De nombreuses personnes ont été surprises de découvrir, en même temps que des denrées alimentaires dans les supermarchés, des livres de qualité à petits prix. Qui se cache derrière cette entreprise qui dit vouloir développer la lecture au Maroc ? Qui d'entre nous n'a pas été agréablement surpris de trouver des livres flambant neufs à de petits prix ? Des Mary Higgins Clark et d'autres grands écrivains à 20 ou 35 DH. Le phénomène n'est pas nouveau, mais il est très visible pendant ce mois-ci dans les grandes surfaces, que ce soit à Marjane ou à Acima. Quel drôle de destin que celui de ces livres. Promus à des broyeuses en France, ils ont été rescapés du pilon pour trouver des lecteurs au Maroc. Chaque maison d'édition qui fabrique des livres a aussi des machines en dents de scie pour les détruire. Au bout d'un certain temps, les invendus sont retirés des librairies, stockés dans des entrepôts et acheminés vers des cuves qui les transforment en pâte de papier. Ce triste sort n'est pas inéluctable. Il suffit de transporter ces livres vers d'autres pays où le pouvoir d'achat est limité. C'est l'idée qu'a eue Eurolivre, une entreprise installée au Maroc depuis 1992, filiale de MAP éditions, une grande structure de distribution à Paris. «J'ai épousé le Maroc en même temps que ma femme qui est marocaine», dit Marcel About, directeur général de Eurolivre. Cet homme affirme avoir été surpris par le prix élevé des livres qui les rend hors de la portée de plusieurs lecteurs potentiels. Avec sa femme, Souad Benzari, directrice commerciale de l'entreprise, ils ont engagé une bataille ardue avec plusieurs éditeurs français pour les convaincre de leur céder les stocks des invendus. «Il est erroné de croire que les Marocains ne sont pas enclins à la lecture. Ils lisent quand ils trouvent des livres de qualité et peu chers », dit Souad Benzari. Cette entreprise a dressé des chapiteaux dans plusieurs villes pour aller chercher des lecteurs. Mais la vente directe ne fait pas partie de ses priorités. Il s'agit avant tout d'une société de distribution. Pourquoi n'élargit-t-elle pas son rayon d'action aux librairies ? Parce que ces dernières ne peuvent vendre des livres, selon la directrice commerciale, à de petits prix. «Je ne permettrai à aucune librairie de réaliser de gros bénéfices sur ces livres», ajoute-t-elle. Le développement de la lecture semble être le cheval de bataille de cette entreprise qui se targue d'être bien plus une structure de développement de la culture qu'une société de commerce. Le client sera surpris de constater que le plus clair des livres commercialisés par Eurolivre sortent des éditions Albin Michel. Des livres aussi divers que des romans ou des essais comme «Femmes d'Islam» de Yasmina Benguigui et une importante étude de Kalokowski sur Pascal. Il existe également de la littérature pour la jeunesse et des livres d'enfants. «Les éditions Albin Michel ont compris que nous voulons développer la langue française, et non pas seulement commercialiser leurs publications », précise Souad Benzari. Pourquoi ne pas présenter alors aux lecteurs des livres publiés par Gallimard, Grasset ou Flammarion? Les responsables de Eurolivre disent que ce n'est pas une question d'image de marque. Ces maisons d'édition tiennent moins à ce que leurs publications soient bradées, qu'à un système rigide auquel elles obéissent depuis des années. Il leur est difficile de revoir des structures solidement ancrées, et de changer le circuit du livre dont elles ont hérité. Cela dit, cette entreprise est fière d'avoir convaincu les éditions Hachette de lui céder les invendus. Elle a même engagé des négociations avec des éditeurs égyptiens et libanais pour élargir son champ d'activité aux livres arabes.