Tout prêterait à croire que les puissantes démocraties du globe ne reprennent goût au désolant spectacle d'un appel au boycott, qu'à l'occasion des Jeux olympiques avec une pathologie récurrente qui verse quasiment dans des récidives de mauvais goût à chaque édition quadriennale de la plus prestigieuse des compétitions sportives planétaires. Et qui plus est, des démocraties paraissant user «d'abus de position dominante» pour exercer des pressions, sous forme de «chantage politique» ou d'ultimatum déguisé à l'adresse de nations souveraines, en cherchant à torpiller l'esprit et la lettre de la charte olympique. Pourtant, le pays organisateur des Jeux de Pékin, cet été 2008, s'est parfaitement acquitté des obligations du cahier des charges en termes d'infrastructures, conformes aux normes de l'épreuve reine et de capacité logistique et organisationnelle pour un si grand évènement planétaire. Ce qui semble avoir déplu, probablement, aux puissants de ce monde qui ne tolèrent pas l'émergence d'outsiders aux ambitions de leadership potentiel. Plus grave encore, le tollé actuellement soulevé autour du parcours de la torche olympique et les menaces rampantes de boycott au prétexte de piétinement par la Chine des droits de l'homme au Tibet, ont plongé la communauté internationale sportive dans la consternation, et rallumé la hantise d'un asservissement des nobles vertus du sport au service de la paix durable, aux sombres desseins d'hégémonie politique dans les rapports de force entre les nations et les continents. Si bien que les prochaines olympiades de Pékin risquent fort de subir un remake des éditions boycottées, pour des motifs divers mais expressément politiques, des malheureux épisodes successifs de Montréal en 1976, de Moscou en 1980 et de Los Angeles en 1984. Il faut souligner, à ce propos, la position conséquente et courageuse du CNOM (Comité national olympique marocain), saluée par l'ensemble des délégués et observateurs à la récente Assemblée générale de l'ACNO (Association des Comités nationaux olympiques) dans la capitale chinoise, qui a pris les devants en dénonçant le principe même de boycott partiel ou total et réaffirmé solennellement le soutien du Royaume à l'organisation des JO par le pays organisateur, conformément à la charte olympique et aux décisions en vigueur des instances ad hoc, CIO en tête. Ce dernier, d'ailleurs, par sa voix la plus autorisée, a publiquement réaffirmé, malgré d'inlassables pressions tous azimuts soufflant des vents contraires qui propagent l'idée d'un boycott qui semble gagner du terrain en Europe et en Amérique, que «la torche olympique poursuivra son périple jusqu'au bout». Le Président Jacques Roggue, a clairement fait savoir à tous les opposants aux JO de Pékin, que «la crise est certaine, mais le CIO en a vu d'autres. Notre responsabilité première est d'offrir aux sportifs du monde entier les Jeux qu'ils méritent». Un rude camouflet à la face de la surenchère occidentale qui est vraiment déplacée en se rendant coupable d'ingérence dans les questions de souveraineté intérieure, sans aucun rapport avec les déterminants sportifs. En feignant d'ignorer les avancées formidables d'un pays qui a progressé sur tous les fronts en affolant, par ses moyens propres sans rien devoir à personne, les taux de croissance d'une économie émergente en plein boom, en conquérant de larges surfaces du commerce mondial tous continents confondus, en mettant en chantier les infrastructures les plus audacieuses et en fournissant, pour ne pas oublier le volet qui nous intéresse ici, un extraordinaire vivier d'athlètes promptes à glaner de haute lutte, les plus prestigieuses médailles sportives, toutes disciplines confondues. Dans le droit fil des esprits bien faits qui avaient livré leurs certitudes de façon prémonitoire en signant des ouvrages devenus des best-sellers, dans le genre «Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera». Sinon, comment expliquer que celui-là même par lequel le scandale est arrivé, est le premier surpris de l'escalade anti-chinoise, qui secoue le monde. En effet, et depuis son exil japonais, le Dalaï-Lama a fait savoir, sans détour, que «les Chinois méritent d'organiser les Jeux olympiques. Ma position sur ce point n'a pas changé en dépit des récents évènements». Pourtant, les évolutions constatées, depuis l'attribution de la candidature en 2001 de la Chine à l'organisation des JO 2008, suivaient un itinéraire consensuel, appuyé par des opérations de charme des dirigeants asiatiques ne lésinant guère sur l'envergure des moyens mobilisés pour séduire, à travers un chassé-croisé diplomatique effréné, tous les Etats membres du mouvement olympique international et garantir un déroulement mémorable des compétitions programmées. Tout comme le séminaire international dans la Principauté française en décembre 2007, placé sous la présidence effective de Son Altesse Sérénissime Albert II de Monaco, avait suscité tous les espoirs et ressoudé toutes les énergies focalisées sur le «sport au service de la paix». Mais de là à voir brandir le «châtiment suprême» du boycott surgissant brusquement de l'agenda politique anachronique sous le prétexte de «génocide anti-tibétain», que viennent aggraver de prétendues menaces terroristes contre des athlètes, des personnalités et des journalistes, à l'évidence le bouchon est poussé trop fort. Car tous ces épouvantails aux allures préfabriquées, ne tiennent pas la route de la raison, face à la logique incontournable, qu'il ne saurait y avoir de démocratie sans paix entre les peuples et que celle-ci ne saurait s'épanouir, sans la promotion du droit au sport pour tous, fondé sur l'égalité des chances entre les nations. En effet, le sport est le secteur d'activité exclusif qui a réussi sa mondialisation culturelle et socioéconomique, à l'aune des seuls talents et capacités intrinsèques des athlètes, sans distinction de race, de religion, de genre, de nationalité, d'appartenance ethnique ou d'obédience politique ou idéologique. Contrairement, hélas, aux guerres de tranchées et de course aux positions dominantes qui font rage sur les marchés du commerce international, du pétrole, des nouvelles technologies, de l'intégration des cerveaux et autres. Et le bon sens et la sagesse nous commandent, sans l'ombre d'une seule hésitation, de rétorquer à tous ceux qui s'excitent autour de slogans «sectaires» dans le genre «Oui au boycott, Non à la Chine» ou encore «Non au boycott, Non à la Chine», la position invariable de tous les amoureux des Olympiades : «Non au boycott, Oui à Pékin». Quant aux chroniqueurs de service, croyant régaler la rue de «chinoiseries olympiques» ou à ceux qui verraient dans la composition du CIO un ramassis «d'affairistes et de pleutres» pour souffler la révolte, attiser la colère, en incitant les populations à se substituer aux instances olympiques, nous les invitons à méditer cette philosophie de Kevan Gosper, ancien champion australien et non moins vice-président de la Commission de coordination des JO : «ces manifestations sont un abus contre la torche olympique qui est le symbole de la bonne volonté, de la paix, de la compréhension et de l'excellence dans le sport». C'est dans le même sens que le CNOM aux travaux de l'assemblée générale de l'ACNO, la semaine dernière à Pékin, tout en reconnaissant le droit aux athlètes d'exprimer librement leur opinion, a mis en garde contre un état des lieux risquant fort de dégénérer en manifestations hostiles pouvant compromettre l'esprit olympique et le déroulement des Jeux. L'on se rappelle encore qu'en 1968 à Mexico, deux athlètes américains, Carlos et Smith, avaient protesté contre la ségrégation raciale au moment de la remise des médailles. De telles scènes risquent de se répéter par une recrudescence des positions hostiles divisant «politiquement» les sportifs, non seulement sur les aires de compétition, mais aussi dans le village olympique menacé de se muer en une tribune de dénonciation des violations de droits de l'homme. Le CNOM a rempli son contrat en appelant, lors de la réunion du 10 avril dans la capitale chinoise de l'ACNO avec la Commission exécutive du CIO emmenée par son président Jacques Roggue, à prendre les mesures les plus appropriées pour restaurer les nobles valeurs du mouvement olympique mondial. Un mouvement qui doit impérativement être protégé de toutes les convoitises politiciennes.