Entre la politique monétaire et la politique économique, la gestion non inflationniste de cette conjonction de coordination s'avère plus qu' impérative. De ce fait, la mission de Abdellatif Jouahri n'est guère facile à mener. L'économie marocaine est loin de profiter de tous les avantages qu'elle peut procurer sur un marché financier. La proportion de la Formation Brute du Capital Fixe (FBCF) dans le produit Intérieur Brut (PIB) demeure faible. De ce fait la croissance économique est au cœur de l'actualité. Elle fait objet de plusieurs débats et discussions animés par des analystes financiers et/ou économiques. C'est ainsi que Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al Maghreb a eu l'audace, lors de sa dernière sortie de toucher au matelas financier et a concentré la réflexion entre une politique monétariste et économique. Focalisant l'attention sur les hausses des taux et la volatilité des marchés monétaires, le Wali de la banque centrale a abordé les points relatifs à la maîtrise de l'inflation et ne s'est pas empêché de dévoiler sa politique de ciblage axée sur un régime propre au niveau de vie. Sans doute, parler de tout cela, c'est très important et encore il est plus beau de faire de 2008 une année monétaire. Mais quelle corrélation entre la politique monétaire et celle économique ? Certes, la hausse du taux de l'inflation est un fléau socio-économique qui provoque un malaise auprès d'une tranche très large de la population marocaine. Mais où résident les causes génératrices de cette hausse ? Faut-il recommander une baisse des taux d'intérêts bancaires, abstraction faite de certaines mesures instrumentalisées ? Où faut-il revoir le système d'indexation des taux bancaires aux taux directeurs ? Il est vrai que la hausse des taux d'intérêt inquiète plus d'un, mais d'où provient le malaise, est-ce du bancaire ou de la position souveraine du Trésor ? A-t-on oublié que l'activité des établissements bancaires a fait l'objet au cours des dernières années d'une politique de libéralisation qui a porté sur la dérèglementation des taux d'intérêt. Le trésor dicte sa loi La suppression en 1991 de l'encadrement du crédit et l'élimination progressive de la quasi-totalité des emplois obligatoires, livrent le système bancaire à un système de fonctionnement où le marché dicte ses règles et s'impose comme le meilleur instrument de régulation. Il faut rappeler que les banques commerciales marocaines ont toujours été non réactives face à une baisse des taux directeurs de Bank Al- Maghreb. De ce fait, si devant les réductions consécutives des taux directeurs, les banques marocaines ont toujours rechigné à répercuter de manière automatique la baisse des taux de référence sur leurs taux, comment ces mêmes banques, dont le revenu est amplement dépendant de l'importance des taux d'intérêt ou plutôt de la différence entre taux débiteurs et taux créditeurs, pourraient admettre une baisse des taux d'intérêt dans la mesure où les taux de référence sont révisés à la hausse. Le système de tarification élaboré par les banques dépend non seulement d'une libéralisation conditionnée par une vive concurrence, mais aussi d'une indexation sur le taux d'émission de bons du Trésor qui a été toujours maintenu à un niveau de risque zéro auquel s'additionne une prime de risque calculée en fonction du profil de l'emprunteur, en général il est plus ou moins de 2%. Ces taux considérés indices de référence, sont l'objet d'une révision à la hausse après avoir été gelés tout au long de 2007. Sans aucun doute, l'augmentation des besoins du Trésor accentuée par la reconversion de la dette extérieure vers le marché interne pour une gestion rationnelle et adéquate du coût d'endettement, poussera le Trésor à lever davantage des fonds sur le marché primaire toutes maturités confondues. D'où la hausse des taux obligataires et par conséquent un impact sur les taux pratiqués par les banques et plus particulièrement sur le coût de loyer d'argent. Face à une éventuelle tendance haussière des taux directeurs qui étaient maintenus à leur plus bas taux historiques, des questions taraudent l'esprit : les banques vont-elles suivre ou pas ? Dans quelle mesure les marges d'intermédiation seront affectées ? Quelle que soit la mesure enclenchée, les banques ont du mal à réduire le taux facturé à leurs clients et encore pire quand il s'agit d'une révision à la hausse des taux de référence. Le fait de ne pas baisser le coût de loyer de l'argent ou de le faire bondir d'une manière exagérée, constitue la meilleure méthode de gestion du risque, faute d'outils performants permettant la mesure et la maîtrise de cette variable. Si les autorités monétaires ne sont pas arrivées à orienter les taux d'intérêt débiteurs à la baisse en s'attachant à tirer les taux de référence vers le bas, comment concevoir que des mesures, même magiques, peuvent mener les banques à réviser vers la baisse les tarifs affichés sur leurs guichets, alors que les taux directeurs tendent vers la hausse. Face à un consommateur moyen qui craint l'augmentation des taux d'intérêt, la situation est presque étouffante pour cette classe dont la dette se rapproche de la part légale maximum du revenu de 50%. Ce consommateur qui subira plus fortement la hausse, peut se trouver en cessation de paiement. Quelle recette magique pour mener à bien une gestion non inflationniste de la conjonction de coordination articulant la politique monétaire –politique économique. Sachant que l'assèchement de la liquidité sur le monétaire a provoqué une baisse des volumes sur l'obligataire et que les engagements financiers de l'Etat sont importants en 2008, le retournement de la situation sur les marchés financiers de référence parait plus ou moins un impératif pour que l'Etat honore ses engagements.