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Le prix du MEN pour le meilleur film professionnel…
Pourquoi pas au Maroc 
Publié dans L'opinion le 14 - 05 - 2010

Depuis 2003, le festival de Cannes (France) est associé à un prestigieux événement culturel et pédagogique, très peu médiatisé certes, mais qui mérite qu'on s'y intéresse de plus près au Maroc.
Il s'agit du prix de l'Education Nationale qui permet de récompenser, chaque année, un film de la sélection officielle de Cannes qui présente des qualités pédagogiques, culturelles et artistiques notoires. Le film distingué bénéficie d'une vie pédagogique d'une durée indéterminée : il est inscrit dans le programme des lycées et collèges avec un outil pédagogique approprié composé du DVD du film et d'un dossier d'accompagnement. C'est ainsi que cette récompense a été décernée à des films comme Le ruban blanc de Michael Haneke, Elephant de Gus Van Sant et La vie est un miracle de Emir Kusturica, etc…
Selon Christine Juppe Leblond, inspectrice générale en charge du cinéma et de l'audiovisuel, le prix de l'Education Nationale choisit de gratifier un film de Cannes digne d'un « un intérêt d'un point de vue pédagogique d'une part et d'un point de vue artistique d'autre part », sachant que le cinéma constitue un formidable support de travail sur « l'esthétique, sur l'économie, sur la politique et sur la marche du monde… ».
C'est sans doute là une idée qui, si on s'en inspire au Maroc, pourrait avoir des retombées bénéfiques à la fois pour le secteur éducatif et pour les domaines du cinéma et de l'audiovisuel.
On sait très bien que le MEN est déjà inscrit dans une politique favorisant l'éducation à l'audiovisuel dans l'ensemble du territoire pédagogique marocain , et cela au travers de certains leviers de la Charte de l'éducation et de la formation, notamment le levier 10, des différents festivals du film éducatif, des différents concours de films universitaires, et par le biais de l'encouragement de formations professionnelles dans le domaine de l'audiovisuel et de la création de ciné-clubs scolaires… Et, il est tout à fait certain que les responsables actuels du CCM accordent une place particulière à l'encadrement pédagogique des jeunes dans les différents domaines cinématographiques. Et on sait enfin que la principale forme artistique prisée par les élèves marocains est composée de films et d'images animées.
Voici, en quelques lignes, les enjeux et les raisons majeures qui pourraient être évoquées pour justifier un ou plusieurs prix de l'enseignement marocain pour récompenser des films marocains ou étrangers dont les qualités pédagogiques, culturelles et artistiques sont en adéquation avec la politique et le credo éducatifs marocains. Le prix peut prendre plusieurs formes : soit un prix national du ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur, de la formation des cadres et de la recherche scientifique , soit des prix décernés par les académies et les universités des différentes régions du Royaume.
1-Contribuer à l'éducation du regard et du goût :
On ne cessera de le répéter : le Maroc est quotidiennement et massivement submergée d'images venues de toutes parts et il existe un réel engouement de notre jeunesse pour les images. Le cinéma, le multimédia sont devenus les principaux vecteurs de la pratique culturelle et artistique des jeunes marocains. On en déduit donc que de la rareté des images (fixes et mobiles) des années 70, le Maroc est passé brutalement à la profusion extraordinaire des images, à la pléthore illimitée des objets iconiques…Ce changement de médiasphère crée, on n'en doute pas, une réelle boulimie culturelle et une situation de gobage et de gavage médiatiques sans aucun espoir de mâchage et d'arrêt sur images. Les enfants de l'image, de la télévision et des jeux vidéo sont désormais habitués au zapping, à la mondialisation de la lucarne, à l'hypermédia sans limites, à l'effleurement du sens, au nomadisme visuel et sonore ; ils frôlent l'errance visuelle sauvage sans régulation ni repères stables. C'est sans doute ici que doit intervenir l'institution pédagogique. Qui peut mieux que l'Ecole faire des arrêts sur image, développer le sens critique et distancié, rendre les images intelligentes et intelligibles, favoriser la distinction entre le bon grain et l'ivraie ? Qui peut mieux que l'Ecole inculquer aux jeunes qu'un film n'est pas seulement un objet de divertissement et qu'il est aussi un formidable vecteur culturel ? Qui peut mieux que l'Ecole favoriser « al bassira » et non seulement le simple « bassar » ? Qui peut mieux que l'Ecole inciter à l'adoption d'attitudes en faveur de la rétention de bribes d'idées face à la tyrannie de l'éphémère, de l'oubli et du jetable ? Nos jeunes ont besoin d'apprendre à choisir, à élaguer et à mieux s'orienter dans les dédales audiovisuels (les fils d'Ariane sont nécessaires aujourd'hui) où chaque image donne l'appétit d'autres images beaucoup plus séduisantes, beaucoup plus attrayantes, où chaque image donne le vertige en se faufilant insidieusement dans la mémoire et dans les mœurs. Comme l'écriture, le calcul, l'image s'apprend.
Apprendre à choisir, c'est aussi apprendre à apprécier (à goûter) les chefs d'œuvres cinématographiques et à les intégrer dans un discours cohérent et conséquent ! Le système éducatif est appelé à s'intéresser de plus près à l'univers de la pratique culturelle la plus dominante pour les jeunes marocains.
D'un autre point de vue, il peut être facilement démontré que le mariage entre le cinéma et l'Ecole peut contribuer à résorber la délinquance audiovisuelle qui gangrène aujourd'hui l'univers des enfants marocains et à réduire les situations de pollutions culturelles et artistiques dont pâtissent nos jeunes. La répression dans ce domaine n'est nullement efficace si elle n'est pas accompagnée d'une réelle stratégie de prévention, de dialogue, de réflexion en milieu scolaire !
Le MEN et le CCM sont appelés par la force des choses à s'unir pour modifier les comportements des jeunes et pour que le cinéma et l'éducation renforcent leur statut de leviers du développement. C'est dans ce sens que l'éducation à l'image peut favoriser la formation de la sensibilité, renforcer les compétences transversales et renouveler le public du cinéma.
2-Contribuer à stimuler des vocations dans les domaines du cinéma et de l'audiovisuel :
Les peintres en herbe ! Les poètes en herbe ! Les musiciens en herbe ! Les cinéastes en herbe ! C'est au sein de l'Ecole que germent les talents artistiques de demain ! Parler d'un film, remonter les images d'un film, découvrir une salle de cinéma, découvrir le plateau de tournage, rencontrer les professionnels, se familiariser avec les métiers du cinéma…voilà de quoi donner le goût de la création artistique dans le domaine des images ! Il ne s'agit certes pas de formation professionnelle ( ce qui est du ressort des études supérieures), mais de sensibilisation, d'initiation et d'approfondissement de la culture cinématographique !
De plus, il est clair que la programmation d'un film marocain (long ou court) dans le cursus de formation des jeunes élèves peut s'avérer un formidable levier pour le développement du secteur pédagogique.
3-Contribuer à la valorisation du cinéma marocain :
L'élan formidable que connaît le secteur du cinéma au Maroc exige l'implication de la raison pédagogique pour mieux l'accompagner, pour en tirer le meilleur et pour mieux en diffuser les bienfaits. La sélection d'un film marocain par une commission pédagogique aura, sans le moindre doute, des retombées bénéfiques aussi bien sur le film distingué que sur l'ensemble du cinéma marocain. A l'instar des chefs d'œuvres de la littérature marocaine d'expression arabe (Zefzaf, Laroui, Kilito, Ben jelloun, Berrechid, Kaghat….) ou française (Chraibi, Sefrioui, Khireddine…), les films de nos cinéastes marocains (classiques ou contemporains) ont eux aussi droit à la visibilité sur le territoire pédagogique, au prestige de figurer dans le curriculum des lycées et des universités et à la reconnaissance symbolique de paraître dans les programmes scolaires comme objets d'étude et d'analyse en classe. La liste des films marocains qui peuvent satisfaire les critères du MEN et qui sont susceptibles de figurer dans le cursus des élèves est désormais longue et ouverte !
Il faut le dire : il existe un patrimoine cinématographique et télévisuel marocain qui reste, malheureusement méconnu, voire méprisé par les jeunes d'aujourd'hui. Ces jeunes qui se sont fabriqués leurs grilles d'analyse filmique et de jugement esthétique de manière sauvage, non régulée à force de consommer des produits audiovisuels de basse qualité artistique et culturelle et sur des supports techniquement douteux (DVD piratés, Youtube, téléchargement illégal…).
4-Stimuler le partenariat entre salles de cinéma et établissements scolaires :
Quelle manne pour les salles de cinéma et les maisons de la culture si toute la population estudiantine s'approprie ces espaces culturels et s'y rend régulièrement ! Peut-on rêver de mieux que d'avoir des clients dont l'âge varie entre 15 et 25 ans et qui sont avides de cinéma et d'images ?
Le public de la salle obscure et du grand écran s'éduque ! L'auteur de ces lignes se souvient du temps où , étant élève au primaire et au collège, toute l'école allait dans une salle de cinéma pour voir un documentaire généralement animalier ou un Charlot généralement divertissant. On apprenait la discipline, le rituel du spectacle en commun, le plaisir de l'image, le plaisir d'apprendre en se divertissant ! C'était la belle époque où la culture et l'éducation étaient les amies et les complices du cinéma et de l'art !
Il va sans dire que le prix du ticket de l'élève peut être subventionné par les organismes directement ou indirectement impliqués dans son éducation : les académies (dans le cadre du plan d'urgence), les associations des parents, les collectivités locales, les mécènes…L'argent investi paraîtra dérisoire relativement à l'impact psychologique et aux retombées culturelles de cette expérience.
L'éducation à l'image passe nécessairement par le travail sur le cinéma en classe. C'est sans doute pour cela qu'on peut évoquer également les opérations qui ont fait leur preuve en France et en Europe sous l'intitulé de « Ecole au cinéma », « Collège au cinéma », « Lycéen au cinéma » permettant aux jeunes de savourer les films du patrimoine et de découvrir les films récents…sur grand écran et dans une salle obscure !
Modalités de mise en place :
Il convient de dire que le succès du projet en question est tributaire de trois conditions :
d'abord la clarté des critères de sélection de l'œuvre filmique qui, toutes proportions gardées, sont approximativement similaires à ceux des textes littéraires : critères pédagogiques, esthétiques, culturels, linguistiques, éthiques…La notion de  « bon film » doit être clairement définie par les différents partenaires de l'opération afin de préserver l'exception pédagogique et de respecter la sacralité de l'œuvre filmique ! A la place de la culture des « extraits », on peut privilégier celle de l'œuvre intégrale et sensibiliser les élèves au respect de l'œuvre artistique dans sa globalité ! Le choix des films à primer peut s'opérer dans les différents festivals du Maroc, notamment celui de FIFM et celui du film marocain de Tanger !
-Ensuite, le jury : il peut être composé de professionnels du cinéma, de responsables du CCM, d'enseignants, de représentants du MEN, de représentants des associations des parents d'élèves, de psychologues et de sociologues…Un large panel représentatif de la population scolaire !
-Enfin, les supports de films : dans l'idéal, rien ne peut se substituer à la projection en salle sur grand écran avec le format 35mm ; mais, dans les milieux péri-urbains et ruraux, il est possible d'envisager des supports numériques (DVD, projection via satellite…). Mais la copie du film doit être impérativement accompagnée d'un dossier ou guide destiné à « accompagner la découverte et l'approfondissement d'une œuvre cinématographique » .Comme dans les ciné-clubs, cet outil pédagogique comportera des informations concernant la genèse du film, les fiches technique et artistique, le découpage séquentiel du film, une ébauche de l'analyse filmique (contenu, langage cinématographique, style…), les relations intertextuelles et intersémiotiques…
Le prix du MEN pour le/les meilleur (s) film(s) de l'année s'inscrit donc dans une politique éducative qui adhère à l'idée que l'éducation à l'image (et par l'image) est aujourd'hui incontournable et qui tente de concilier la raison pédagogique et la passion de l'art, en l'occurrence l'art cinématographique. Nos jeunes, grands consommateurs de films de tous genres, ont besoin d'épaisseur culturelle pour mieux décoder et décrypter les films et les images, de repères stables capables de valoriser le patrimoine audiovisuel marocain et de la connaissance des passerelles nécessaires et suffisantes qui relient la classe à l'univers de l'art et du savoir.
Le prix est un pari sur l'excellence, la transversalité, le transfert des compétences et la formation du bon goût. Devant un secteur en pleine expansion, le MEN ne peut rester en retrait. Le prix devra marquer le ferme volonté du secteur pédagogique de s'approprier le support et la culture cinématographiques.
Pour finir, il convient de souligner avec force que le prix du MEN n'entre aucunement en concurrence avec les prix déjà existants : le prix de la critique, le prix du public, le prix du jury…Loin de là ! Le prix du MEN vient compléter les autres distinctions avec une valeur ajoutée : celle du regard du secteur éducatif, pépinière pour le cinéma de demain et garant de la formation des citoyens de l'avenir!


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