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HCP : Précarité, inégalité, marginalisation... le taux d'activité des Marocaines en chute libre !
Publié dans L'opinion le 25 - 03 - 2024

Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a dévoilé des données alarmantes concernant la participation des femmes sur le marché du travail. Malgré les efforts déployés, le taux d'activité féminin reste en dessous des attentes, soulignant ainsi un défi persistant dans le paysage économique marocain.
Depuis l'an 2000, le Maroc a fait face à une baisse constante du taux d'activité féminin, chutant de manière significative de 28,1% à seulement 19% en 2023. Une statistique préoccupante qui contraste nettement avec le taux d'activité masculin, lequel se maintient à 69% pour la même année. Cette disparité de genre place le Maroc parmi les nations affichant les plus faibles taux d'activité féminins à l'échelle mondiale.
Cette tendance à la baisse est exacerbée par plusieurs facteurs. Premièrement, l'économie marocaine ne parvient pas à générer suffisamment d'emplois pour absorber la croissance démographique. En moyenne, seuls 110.000 emplois sont créés chaque année depuis l'an 2000, alors que la population en âge de travailler augmente de manière substantielle, avec une moyenne annuelle de 375.000 personnes. Cette dynamique économique et démographique a entraîné une diminution globale du taux d'activité, passant de 53,1% en 2000 à 43,6% en 2023.
Les femmes sont particulièrement touchées par cette tendance, avec des taux d'activité qui continuent de décliner. L'étude réalisée par le Haut-Commissariat au Plan révèle également que les femmes sont confrontées à un taux de chômage plus élevé que les hommes, atteignant 18,3% contre 11,5% respectivement. De plus, une grande proportion (41,5%) des femmes exerce dans le secteur agricole, souvent dans des emplois précaires et non rémunérés, ce qui contribue à leur vulnérabilité économique.

Le fardeau des normes sociales et culturelles

L'Analyse intersectionnelle de la participation des femmes au marché du travail marocain réalisée par le HCP met en lumière le rôle persistant des normes sociales et culturelles dans la limitation de la participation des femmes sur le marché du travail. Les femmes sont souvent cantonnées à des rôles domestiques, non rémunérés et dépourvus de protection sociale. En effet, 57% des femmes employées sont classées comme aides familiales.
Une autre donnée clé souligne cette problématique : 74% des femmes inactives au Maroc sont des femmes au foyer. Parmi elles, 54% déclarent que la garde des enfants et les tâches domestiques sont les principales raisons de leur inactivité.
Cette configuration sociale est renforcée par des perceptions profondément enracinées au sein de la société. Selon l'Enquête Nationale sur la Perception des Mesures du Développement Durable réalisée par le HCP en 2016, une grande partie de la population considère que les opportunités d'emploi devraient prioritairement bénéficier aux hommes, avec 61% des répondants exprimant cette opinion. De plus, 63% estiment que le travail des femmes compromet l'éducation de leurs enfants.
90,9% des femmes mariées sont inactives

Pour les femmes, les profils présentant les probabilités d'inactivité les plus élevées sont, selon le HCP, caractérisés par un ensemble de caractéristiques spécifiques. En effet, les femmes mariées, âgées de 25 à 34 ans, et détenant un diplôme moyen ou aucun diplôme, affichent des taux d'inactivité variant de 87,7% à 90,9%. Contrairement à certaines idées reçues, la présence d'enfants dans le ménage ne semble pas exercer une influence majeure sur les décisions de participation au travail pour ces profils spécifiques.
En revanche, le profil des hommes les plus enclins à l'inactivité se distingue nettement. Il s'agit principalement des hommes célibataires, âgés de 45 à 59 ans, détenant un diplôme moyen ou aucun diplôme, avec des probabilités d'inactivité oscillant entre 31,2% et 49,7%. Cependant, il est important de noter que certains profils présentent des probabilités d'inactivité plus faibles, tant pour les hommes que pour les femmes. Par exemple, les femmes célibataires et dotées d'un niveau d'éducation supérieur affichent des taux d'inactivité variant entre 13,4% et 18,2%, notamment pour celles âgées entre 25 et 44 ans.

Cartographie d'une disparité régionale flagrante

Contrairement aux hommes, dont les probabilités d'inactivité ne dépassent pas 8% dans l'ensemble des régions, celles des femmes sont beaucoup plus dispersées, reflétant ainsi les disparités régionales en matière d'accès à l'emploi et de participation économique.
La région de Laâyoune-Sakia El Hamra émerge comme la plus touchée par l'inactivité féminine, avec une probabilité alarmante atteignant 87%. De près, les régions de l'Oriental et de Souss-Massa présentent également des probabilités d'inactivité élevées chez les femmes, atteignant respectivement 83% et 82%.
À l'opposé, les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra affichent des probabilités d'inactivité féminine relativement moins élevées, atteignant respectivement 68%, 70,8% et 74,9%. Ces régions bénéficient généralement d'une infrastructure économique plus développée et d'un accès relativement meilleur à des opportunités d'emploi formel, ce qui contribue à réduire les taux d'inactivité des femmes dans ces régions.
Course contre la montre
À l'horizon 2050, la pression démographique devrait continuer à s'intensifier, avec une augmentation estimée à 8 millions de personnes en âge d'activité, dont une proportion significative de femmes. Dans un scénario où la tendance à la baisse du taux d'activité se poursuit, le nombre de femmes inactives pourrait atteindre 16,2 millions en 2050. Même en maintenant un taux d'inactivité constant, ce chiffre pourrait encore grimper à 14,2 millions, mettant en évidence la nécessité urgente d'intervenir pour inverser cette trajectoire inquiétante.
En réponse à ces défis économiques et démographiques, le Maroc a fixé un objectif ambitieux visant à porter le taux d'activité des femmes à 45% d'ici 2035 dans le cadre de son Nouveau Modèle de Développement. Cependant, la réalisation de cet objectif est entravée par des contraintes économiques, avec la nécessité de créer en moyenne 293.000 emplois pour les femmes chaque année.


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