Le rapport sur le développement humain durant les 50 dernières années et les perspectives pour l'an 2025 recense les ratages du passé et invite au débat sur l'avenir. Le "meilleur est possible" à l'horizon 2025. Une autre journée historique pour le Maroc. Ce vendredi 6 janvier 2006, sa Majesté le Roi devrait présider au Palais royal une cérémonie à laquelle sont conviés tous les centres de décision : gouvernement, hiérarchie de l'armée, Parlement, syndicats, partis politiques en plus des membres du CCDH et de l'IER. Lors de cette cérémonie, le Souverain adressera un discours à la Nation au moment où le Maroc vit deux événements décisifs pour son avenir: la fin du travail de l'IER et la publication du rapport sur "50 ans de développement humain et perspectives 2025". Jeudi 5 janvier 2005, c'est le comité directeur chargé de l'élaboration du deuxième texte qui dévoilait une synthèse du rapport remis auparavant au Souverain qui en avait ordonné la diffusion comme Sa Majesté l'avait fait pour le rapport final de l'IER. Dans ce rapport de plusieurs milliers de pages, portant comme sous-titre "L'avenir se construit et le meilleur est possible", on retrouve une réflexion sur le demi-siècle d'Indépendance du Maroc. Un passé diagnostiqué avec une lucidité sans précédent pour dire que des décennies ont été "gaspillées" pour asseoir la transition, que le choix des priorités n'était pas le plus opportun (tout pour le sécuritaire aux dépens du social, entre autres), que les grands projets n'ont pas bénéficié à tous les Marocains et que le système éducatif est entré en longue crise depuis le début des années 1980. Et que dans plusieurs autres domaines, les résultats espérés n'étaient pas au rendez-vous. Chiffres et constats à l'appui, ce rapport revient sur 50 ans et les chantiers menés à bien ou non pour aboutir à une année 2005 qualifiée d'"année de toutes les transitions": l'année de l'INDH, de l'IER, de la loi sur les partis, de l'harmonisation de la législation nationale avec les textes et conventions internationaux… La dominante dans ce rapport reste toutefois le potentiel humain placé au centre de toutes les réformes préconisées comme moteur et finalité. Ce rapport dit comment et par quels moyens on pourrait bâtir un Maroc moins inégalitaire et plus solidaire à l'horizon 2025. Rassurant quant au sentiment d'appartenance à la Nation malgré les divergences politiques, le rapport préconise une série de mesures pour renforcer cette cohésion nationale. Il est ainsi question de la généralisation du service national pour tous et du vote obligatoire pour tous les scrutins à partir de 2009. Le rapport n'y va pas non plus par quatre chemins concernant la question linguistique. Pour ses auteurs, l'équation linguistique doit être résolue de manière claire et cohérente qui intégrerait l'arabe classique, l'amazigh et l'arabe dialectal. Pour l'enseignement, le rapport affirme, par exemple, qu'à l'horizon 2025, le lauréat d'une université doit maîtriser au moins deux langues étrangères. L'aspect économique n'est pas en reste et des pistes sont tracées pour une meilleure présence du Maroc aux échelles régionale, continentale et internationale. S'il y est écrit que les politiques de l'eau et de l'énergie doivent être réorientées, il n'en demeure pas moins, souligne le rapport, que le Maroc doit gagner la bataille contre les exclusions. Le rapport pousse l'audace et la perfection jusqu'à échafauder un tableau régressif si rien n'est fait d'ici 2025. Avec de bien sombres perspectives qui feraient que les Marocains seraient aux prises de maladies et d'épidémies, de pénuries d'eau et d'espaces verts réduits au minimum… Ce rapport est d'abord une invitation à un débat national et dit d'ailleurs se baser sur trois convictions qui résument l'esprit qui fonde une telle initiative. A savoir que la destinée du pays est entre les mains du Maroc et des Marocains, que les vertus du débat public sont inestimables et que seule la consolidation de la pratique démocratique est susceptible de propulser le pays vers l'avenir. Ce rapport est une compilation de 16 rapports thématiques et transversaux qu'on doit à 13 groupes de travail en plus de 75 contributions individuelles. Au total, ce travail a mobilisé une centaine de personnes provenant aussi bien de l'administration que des milieux universitaire et associatif. Cette œuvre répond à la volonté royale exprimée lors du discours du 20 août 2003, soit quelques mois après les attentats de Casablanca. Les équipes de travail, dirigées par Abdelaziz Meziane Belfkih, conseiller de Sa Majesté le Roi, se sont mises au travail dès décembre de la même année. Après les recommandations du rapport final de l'IER, le document Meziane Belfkih se veut une autre feuille de route pour l'avenir.