Dans une tournure surprenante, une « Pompéi marine » découverte au Maroc révèle des trilobites pétrifiés dans la cendre volcanique. Une trouvaille qui a fait la Une de la prestigieuse revue américaine "Science". Le Maroc, déjà célèbre pour son charme unique et sa richesse naturelle, voit ces attributs confirmés par une découverte remarquable. À Aït Youb, dans la région du Souss-Massa, des trilobites fossiles, pétrifiés dans de la cendre volcanique depuis environ 515 millions d'années, ont été mis au jour. Comme à Pompéi, un événement cataclysmique a soudainement stoppé toute activité. Mais ici, ce ne sont pas des humains, mais des trilobites, piégés dans leur dernière posture par la cendre volcanique. Situé entre Marrakech et Agadir, ce site a révélé des fossiles remarquablement bien conservés, grâce à une équipe franco-britannique dirigée par l'université de Poitiers, comme l'a rapporté la revue Science du 27 juin 2024. Utilisant la microtomographie de rayons X, les chercheurs ont découvert des détails anatomiques étonnants chez ces trilobites. Bien mieux conservés que tous ceux découverts jusqu'à présent, ces fossiles révèlent des poils, des épines, et même des intestins remplis de cendres, témoins de leur vie passée. Lors de l'éruption volcanique, les organismes ont été ensevelis par des nuées ardentes. Cette intense chaleur a brûlé les tissus biologiques, laissant des cavités dans la cendre solidifiée, qui ont parfaitement préservé les détails des trilobites, des appendices aux organes internes, ainsi que ceux des brachiopodes, de petites coquilles attachées à leur squelette. Cité par le magazine de la photo et du voyage, Greg Edgecombe, du Muséum d'Histoire Naturelle de Londres et co-auteur de l'étude, exprime sa fascination : « Après 40 ans d'étude des trilobites, jamais je n'ai eu une telle impression de voir des animaux vivants« , déclare-t-il. Cette étude, en dévoilant des paires de pattes spécialisées autour de la bouche et un labrum, similaire à une lèvre supérieure chez les arthropodes actuels, a répondu à des questions de longue date sur leur alimentation. « Cette découverte souligne l'importance des dépôts de cendres volcaniques dans la conservation des fossiles et l'exploration des environnements sous-marins volcaniques, » explique le professeur Abderrazak El Albani, de l'Institut de Chimie des Milieux et Matériaux de Poitiers, qui a dirigé les recherches. L'imagerie utilisée permet d'observer des objets fossilisés en 3D dans des roches dures sans les endommager, offrant ainsi un nouvel horizon pour les études paléontologiques et la découverte de restes biologiques, même mous, conservés dans les dépôts pyroclastiques. « Cette technique ouvre de nouvelles fenêtres sur l'histoire de notre planète, » conclut le professeur El Albani.