niveau comparable ont réussi, avec des taux compris entre 4 % et 5 %, à atteindre des niveaux d'alphabétisation nettement supérieurs, comme la Tunisie, et d'autres pays tels que la Turquie et la Malaisie ont pratiquement résorbé l'analphabétisme. Les performances, ou plutôt les contre-performances, enregistrées par le Maroc dans les deux secteurs vitaux de la santé et de l'éducation, tous les autres indices de développement humain étant à l'avenant, traduisent l'incohérence de la politique économique et sociale menée depuis des décennies. Cette politique a été marquée par l'absence de toute stratégie globale de mobilisation des ressources humaines et matérielles en vue d'assurer le décollage du pays. Conjuguée à un manque de volonté politique, une mauvaise gouvernance et aux effets désastreux des programmes d'ajustement structurels sur de nombreux secteurs sociaux (éducation, santé, logement…), cette politique a mené le pays " au bord de la crise cardiaque ". L'avènement du gouvernement de l'Alternance en 1998 a fait naître l'espoir d'une nouvelle politique économique et sociale susceptible de sortir le pays de son sous-développement. Mais, après quatre ans et demi de gestion de cette nouvelle équipe, il s'est avéré que la logique fondamentale de la politique économique et sociale est restée la même. Au lieu de conduire une politique volontariste, basée sur une nouvelle vision de la dynamique de développement, elle s'est rapidement enlisée dans une gestion de " bon père de famille". La préservation des sacro-saints équilibres macroéconomiques devenait l'objectif prioritaire de la politique économique, marginalisant les exigences d'un véritable développement. Le rapport du PNUD est sans équivoque là-dessus.
Conscient de la situation réelle du pays, le gouvernement actuel a décidé de redoubler d'effort pour rattraper les retards accumulés dans tous les domaines de la vie économique et sociale de la nation. La décision d'accélérer le rythme de réalisation des projets dans le domaine des infrastructures de base (enseignement, santé, eau potable pour tous, généralisation de l'électrification rurale…) découle de cette prise de conscience. La question est de savoir si les moyens disponibles seront suffisants et utilisés de façon optimale, car la progression du Maroc dans le classement mondial en matière de développement humain ne peut souffrir d'aucune erreur ni d'aucun relâchement.


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