Relâchement des contrôles Après deux semaines de jeûne, dans un contexte particulier de couvre-feu nocturne (de 18 H à 05 H), les garde-fous mis en place n'ont pas résisté à un dé-confinement non annoncé, forcé et progressif pour atteindre, en début de semaine, des proportions alarmantes. Dans les grandes villes, c'est le retour aux klaxons incessants et aux bousculades dans les marchés populaires, après un respect, global, des règles de confinement et de distanciation sociale, qui avait limité le nombre de cas infectés par le coronavirus et, donc, la pression sur nos hôpitaux. Au départ de l'opération de confinement, et même durant les premiers jours de Ramadan, la situation semblait être maîtrisée par les pouvoirs publics et les forces de l'ordre engagées dans la tâche délicate de prévenir une montée de la contagion. Malheureusement, malgré l'appréciable travail de communication télévisuelle, et la forte présence dissuasive, le relâchement des contrôles est là, perceptible. Certes, l'on ne peut exiger des forces de l'ordre d'être présentes à tous bouts de champs, de procéder à des contrôles systématiques, sachant que, depuis mi mars, elles sont soumises à une forte implication qui se traduit par l'inévitable épuisement. Certes, nous n'appelons pas à des réactions disproportionnées de la part des pouvoirs publics et des forces de l'ordre, qui ont, rappelons-le, pour missions de contrôler, quotidiennement, les déplacements des citoyennes et des citoyens, en application de l'état d'urgence sanitaire, diurne et nocturne. Un relâchement porteur de dangers En ces temps de Ramadan, il est clair que, l'hypoglycémie aidant, les esprits se chauffent vite, et si les agents d'autorité, habilités à verbaliser les contrevenants, le faisaient systématiquement et correctement, l'on aurait une population carcérale supplémentaire comptée par centaines de contrevenants et de rebelles graves. Même s'il s'avère que les nombreuses verbalisations et poursuites judiciaires n'ont pas dissuadé, outre mesure, la population doublement privée de la liberté de se déplacer et, surtout, du seul droit de gagner sa vie, une fois le « solde » du premier mois de confinement épuisé, sachant que nous ignorons l'état comptable du Fonds de solidarité mis en place à l'occasion de la pandémie du covid-19. Mais, en tout cas, il ne pourra servir de solution durable dans le temps. Dès lors, il est à craindre que le relâchement observé soit le fruit d'une volonté politique qui traduit un manque crucial de moyens financiers pour retenir, de gré, la population, notamment celle aux revenus maigres et aléatoires. Sinon comment expliquer cette nonchalance dans le respect des lois dernièrement votées par le Parlement, source de risques immenses pour le pays? Mais, fait plus grave, est que parmi les foules de gens qui violent les règles du confinement figurent de nombreuses personnes qui ne daignent même pas mettre des masques de protection ou celles qui les exhibent sans les porter correctement, tout en ne respectant pas la distanciation sociale que l'on croyait acquise par nos concitoyennes et concitoyens. Cela traduit l'absence ou l'inefficacité des agents chargées de communiquer, didactiquement et intelligemment, et d'assurer un suivi réel avec les marchands et les clients dans les quartiers populaires. De nombreuses vidéos illustrent, sur les réseaux sociaux, ces scènes de violation des règles élémentaires de la protection et de la distanciation sociale, de manquement au droit civique et sanitaire et d'atteinte à sa santé et à la santé de la communauté. Des reportages des chaînes nationales les confirment dans les grandes villes. Des risques potentiels Il en est de même pour les clusters apparus dans des sites commerciaux, industriels et carcéraux. Il semble que la confiance fut de rigueur beaucoup plus que l'impératif contrôle. Au point que l'on se demande si un cahier de charge sur la prévention de la pandémie, dont les conditions de présence et de positionnement dans les sites de travail, est exigé pour telle ou telle ouverture de magasins ou d'unité industrielle ou de service. N'oublions pas que le virus peut, dans des conditions favorables comme le sont les rassemblements, se propager et se dupliquer beaucoup plus facilement. Et sa progression peut atteindre des proportions exponentielles. Il n'y a qu'à jeter un regard attentif sur les chiffres de la semaine dernière pour constater le nombre croissant d'infections. Avant Ramadan, ce chiffre se situait entre 50 à 80. Avec le début du mois du jeûne, il a dépassé la centaine, pour frôler, ensuite, la barre des 200 contaminations par jour. Il est évident que chaque cas positif contaminerait au moins son entourage immédiat et les membres de ce dernier autant de personnes qu'ils auraient, à leur tour, contactées. Et ainsi de suite, l'on ne pourrait plus arrêter la spirale virale! Aussi, s'il est légitime que, à défaut de poursuite des aides aux familles que la coronavirus a mises dans le besoin à côté de celles habituées à la privation, l'humain tente de chercher un gagne pain, il est aussi primordial que les pouvoirs publics, avec l'aide des forces intermédiaires, mettent en place un plan bien pensé pour sortir du dé-confinement. Cela aidera à éviter le dé-confinement forcé en cours.