Innoflex Group change d'échelle et lève 200 MDH pour bâtir une plateforme industrielle de référence en Afrique du Nord    Paul Biya réintroduit la fonction de vice-président dans la Constitution    Le message fort de Lamine Yamal après la désillusion européenne du FC Barcelone    Hajj 1447 : 44 cadres de santé mobilisés pour accompagner les pèlerins marocains    Dominique Ouattara découvre les richesses culturelles du Maroc à Abidjan    OFPPT, CNOPS : la cybersécurité marocaine de nouveau à l'épreuve des fuites    Google sanctionnera les sites qui piègent le bouton retour dès juin 2026    WordPress visé par une cyberattaque : des plugins piégés infectent des milliers de sites    GPC accélère son usine de 200 MDH à Meknès et lance de nouveaux emballages agricoles    Soutien à l'innovation technologique : lancement du plus grand système de calcul intelligent au centre de la Chine    Le Maroc et les États-Unis testent le système "Link-16" avant African Lion 2026    Maroc - Espagne : La coopération a permis d'arrêter 153 jihadistes depuis 2015    La chanteuse Katy Perry dans la tourmente après des accusations d'agression sexuelle    Akhannouch devant le Parlement : un bilan placé sous le signe de la "redevabilité" politique    Le Maroc rejoint un groupe de travail de la Maison-Blanche pour sécuriser le Mondial 2026    Ligue des champions : Arsenal sous pression, duel explosif entre le Bayern et le Real Madrid    Elections 2026 : le foncier communal au cœur des luttes politiques    Le temps qu'il fera ce mercredi 15 avril 2026    Morocco Spain anti-terror cooperation leads to 153 arrests since 2015    CDG Invest Growth se incorpora al capital de Innoflex, que recauda 200 millones de dirhams    Les températures attendues ce mercredi 15 avril 2026    Younès AIt HmAdouch : "Il faut muscler l'organe productif"    Les opérateurs de l'industrie cinématographique appelés à s'adapter aux dispositions du nouvel arsenal juridique avant le 31 août 2026    Réhabilitation du Marché central de Casablanca : Lancement imminent des travaux pour 33 MDH    Taroudant accueille la 11e édition du Moussem des écoles traditionnelles    Les Etats-Unis intègrent le Maroc dans la sécurisation du Mondial 2026    Des responsables de l'ambassade de Chine au Maroc reçus par le Parti du Mouvement Populaire    Défense : Les Etats-Unis intègrent le Maroc au système Link-16, réservé aux membres de l'OTAN    Réorganisation du CNP: Le gouvernement intègre les observations de la Cour constitutionnelle    MINURSO: Una delegación francesa en misión estratégica en El Aaiún antes del examen del mandato    Santé : 15 nouveaux hôpitaux livrés en 2026 et 3.000 lits supplémentaires au Maroc    Morocco and São Tomé & Príncipe commended on Tuesday the excellent bilateral multisectoral cooperation ties, reaffirming their shared commitment to making these relations a model for intra-African cooperation.    Maroc-Gabon : un partenariat bilatéral appelé à monter en puissance    Carburants au Maroc : pas d'entente, mais des pratiques tarifaires pointées du doigt    Le nouveau spectacle de Booder En tournée à Casablanca et à Marrakech    Un pont culturel entre Rabat et Essaouira pour réinventer le patrimoine muséal marocain    L'Italie suspend son accord de défense avec Israël    Crise énergétique : Von Der Leyen appelle à accélérer l'électrification de l'Europe    Maroc – Norvège : les Lions de l'Atlas poursuivent leur préparation pour le Mondial 2026    Le fabricant français de drones Delair s'implante au Maroc    Espagne : l'épouse de Pedro Sánchez mise en examen dans une affaire de corruption    Double évènement. Lancement de « Rabat Capitale mondiale du livre UNESCO 2026 » à la veille du 31e SIEL    CCM: 5 projets sélectionnés pour participer au Marché international du film d'animation d'Annecy    Azoulay : nouvelle jeunesse pour le Musée d'Essaouira    Patrimoine immatériel : Turāth relance le débat sur le patrimoine marrakchi    Anderlecht se positionne pour Younes Taha avant le mercato d'été    Mondial 2030 : Rabat identifie ses détracteurs, une caution historique à l'étude ?    Ligue des champions : les quarts retour démarrent ce soir    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Les voyages d'Ibn Battuta : Info ou intox ?
Publié dans Yabiladi le 10 - 03 - 2011

Le début du 14ème siècle a vu deux grands voyageurs entrer dans l'histoire mondiale : Marco Polo et le natif de Tanger, Ibn Battuta. Les récits de voyages de ce dernier font encore rêver, 650 ans après sa disparition. Mais leur authenticité a récemment été mise en question par l'historien allemand Ralf Elger. Dans une nouvelle traduction commentée des récits de Ibn Battuta, il met en exergue des incohérences et des indices qui feraient du grand voyageur un grand...usurpateur qui voulait bien se faire voir auprès du Sultan de Fès.
Ce n'est pas sans raison que le Marocain Ibn Battuta, jusqu'à ce jour, impose le respect. Les récits de ses voyages emmènent le lecteur dans les recoins les plus éloignés du monde musulman du 14ème siècle, et même au delà. Le raffinement de la civilisation islamique qu'il décrit, peut en faire rêver plus d'un et fait des voyages d'Ibn Battuta une référence dans le monde arabe, un symbole de l'apogée de la civilisation musulmane.
Mais une nouvelle traduction commentée de ce récit de voyage interprète l'œuvre comme étant guidée par un intérêt personnel prononcé. Les récits auraient eu pour objectif de rendre Ibn Battuta intéressant auprès de la cour du Sultan de Fès de l'époque. Dans «Die Wunder des Morgenlandes» (Les miracles de l'Orient), l'historien allemand Ralf Elger va cependant plus loin, en remettant en question la véracité d'une partie de l'ouvrage. Lewis Gropp a décrypté l'œuvre pour le site allemand qantara.de.
Voyages à travers tout le monde arabe
Les voyages d'Ibn Battuta, né en 1302 à Tanger, commencent avec un pèlerinage à la Mecque, entamé en 1325, mais ne s'arrêtent pas là. Lors de quatre voyages sur une période de 29 ans, il parcourt la Mésopotamie, s'engage (comme son illustre prédécesseur Marco Polo) sur la Route de la soie pour arriver jusqu'en Chine, et ensuite à Sumatra, en Indonésie. Il découvre les côtes est-africaines, se rendra au Royaume du Mali, au sultanat de Delphes, à Constantinople...
Et il aurait gagné l'estime des populations musulmanes qu'il a visitées. Ibn Battuta exerce plusieurs fois au cours de ses voyages les fonctions de cadi. Il déclare notamment avoir eu cette fonction aux Maldives – un archipel ou l'islam a toujours été la religion officielle. Dans ses récits, il explique sa démarche :
«Les habitants des îles sont pieux, vertueux et pacifiques. Ils ne mangent que de la nourriture halal et leurs prières sont entendues. Leurs corps sont faibles. Ils n'ont pas l'esprit guerrier, leurs armes sont les prières. Quand j'étais cadi, j'ai donné l'ordre de couper la main d'un voleur. Quelques unes des personnes présentes à la cour se sont alors évanouies», écrit Ibn Battuta.
Un invité condescendant ?
Dans ses récits, Ibn Battuta met beaucoup l'accent sur les rencontres avec les dirigeants des pays visités. Tous reçoivent le voyageur avec beaucoup de respect. Là, Ibn Battuta est toujours un invité honoré de précieux cadeaux par chaque sultan et émir qu'il rencontre : des pièces d'or, des trésors, des chevaux, des esclaves, des femmes. Des cadeaux qu'il valait bien, estime-t-il de manière laconique et parfois prétentieuse dans ses récits.
Ses remarques sur les cadeaux reçus par un régent d'Afrique de l'Ouest sont cependant clairement méprisantes. Il se moque du Sultan du Mali, un «grand avare». Quand un messager annonce qu'il doit recevoir un cadeau, Battuta suppose qu'il doit s'agir soit de vêtements, de chevaux ou d'argent. Selon ses propres dires, il sera déçu par la suite :
«Ce n'était rien de plus que trois pains, un morceau de viande et une citrouille évidée, remplie de lait caillé. Je ne pouvais que rire à la bêtise de ce peuple et m'amuser à la pensée que ces cadeaux médiocres représentaient une grande valeur pour eux.»
Un jugement condescendant, mais qui s'inscrit dans une logique claire, selon Ralf Elger. L'historien s'est posé la question de savoir pourquoi Ibn Battuta donnait tant de détails sur les cadeaux que lui auraient offerts ces émirs, sultans et souverains d'autres pays.
Des constructions opportunistes
«Si vous comprenez le récit de Battuta comme une demande implicite de cadeaux somptueux, alors beaucoup de passages sont très faciles à expliquer», selon Elger. «Le lecteur a dû être étonné de constater comment il a pu être possible pour un voyageur inconnu du Maroc d'avoir accès aux grands dirigeants du monde et d'avoir été considéré comme un de leurs pairs. L'explication est probablement que ces contacts ont été inventés dans le but de se recommander lui-même auprès du Sultan de Fès
Ses descriptions de sa fonction de cadi apparaissent ainsi sous une autre lumière. Mais Ralf Elger va plus loin. Les récits ne seraient pas seulement intéressés, mais également en partie faux...
Le grand Ibn Battuta – un adepte du plagiat ?
Dans l'épilogue de sa traduction des récits, le spécialiste de l'histoire du monde arabe estime ainsi qu'une bonne partie des récits d'Ibn Battuta ne sont pas crédibles. Selon lui, il y a de nombreuses indications prouvant qu'Ibn Battuta ne s'est pas basé sur ses propres observations. Ainsi, il a fait des descriptions de régents qu'il dit avoir rencontrés, mais qui ont incontestablement vécu avant ou après sa vie. Il y a aussi des incohérences dans les détails géographiques. Avant Elger, le Tchèque Ivan Hrbek avait constaté qu'Ibn Battuta n'a pas pu suivre certains itinéraires dans les temps indiqués et parfois le parcours lui-même est faux. Enfin les dates ne concordent pas toujours avec des événements cités par le voyageur.
Mais le plus remarquable est la ressemblance frappante avec de nombreux textes de son temps, spécialement avec le récit d'un pèlerinage écrit par un certain Ahmad Ibn Jubayr. Ralf Elger soupçonne Ibn Battuta de plagiat. Des pages entières ont soit été légèrement retravaillées ou carrément copiées mot à mot: «Beaucoup de récits d'Ibn Battuta ne nous fournissent pas du tout les impressions authentiques de voyage, mais nous confrontent plutôt avec son talent pour le plagiat», affirme Elger.
Déjà Ibn Khaldun doutait de la véracité des récits du voyageur
Bien que, jusqu'à ce jour, Ibn Battuta soit toujours considéré par beaucoup comme un grand explorateur et voyageur, des doutes sur l'authenticité de ses récits avaient déjà été émis de son vivant. Le grand historien arabe Ibn Khaldun rapportait par exemple que plusieurs personnes à la cour de Fès ne croyaient pas à la véracité des récits d'Ibn Battuta.
Cependant, aujourd'hui, les critiques de l'œuvre d'Ibn Battuta restent très rares. Pour Ralf Elger, les récits d'Ibn Battuta seraient un symbole trop important de la portée du patrimoine culturel islamique pour qu'il soit aisément critiqué. Chose qu'il déplore profondément. Avec «Miracles de l'Orient», il tente de donner un nouvel élan à la discussion critique des récits d'un des Marocains les plus connus à travers le monde et les générations.
Article précédemment publié dans le numéro 4 de Yabiladi Mag (février 2011), page 58


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.