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Zawias au Maroc : «Le spirituel avant le politique»
Publié dans Finances news le 11 - 10 - 2007

* Ce que l’on peut appeler «la revification» du rôle des zawias au Maroc, au moins au niveau médiatique, suscite quelques questions. Explications avec Aziz Chahir, politologue et chercheur à l’Université Hassan II de Casablanca.
Finances News Hebdo : Quelle serait la fonction des zawias actuellement au Maroc ? Remplissent-elles un rôle intégrateur ou s'agit-il d'une incarnation essentielle de l'Islam dit «populaire» ?
Aziz Chahir : De nos jours, le rôle des zawias au Maroc se réduit à la propagation d'un discours «patrimonialiste» destiné principalement à des élites en quête de mysticisme. Après l'Indépendance, les centres confrériques, zawias ou ribats, ont cessé de jouer leurs rôles traditionnels de médiation, de paix, de protection du territoire et d'intégration sociale comme ce fut le cas au 19ème siècle lorsque les zawias assistaient la communauté, notamment durant les moments de crises (épidémie, famine, guerre…). Actuellement, je crois que la fonction principale des zawias se limite à l'éducation et l'enseignement spirituel considéré comme le cœur de la tradition d'un Islam soufi «savant» et non populaire.
F. N. H. : Est-ce que la diversité des zawias traduit une multitude de cadres de référence ? Ou y aurait-il un fond commun qui unit les diverses zawias du Maroc ?
A. C. : Les zawiyas s'intègrent dans une configuration historique globale dont la clé de voûte est la Commanderie des Croyants. Ainsi, malgré la multitude des confréries, les zawias partagent toutes une même conception de la culture soufie fondée sur la spiritualité et la transcendance (al-houloul). Certes, chaque zawia dispose de sa propre organisation (maître, disciples, principes fondateurs, symboles, etc.), mais il n'en demeure pas moins qu'elles privilégient toutes la quête spirituelle sur l'action politique. Pourtant, cela ne les empêche pas de s'impliquer dans les affaires publiques comme ce fut le cas de la Tariqa Tijania «utilisée» par les pouvoirs publics pour endiguer les revendications d'Alger sur l'origine «algérienne» de cette confrérie. Ou encore lorsque Cheikh Hamza, chef de la Tariqa Boutchichiya, est intervenu auprès du Palais pour solliciter un poste de gouverneur pour son fils à Berkane.
F. N. H. : Pensez-vous que les zawias disposent d'assez de moyens financiers pour mener à bien le rôle qui leur est dévolu par les pouvoirs publics ?
A. C. : Je crois que les zawias disposent des moyens financiers nécessaires pour s'acquitter de leurs fonctions. Historiquement, elles sont liées à la monarchie par la voie de l'allégeance (al-Baiâ). Les cheiks et les muqqadems des zawias sont considérés de fait comme des sujets du Roi. Ils manifestent ainsi leur loyauté pour le Sultan, ce qui contribue à renforcer sa légitimité religieuse en tant que Calife. Aussi, les pouvoirs publics n'hésitent-ils pas à soutenir officieusement les zawias, notamment sur le plan financier. Pour cela, le ministère des Habous et des Affaires islamiques leur consacre chaque année un «budget spécial» afin de contribuer au financement de leurs activités (moussems, ribatates…). En outre, les zawias bénéficient de dons et rétributions (hibates, atayas…) de la part des fidèles (mouridines) dont des étrangers qui se rendent régulièrement au Maroc pour célébrer leurs confréries.


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