Ce n'est pas un hasard si l'expérience a commencé ici, sur ces terres réputées ingrates, mais au potentiel insoupçonné. C'est là que la coopérative Hobob Rhamna a choisi de miser sur cette culture alternative, loin du blé dur assoiffé ou de l'orge incertain. Portée par des agriculteurs engagés, la coopérative a vu dans le quinoa une réponse concrète aux aléas climatiques et une promesse d'autonomie pour les familles rurales. L'initiative a pu voir le jour grâce au soutien du programme Act4Community du Groupe OCP. Semences adaptées, formation technique, accompagnement terrain : tout a été mis en œuvre pour faire de ce projet pilote un modèle reproductible. Lors de la campagne 2019-2020, ce sont 150 hectares qui ont été semés. Et malgré une saison sèche, la récolte a dépassé les 35 tonnes. Une réussite agricole, mais surtout une victoire symbolique sur l'idée que certaines régions seraient condamnées à l'abandon. La culture du quinoa est fortement mobilisatrice Depuis, les surfaces cultivées ne cessent de s'étendre et la production a plus que doublé. Le projet de Rehamna, financé à hauteur de 7 millions de dirhams à son démarrage, fait des émules : Berkane, Tata, ou encore la vallée de l'Oum Er-Rbia s'y intéressent de près. L'objectif est clair : porter les superficies à 500 hectares, avec un rendement moyen visé de 30 quintaux à l'hectare, et jusqu'à 40 en conditions optimales. Des chiffres comparables, voire supérieurs, à ceux du blé dur... mais avec deux fois moins d'eau. Car c'est bien là le cœur du sujet : le quinoa pousse avec 200 à 400 mm de pluie par an, contre 600 pour certaines céréales classiques. Il s'accommode des sols pauvres et supporte les fortes chaleurs. Mais ses vertus ne s'arrêtent pas là : riche en protéines (16,2 %), sans gluten, et au profil en acides aminés complet, il se positionne aussi comme une réponse nutritionnelle aux défis alimentaires. Dans les ateliers de la coopérative, on commence à transformer les grains en couscous, en farine, en flakes pour répondre non seulement à une demande nationale grandissante, mais aussi à celle internationale. À l'export, le kilo de quinoa se négocie entre 20 et 30 dirhams. Au niveau national, il reste aux producteurs de relever un défi de taille : populariser le quinoa dans la cuisine marocaine. Cela passe par la sensibilisation, la diversification des produits, mais aussi par une meilleure structuration de la filière. La coopérative Hobob Rhamna y montre le bon exemple, en formant les agriculteurs, en créant des débouchés locaux via les boutiques OCP de Benguérir et Youssoufia, et en tissant des partenariats solides pour l'avenir. À Rehamena, le quinoa n'est pas qu'une culture d'avenir. Une graine discrète qui pourrait bien, à terme, redessiner les contours de l'agriculture marocaine. Abdelaziz Kayn présentant à SM le Roi Mohammed VI le quinoa de Rehamena Témoignage Abdelaziz Kayn : « Le quinoa a redonné de la dignité à nos terres » Dans cette déclaration à L'Observateur du Maroc et d'Afrique, Abdelaziz El Kayn, président de la coopérative Hobob Dahabia à Rehamna, explique comment le quinoa s'impose peu à peu comme une culture alternative stratégique dans la région. « La coopérative Hobob Dahabia est le prolongement d'une initiative portée dès 2008 par l'Association des Jeunes de Lmekhalif pour le développement agricole. À l'époque, nous avions un rêve un peu fou : introduire une culture résiliente dans notre région, réputée pour ses terres difficiles. C'est ainsi que nous avons commencé à expérimenter la culture du quinoa, en partenariat avec l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II de Rabat, sous la supervision de la professeure Wafae Belhabib, experte internationale en la matière. Nous avons démarré avec une parcelle de seulement 200 mètres carrés. Une poignée d'agriculteurs. Quelques kilos récoltés à la main. Mais après la présentation de notre produit à Sa Majesté le Roi Mohammed VI – qui a salué l'initiative – tout a changé. Plusieurs institutions locales se sont mobilisées : l'Initiative Nationale pour le Développement Humain, la direction provinciale de l'agriculture, et plus tard l'Université Mohammed VI Polytechnique et l'OCP. En une décennie, nous sommes passés de 3 à 200 agriculteurs engagés, et de 20 kilos à 70 tonnes de quinoa récoltées. La surface cultivée a été multipliée par mille : 300 hectares aujourd'hui. Et surtout, nous avons pu structurer une filière. Le produit, autrefois transformé de manière artisanale par 3 femmes rurales, l'est aujourd'hui par 20 femmes formées, dans de meilleures conditions. Le soutien de l'Etat a été déterminant. Grâce au Plan Agricole Provincial et au partenariat avec la direction provinciale de l'agriculture, nous avons bénéficié d'un projet ambitieux : acquisition de matériel agricole, construction d'une unité de valorisation d'une capacité de 300 tonnes par an, et formation des producteurs avec l'appui de l'Office de conseil agricole. Le quinoa n'est pas seulement une culture résistante à la sécheresse. C'est un levier de développement local. Il a redonné un sens, une utilité, une dignité à des terres que l'on croyait condamnées à l'abandon. Aujourd'hui, à Rehamna, il n'y a pas que le blé qui pousse. Il y a aussi une graine d'avenir. Petit à petit, le quinoa est en train de s'introduire dans les habitudes de consommation des Marocains Les bienfaits du quinoa Considéré comme une pseudo-céréale, le quinoa se distingue par sa richesse nutritionnelle. Il contient en moyenne 16,2 % de protéines, soit davantage que le riz (7,5 %) ou même le blé (14 %). Il offre un profil complet en acides aminés essentiels, comparable à celui du lait, ce qui en fait un aliment de choix pour prévenir la malnutrition. Exempt de gluten, il est également adapté aux régimes sans gluten. Riche en fibres, en fer, en magnésium et en antioxydants, le quinoa contribue à la régulation du transit, au maintien de l'énergie et au bon fonctionnement du système immunitaire. Autre atout : son index glycémique bas, apprécié des personnes diabétiques ou soucieuses de leur équilibre alimentaire. Lire aussi dans le même dossier : . L'Etat subventionne la production du quinoa . Qu'entend-on par agriculture alternative ?