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Entretien : Quelle place occupe la solvabilité dans le rating ?
Publié dans Finances news le 07 - 10 - 2010

* Le basculement ves les règles de Solvabilité II n’est pas une mince affaire pour le continent africain, d’où la nécessité de prendre en considération les spécificités de son marché financier.
* Hormis la solvabilité, plusieurs critères entrent en considération dans l’analyse de la solidité financière d’une compagnie d’assurance.
* Avec Solvency II, les compagnies d’assurance sont appelées à avoir cette force d’évaluer elles-mêmes les risques éventuels d’une souscription d’un contrat d’affaires.
* Lotfi El Baghdadi, Directeur Standard & Poor’s- France, explique.
- Finances News Hebdo : En tant qu’organisme de rating, quelle place de choix occupe l’analyse de solvabilité dans le rating des compagnies d’assurance ?
- Lotfi El Baghdadi : La solvabilité est l’une des huit catégories d’analyse qu’on retrouve dans celle de la solidité financière de l’entreprise d’assurance et de réassurance. Les huit sont la solvabilité, la position concurrentielle, le management et la stratégie, la gestion intégrée des risques, la qualité des investissements, la liquidité, la flexibilité financière et la capacité générale des résultats. C’est une composante qui détermine le rating, même si elle n’est pas la seule dans l’analyse globale. Elle vient compléter, en partie, notre opinion sur la solidité financière de la compagnie.
- F. N. H. : Jusqu’à quel degré les règles de Solvabilité II permettraient aux compagnies d’assurance de garantir leur solidité financière et, partant, de se prémunir contre les différents aléas du marché financier ?
- L. E. B. : Solvabilité II, en ce qui concerne son deuxième pilier, est une règle prudentielle qui est censée apporter beaucoup de choses en matière de gestion des risques au sein de l’entreprise elle-même. La gestion de risques devient ainsi plus qu’une contrainte ou un rapport qu’il faut rédiger au régulateur, c’est une analyse de gérer le business. Avant de souscrire une affaire, il faut se poser la question sur les risques additionnels que cette affaire va générer. Les entreprises devront avoir cette capacité d’évaluer leurs risques elles-mêmes. Si le régulateur trouve que les règles de gestion sont insuffisantes, il pourrait demander plus de fonds propres aux entreprises d’assurance.
- F. N. H. : Quels sont les types de difficultés que les compagnies d’assurance rencontrent lors du basculement des règles de Solvabilité I à II ?
- L. E. B. : Assurément, ce passage est très consommateur de temps et engage différentes parties prenantes.
En ce qui concerne les difficultés, d’abord, je peux citer les systèmes d’information, les équipes. Parce que Solvency II nécessite des équipes techniques. En fait, les groupes qui disposaient d’équipes actuarielles, comptables, techniques de souscription, ont beaucoup moins de mal que les entreprises petites qui sont très dépendantes des ressources externes et qui sont appelées à accroître leurs ressources.
En ce qui concerne l’informatique, il faut avoir des systèmes qui permettent d’avoir un état des lieux rapidement et, tout cela, bien entendu, il faut le développer.
L’autre problématique, c’est que dans certains cas, il y a des entreprises qui sont dans Solvabilité I mais qui trouvent beaucoup de difficultés à accéder aux règles de Solvabilité II. Ces dernières vont devoir prendre des décisions stratégiques, comme par exemple réduire leurs risques, trouver des partenaires… Il s’agit-là d’un changement de mentalité aussi bien en matière de supervision qu’en matière de reporting financier.
- F. N. H. : L’Europe est très en avance par rapport au continent africain ; quels sont les principaux enseignements que l’Afrique pourrait éventuellement tirer de l’expérience européenne ?
- L. E. B. : Effectivement, les marchés sont assez différents les uns des autres. L’Europe est en avance dans la mesure où elle a déjà fait cinq mesures d’analyse quantitative d’impact pour voir l’effet de Solvabilité II. Ce qui n’est pas encore le cas du continent africain. Les pays africains peuvent s’inspirer de ce processus, mais cela ne veut dire en aucune manière qu’il devrait être appliqué tel qu’il est en Europe. Donc, pour savoir à quoi les entreprises d’assurance peuvent s’attendre en ce qui concerne Solvency II, quelles sont les mesures d’impact qui permettront au régulateur d’ajuster cette directive au contexte africain ? Je peux dire que ce sont des analyses nécessaires et importantes pour l’entrée du continent africain dans ce régime de supervision.


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