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« MEDays Talks »: D'éminentes personnalités africaines examinent les perspectives post-Covid-19
Publié dans 2M le 12 - 11 - 2020

D'éminentes personnalités africaines politiques, diplomatiques et des affaires ont examiné, mercredi, lors de la 3ème web-session des « MEDays Talks », les perspectives socio-économiques africaines et de coopération post-Covid-19, à la lumière de l'Agenda 2063 de l'Union Africaine (UA).
Lors de cette visioconférence, modérée par la directrice de « Mazar-Business Unit Afrique », Sanae Lahlou, et placée sous le thème « L'Afrique après la Covid-19: de la résilience à l'émergence », la commissaire aux infrastructures et à l'énergie à l'UA, Amani Abou-zeid a souligné la mouvance de solidarité panafricaine qui s'est manifestée à l'aube de cette « crise sans préalable » et la volonté commune de développement, donnant ainsi l'exemple des aides envoyées par le Maroc à 15 pays du continent.
La discussion du moratoire sur la dette des pays africains au sein du G20 et la création du fonds de riposte contre la Covid-19 pour alléger l'impact socio-économique de la crise sanitaire sont des exemples qui témoignent que l'Afrique qui agit « d'une seule voie », a poursuivi Abou-zeid, ajoutant qu'il est important de repenser de manière « drastique » le paradigme de développement africain grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) qui sera opérationnelle en 2021.
« Il faut que l'Afrique dépende de l'Afrique et des ressources africaines, notamment humaines (...). La relance doit être intelligente, verte et durable », a-t-elle insisté.
Pour sa part, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la République centrafricaine, Mankeur Ndiaye, a indiqué que la crise du Coronavirus qui a démontré la fragilité des institutions africaines a permis aux dirigeants de constater la forte indépendance du continent à la Chine et à l'Occident en sus de l'exportation massives des ressources du continent, préconisant de « booster les échanges intra-africains » à l'heure où les pays occidentaux entament la relocalisation d'une partie de leurs industries.
Après avoir affirmé que la « question de soutenabilité de l'économie africaine se pose désormais avec beaucoup d'acuité », le diplomate sénégalais a fait savoir que la crise sanitaire a également dévoilé les carences du continent en matière de digitalisation, un volet qui, selon lui, devrait constituer une priorité au sein des Etats africains pour la lutter contre la corruption, l'économie informelle, protéger et garantir les droits de l'Homme et acquérir plus d'efficacité sur le plan économique.
Affirmant que la fin de l'Etat providence a eu pour conséquence la paupérisation des économies qui est à l'origine des vagues migratoires, Ndiaye a fait observer que les opportunités économiques doivent être créées dans le cadre du renforcement du partenariat public-privé (PPP), ajoutant qu'il est indispensable de redéfinir les priorités de l'Afrique conformément au nouvel ordre mondial qui se profile tout en favorisant les fonctions régaliennes de l'Etat.
En outre, le directeur général adjoint de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Yonov Frederick Agah, a noté que la gestion de la crise sanitaire par le continent africain admet un ensemble de points positifs, notamment le taux de mortalité moindre comparé aux autres régions du monde, mais elle pose tout de même des défis que l'Afrique doit se résoudre à surmonter, ajoutant à ce titre que tous les pays africains font face aux mêmes défis.
La meilleure opportunité à saisir dans ce contexte de crise sanitaire serait la mise en œuvre d'un accord de libre-échange efficace entre les pays africains qui soit à même de leur procurer plus de dépendance, a-t-il affirmé, précisant que les importantes ressources énergétiques du continent constituent un réel atout dont il faudrait faire usage.
« Le continent africain ne pourrait réaliser de relance économique en l'absence d'une coopération régionale forte », a dit Agah, considérant qu'il faudrait engager un nouveau mode opératoire dans lequel interviendraient, entre autres, l'autonomisation des femmes, la promotion des micro- et petites entreprises (MPE), afin d'instaurer en Afrique des moyens de production conséquents, redynamiser le tissu économique, lutter contre la pauvreté et permettre aux pays africains de jouer un rôle majeur au sein de la communauté internationale.
De son côté, l'ancien ministre des affaires étrangères du Kenya, Raphael Tuju, a soutenu l'idée de changer le paradigme de développement en Afrique, en se focalisant sur la région à travers la promotion du commerce "intra-africain" et en réorganisant les relations avec le reste du monde.
« Malgré les difficultés liées aux manque d'infrastructures, il faut amorcer l'intensification des échanges à l'intérieur du continent, ne serai-ce que dans le cadre des sous-régions » a affirmé le diplomate Kényan.
Pour l'ancien Premier ministre du Mali, Moussa Mara, mis à part quelques activités de délocalisation qui seront accueillies sur le continent, aucun nouvel ordre mondial ne sera établi. Néanmoins, l'homme politique malien a exprimé son souhait de voir s'instaurer un multilatéralisme contre l'unilatéralisme et le repli sur soi, indiquant que les enjeux du continents ne connaîtront aucun changement bien que les grandes infrastructures et les chantiers de l'Agenda 2063 de l'UA devraient être accélérés car "l'Afrique s'en sortira seule".
S'agissant des recommandations, Mara a mis en lumière la nécessité de promouvoir l'économie numérique et la digitalisation que les gouvernements africains devraient adopter pour répondre à la stratégie de transformation numérique pour l'Afrique de l'UA (2020-2030) afin d'améliorer les relations entre l'administration et les usagers; d'éradiquer le secteur informel et d'investir de façon soutenue dans les infrastructures numériques pour « interconnecter les pays africains pour avoir une intégration plus affirmée et faire en sorte que notre continent soit un acteur clé de la mondialisation ».
L'ancien premier ministre de la République Centrafricaine, Martin Ziguele, a, quant à lui, pointé du doigt la défaillance dans la gestion du capital humain qu'il considère comme une condition sine qua non au développement en Afrique.
Citant l'adage « A quelque chose malheur est bon » en référence à la crise sanitaire du Coronavirus, Ziguele a affirmé qu'il faudrait « retenir les leçons de la crise et les mettre en pratique à travers la formation des hommes et des femmes afin de construire une économie avec des fondamentaux ».
Organisés par l'Institut Amadeus, les "MEDays Talks", placés sous le thème « Dans le sillage de la Covid-19: Ripostes, reprise et disruption », se tiennent du 10 au 17 novembre en format virtuel à raison de deux panels par jour et connaissent, à l'instar du "Forum MEDays", la participation de personnalités internationales de renom qui prendront part à des discussions et débats sur les grands sujets d'actualité.
A l'image des sujets traditionnels du "Forum MEDays", le continent africain sera l'élément central des discussions des "MEDays Talks", une occasion devant permettre d'explorer les opportunités qui s'offrent à l'Afrique post-Covid, aux leçons à en retenir et à l'importance de la technologie digitale dans le développement économique et social du continent, sans oublier le rôle crucial des partenariats Sud-Sud pour les pays en développement.


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