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Abdelkebir Rabi' expose à la galerie SoArt sous le thème «Etat d'ombre» / Désir d'ombre et de lumière
Publié dans L'opinion le 28 - 04 - 2016

Abdelkebir Rabi' expose à la galerie SoArt à Casablanca, du 12 avril au 5 mai, sous le thème «Etat d'ombre». Le thème de l'ombre et de la lumière est constant chez Rabi'. De sorte que chaque nouvelle exposition peut constituer un chapitre dans une quête esthétique et spirituelle renouvelée. Le binôme ombre et lumière forme un tout inséparable. On dit que si la lumière peut exister par elle-même dans la transcendance, l'ombre par contre, pour exister, a besoin de lumière. Toutefois la lumière, pour être contemplée sans encourir aveuglement, a besoin d'ombre. Il arrive que l'ombre soit perçue comme l'endroit où le mal se cache et la lumière comme l'instrument qui le débusque. Les enfants ont peur du noir et des coins d'ombre où se retrancheraient les esprits maléfiques qui symbolisent le domaine touffu de l'inconnu. On parle en langage courant des «zones d'ombre» quand on pense qu'il y a ambiguité, équivoque. Néanmoins l'ombre est souvent conçue comme le domaine de l'amitié bienfaitrice. Il y a l'atmosphère entourant la terre créant un écran d'ombre invisible protégeant la vie des rayonnements nocifs. Il y a l'ombre des arbres, les ombres des oasis, l'ombre de miséricorde de Dieu dans le texte sacré coranique : «le jour où il n'y aurait d'ombre que celle de Dieu». Dans notre culture amazighe, en substrat bien enraciné, nous avons le merveilleux Amalou Ighriben (l'ombre de l'étranger) pour signifier l'hospitalité proverbiale pour tous les étrangers persécutés.
Dans le domaine artistique, l'ombre est au cœur d'une recherche esthétique passionnante et suscite des interrogations infinies. Rien de plus fascinant que les recherches des grands maitres sur le clair-obscur. Bien entendu au-delà de la recherche esthétique pour la séduction du regard et enchantement de l'âme, il y a aussi une fin par le biais du symbole. Dans ce sens pour le peintre Rabi', la lumière et l'ombre sont convoquées métaphoriquement pour incarner une expérience spirituelle. Rabi', tout en peignant, réfléchit sur son travail en écrivant. «L'œuvre est porteuse d'une idée» dit-il. Alors par l'écriture on tente d'en suivre le cheminement sinueux. Dans l'exposition, des fragments de textes accompagnent les œuvres et sont conçus comme «un prolongement pour renforcer le questionnement». Ils sont extraits d'un texte où l'artiste aborde ses préoccupations esthétiques.
Abdelkebir Rabi' est l'un des peintres marocains les plus marquants de sa génération du fait d'une approche artistique singulière inscrite dans la durée, par-delà les courants et les modes. Il représente une facette importante de la peinture marocaine qui mérite le détour. Son style abstrait, très particulier, est dominé par une tendance à la monochromie, avec de grands traits noirs sur un fond d'un blanc comme immaculé. Parfois au milieu de l'austérité chromatique une petite oasis de couleur jaillit comme on le constate dans la présente exposition. D'où le thème constant de l'ombre et de la lumière où spiritualité et art se croisent. Si parmi les démarches esthétiques dans la peinture marocaine il y a eu une abstraction lyrique fondée sur la gestualité comme chez Gharbaoui ou une recherche du signe berbère dans l'enchantement comme pour Cherkaoui, pour Rabi', qui est de la deuxième génération, c'est une gestualité intuitive fondée sur un dialogue intérieur.
L'artiste, tel un artisan méticuleux, s'astreint à une discipline particulière qui consiste, d'abord, à travailler le support comme pour le préparer, l'apprêter en champ propice de l'œuvre d'art. La toile tendue reçoit des couches successives de peinture blanche. Elle s'en imprègne jusqu'à plus soif. L'enduit blanc immaculé, est poli, lissé pour acquérir une surface parfaitement plane, lumineuse, avant de pouvoir recevoir l'empreinte du noir qui figure l'ombre. Celle-ci intervient, suite à la concentration de l'artiste, pinceau en main suspendu devant le support blanc. Le pinceau agit par une intuition brusque, fulgurante, une sorte de satori, mû par le geste de la main et du corps de l'artiste qui trace de larges traits noirs d'un seul coup, sans pouvoir corriger ni revenir à la charge. La seule alternative en cas d'échec c'est de rejeter le travail comme raté et de reprendre l'effort en préparant une nouvelle toile. Celle-ci est apprêtée telle une cible et, à la manière d'un archer, le peintre lance son trait. Abdelkebir Rabi' est né en 1944 dans une famille originaire du Tafilalet qui s'était installée à Boulemane dans les années 1930 pour s'y occuper d'enseignement religieux. On imagine facilement que l'enfant Rabi' découvre le caractère jouissif de l'écriture de la calligraphie arabe dans l'école coranique en copiant, à l'aide d'un calame et de l'encre, samq, les versets du Coran sur les tablettes en bois, enduites au préalable d'une couche d'argile blanche imbibée d'eau et mises à sécher au soleil. Cette technique qui ressemble à une cérémonie de purification du support en bois, rappelle mystérieusement la démarche du peintre. Parallèlement l'enfant à Boulemane, environné de paysages rocailleux et de hauts sommets de l'Atlas où se déploie l'ombre des chênes, cèdres et peupliers verdoyants, est naturellement intégré à son environnement de par un caractère aimant la contemplation et la solitude. Très tôt il se découvre des dons pour le dessin qui apparemment ne sont pas contrariés par l'environnement familial. A l'école moderne, ses institutrices françaises, sont surprises par ce don précoce chez l'écolier apte à reproduire, portraiturer tout ce qu'il voit. L'une des institutrices lui met entre les mains un livre de peinture chinoise. Par la suite il s'avère que le dessin n'est pas une simple lubie passagère mais bel et bien un moyen d'expression fondamental qui l'accapare, l'accompagne et dont il ne peut plus se passer. En 1961 à l'âge de 17 ans, Rabi' s'inscrit à l'Ecole Normale de Fès pour devenir instituteur. Du fait de ses préoccupations artistiques, il est orienté pour l'encadrement des classes de dessin des arts plastiques. Il dira toujours en pédagogue : «Enseigner c'est transmettre une passion».
Dans la grande ville historique, il fait connaissance d'artistes peintres français et l'un d'eux l'initie aux techniques de peinture et aux secrets du maniement des couleurs. Ce faisant il lui fait découvrir les peintres impressionnistes. Rabi' s'engage dans une peinture figurative en essayant de capter son univers immédiat par le jeu d'ombre et de lumière des ruelles de la médina de Fès mais aussi les paysages de verdure et de montagne. Mais il faut attendre 1968 pour qu'il affronte le regard du public dans une toute première exposition. Cette même année il fait une rencontre décisive avec Bernard Dorival, historien de l'Art et conservateur du Musée National d'Art moderne de Paris qui donne une conférence au Centre culturel français de Fès. Rabi' l'invite à visiter son atelier pour découvrir son travail. Dorival, convaincu par l'importance des recherches de Rabi', l'invite à Paris, lui obtient une bourse d'études et le présente à des peintres pour visiter leurs ateliers.
Commence alors un autre apprentissage grâce aux voyages, rencontres avec d'importants peintres français, visites des musées, lecture d'ouvrages. C'est à partir des années 1970 que Rabi' quitte progressivement la peinture figurative pour s'engager dans une démarche résolument abstraite. A cette date il s'installe à Casablanca dont il découvre d'emblée, avec grand intérêt, l'architecture éblouissante au milieu d'une vie trépidante dont il fallait bien s'accommoder.
Jusqu'à 1988, Rabi' enseigne dans des établissements d'enseignement secondaire et depuis cette date à 2002, il enseigne l'histoire de l'art et l'esthétique à l'Université Hassan II Casablanca Faculté de lettres de Ben Msik. Un enseignement où l'expérience pratique est mise en vis-à-vis avec «la pensée philosophique dans sa dimension spirituelle et esthétique».
Depuis 1968 de nombreuses expositions défilent dans les plus importantes galeries au Maroc et à l'étranger. En 2008 la galerie de la Société Générale lui consacre une grande exposition rétrospective de quarante années de peinture avec 200 œuvres accompagnées d'un grand ouvrage comportant des textes de l'écrivain Abdelkebir Khatibi et du critique d'art Moulim Laroussi.
Rabi' qui vit et travaille à Casablanca, ne manque pas de retourner au pays de son enfance Boulemane. Dans une exposition collective récente à la galerie Atelier 21 consacrée au dessin, il participe par des dessins figuratifs de paysages de Boulemane surprenants. Un rappel des origines mais aussi confirmation que le dessin reste, au fond, une préoccupation fondamentale du peintre. Or dans la préoccupation intense pour l'ombre il y a sans doute un désir de dessiner l'invisible.


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