Les sociétés palestinienne et israélienne sont toutes deux confrontées à la paralysie de leurs institutions politiques, une paralysie qui entrave durablement la relance du processus de paix israélo-arabe. La conquête de la bande de Gaza par le Hamas n'a pas entamé l'optimisme des milieux sécuritaires israéliens. Le nouveau chef d'état-major de l'armée israélienne, le général Gaby Ashkenazi, multiplie les incursions ponctuelles à Gaza afin de détruire les sites de lancement des roquettes Kassam. Quant à ses subordonnés, ils sont persuadés que la présence militaire massive israélienne en Cisjordanie empêche le Hamas de s'y emparer du pouvoir et de prendre le contrôle de l'Autorité palestinienne. Cet optimisme permet à la classe politique israélienne de se livrer à ses habituels jeux politiciens plutôt que de gérer sérieusement les dossiers urgents. Ainsi, le nouveau ministre de la Défense, Ehoud Barak, brille par son absence et son manque d'implication dans les décisions d'un gouvernement dont il est pourtant un pivot essentiel. Alors qu'il a en charge la gestion des territoires occupés et des Palestiniens, il n'a joué aucun rôle dans l'annonce faite, le 19 juin, par Ehoud Olmert, à Charm-el-Cheikh, de la prochaine libération de 250 détenus membres du Fatah et actuellement incarcérés en Israël, sans qu'on sache si son silence vaut approbation ou désaveu. Ehoud Barak pratique même à l'occasion le double jeu, approuvant ainsi le remaniement ministériel décidé par Ehoud Olmert le 3 juillet dernier, en affirmant le lendemain, dans une interview à un journal, que la nomination comme vice Premier ministre, en charge des négociations avec les Palestiniens, de son rival de toujours, Haïm Ramon, posait « un problème éthique et politique ». Ce remaniement ministériel n'avait qu'une portée limitée puisqu'il s'agissait d'une redistribution des portefeuilles attribués à Kadima, le parti du Premier ministre, au sein de la coalition gouvernementale. Le fait que Ehoud Olmert soit parvenu à remettre un semblant d'ordre au sein de son parti ne signifie pas pour autant qu'il soit assuré de la longévité de son gouvernement dont beaucoup d'observateurs estiment qu'il pourrait éclater en octobre prochain, lors de la publication du Rapport définitif de la Commission Winograd chargée d'enquêter sur la conduite déplorable de la seconde Guerre du Liban. Cette instance, qui a déjà obtenu la démission de l'ancien chef d'état-major Dan Haloutz et dont les critiques ne sont pas étrangères à la chute de l'ancien ministre de la Défense, le «marocain»Amir Peretz, pourrait bien sanctionner également le Premier ministre, en tous les cas émettre sur son action un jugement sévère dont Ehoud Barak pourrait tirer prétexte pour quitter le gouvernement et priver celui-ci d'une majorité stable à la Knesset, le Parlement israélien. Cette épée suspendue au-dessus de la tête de Ehoud Olmert limite considérablement sa marge de manœuvres et sa capacité à saisir l'occasion historique constituée par l'initiative de paix arabe adoptée lors du Sommet de la Ligue arabe à Ryad, les 28 et 29 mars derniers. Les ministres jordanien et égyptien des Affaires étrangères sont censés se rendre prochainement en Israël pour présenter officiellement à leur homologue, Tsippi Livni, ainsi qu'au Premier ministre les termes de ce plan à peine évoqué lors du sommet quadripartite de Charm-el-Cheikh, le 19 juin dernier, entre Ehoud Olmert, Mahmoud Abbas, Hosni Moubarak et Abdallah II de Jordanie. Pourtant, explique la presse française, la ministre israélienne des Affaires étrangères, Tsippi Livni, a rencontré récemment à Paris son homologue marocain pour aborder ce sujet et, dit-on, l'inviter à se rendre en Israël. A moins qu'elle n'ait simplement cherché à être conviée au Maroc pour expliquer la position du cabinet israélien... Quoiqu'il en soit, le gouvernement israélien est affaibli et sa survie loin d'être assurée. Les Palestiniens, eux aussi, sont profondément divisés. Le Hamas contrôle la bande de Gaza et ne cache pas son ambition de mettre un terme à la prédominance du Fatah en Cisjordanie. Replié sur son « fief » de Ramallah, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, tente d'obtenir le soutien de la communauté internationale et du monde arabe au gouvernement qu'il a constitué autour de Salem Fayyed, autrefois ministre des Finances dans le cabinet d'union nationale Hamas/Fatah constitué en application des accords signés à La Mecque sous l'égide du roi Abdallah d'Arabie Saoudite. La poursuite de la crise intérieure palestinienne réduit considérablement la capacité d'Abou Mazen à s'engager dans des négociations avec les Israéliens d'autant qu'il doit tenir compte de l'attitude plus que réservée du monde arabe face aux initiatives qu'il pourrait prendre unilatéralement, sans avoir le soutien de toutes les factions palestiniennes. D'autant que le monarque saoudien n'a pas caché qu'à ses yeux, dans le contexte actuel, il était préférable de ne plus parler de « l'initiative saoudienne », tant en ce qui concerne le gouvernement d'union nationale palestinien qu'en ce qui concerne l'accord de paix avec Israël..