Le Royaume-Uni et le Maroc engagés en faveur de l'élargissement de leur coopération    Terrorisme : À Washington, le polisario dans le viseur    Droits de l'Homme: ONU : le Maroc exprime sa préoccupation face à la situation en Palestine    inwiDAYS 2026 met l'intelligence artificielle au centre de la nouvelle dynamique des startups    La Bourse termine en grise mine    Marché secondaire des créances douteuses : BAM accélère la mise en œuvre    E-MUN Africa signe son retour à l'ESSEC Afrique pour une deuxième édition    Mort d'un Marocain dans une attaque de missile iranien à Bahreïn    RDC. Le recensement au cœur des priorités nationales    Assemblée nationale : le Togo accélère ses réformes économiques et sociales    Football : Le nouveau maillot de l'équipe du Maroc rend hommage au patrimoine national    CAN 2025 : Le Sénégal annonce faire appel ce mardi devant le TAS    Achraf Hakimi envisagerait un retour au Real Madrid    Maroc U23 : double duel amical face à la Côte d'Ivoire    Iran-Israël : un échange de maillots qui dépasse le sport    Morocco: Thunderstorms and strong wind gusts expected Tuesday    La DGSN dément les allégations sur l'interpellation d'un ressortissant britannique    Marrakech : Arrestation pour extorsion après la diffusion d'une vidéo virale    Essaouira accueille « La Dolce Vita à Mogador 2026 », vitrine du cinéma italien au Maroc    « Le Procès de la Conscience » : quand le théâtre invite les citoyens à juger leur propre époque    Subvention de la musique et des arts chorégraphiques: Ouverture des candidatures pour la 1ère session de 2026    Santé : Tehraoui appelle à renforcer les efforts de dépistage de la tuberculose    Classement de l'Indice mondial du terrorisme (GTI) : la sécurité marocaine, un bouclier solide qui déjoue le terrorisme et consacre un leadership régional en matière d'anticipation et de protection    CV, c'est vous ! Ep-90. Fadoua Jemoumkh, la social media manager qui rêve grand    L'Indonésie introduit un jour de télétravail pour réduire la facture énergétique    Emploi, l'angle mort de la croissance au Maroc selon le FMI    Transport rural : le CESE présente son avis ce mercredi    Edito. Le prix du «rouge»    Terres soulaliyate : le gouvernement précise les règles de dépôt des contrats de gestion    Wydad Casablanca parts ways with coach Mohamed Amine Benhachem    Santé : Agadir lance la reconstruction du Centre hospitalier régional Hassan II    Chtouka Aït Baha : l'Agence des eaux et forêts dément une prétendue maladie de l'arganier    Maroc : Chanaz Essakli prend la tête de l'Imprimerie officielle    Espagne : près des deux tiers des musulmans sont d'origine marocaine    Le Wydad de Casablanca se sépare à l'amiable avec son entraîneur Mohamed Amine Benhachem    Gestion des sols d'oliveraie : le Maroc accueille la réunion annuelle du projet Soil O-Live    «Les Marocains de Norvège», un livre de Jamal Eddine Belarbi sur les récits migratoires    Botola Pro D1 : les mises à jour des 10è et 11è journées reprogrammées après la trêve internationale    Lions de l'Atlas : les Champions d'Afrique entament leur premier stage avec Ouahbi    MINURSO : une mission onusienne d'évaluation attendue à Laâyoune    Pays-Bas : Le parquet fait appel de l'acquittement d'un agent accusé d'espionnage pour le Maroc    Festival Jidar : Première édition d'un grand prix qui met les fresques à l'honneur    Espagne : Les Marocains représentent 25% des titulaires de titres de séjour    Trump annonce des échanges "constructifs" avec l'Iran et suspend des frappes    La Fondation Hassan II fête les 10 ans de l'Espace Rivages avec les artistes MRE    Alerte météo. Averses orageuses ce lundi dans plusieurs provinces du Royaume    France : Aux municipales, Rachida Dati perd Paris et Karim Bouamrane est réélu à Saint-Ouen    Dans le Fujian : Neuf moments marquants d'un voyage au cœur du Sud-Est chinois    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Rétro-Verso : 11 janvier 1944, et vint le jour de la Gloire
Publié dans L'opinion le 03 - 01 - 2024

Il y a 80 ans, 66 braves hommes remettaient au Sultan la Déclaration de leur désir le plus irrépressible : celui de l'Indépendance du pays et de sa libération du joug du Protectorat français. Retour sur un épisode ô combien symbolique de l'Histoire du Maroc.
Nous sommes au mois de janvier de l'année 1944. Les indépendantistes marocains présentent au Sultan un Manifeste pour l'Indépendance du Maroc. Ce document, qui sera inscrit à tout jamais dans l'Histoire du pays, s'apparente par sa forme à une Déclaration d'indépendance. Dès que la presse nationale s'en est faite l'écho, il suscita un mouvement d'adhésion dans l'opinion publique marocaine.

En plein Protectorat français, le Sultan Mohammed ben Youssef demanda à maintes reprises l'Indépendance du Maroc. Ce fut notamment le cas dans son Discours de Tanger, le 10 avril 1947, et dans son Mémorandum du 11 octobre 1950.

Le Manifeste du 11 janvier 1944, ou Manifeste de l'Indépendance marocaine, est un acte hautement symbolique dans le Royaume. C'est le premier acte juridique qui vient consolider et officialiser les prises de position des nationalistes contre le Dahir berbère du 28 août 1930.
Mais pour comprendre les événements, qui l'ont directement déclenché, un retour en arrière s'impose.

Le Parti sauveur est né...

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 8 novembre 1942, le Maroc est sous protectorat français lorsque les Anglo-Américains atterrissent sur les plages de Casablanca dans le cadre de l'opération Torch. Les Français libres reprirent le flambeau d'une administration coloniale française en grande partie pétainiste et collaborationniste.

Au cours du mois de janvier 1943, le Sultan Mohammed ben Youssef, détenu de facto par l'administration du Protectorat, mais qui n'avait jamais exprimé de sympathie pour l'Allemagne hitlérienne et qui avait protégé les Juifs marocains des lois et règlements antisémites, reçut du président Roosevelt, lors de la conférence d'Anfa, la confirmation que les Etats-Unis appuieraient l'indépendance du Maroc au terme de la guerre.

Les anciens membres du Parti national, interdit en 1937 et dont les principaux dirigeants tels que Allal El Fassi et Mohamed Hassan Ouazzani étaient encore incarcérés ou exilés, organisèrent clandestinement, le 18 décembre 1943, le Congrès constitutif du Parti de l'Istiqlal, à Rabat.

Dans sa version initiale, le Manifeste de l'Indépendance a été rédigé dans l'ancienne médina de Fès, à Dar Mekouar, sous la plume d'Ahmed El Hamiani Khatat et d'Ahmed Bahnini, juristes du Parti. Amendé par la suite par leurs camarades et frères de cause, le Manifeste est finalement considéré comme le programme du parti qui mènera le Maroc à son indépendance.


Le jour-J


Au moment où l'issue incertaine de la guerre semblait évidente aux plus avisés, 66 Marocains prirent le formidable risque de signer, le 11 janvier 1944, un Manifeste public appelant à la rupture de tous les arrangements post-protectorat et à l'indépendance pleine et entière du Maroc.

Le rassemblement des principaux leaders nationalistes de toutes origines, autour du Manifeste indépendantiste, a permis de mettre en place un réel mouvement politique, crédible et représentatif de la société marocaine et de toutes les couches de la population, urbaine et rurale. Ils ont, dès le départ, décidé conjointement de soumettre leurs revendications au Sultan Mohammed ben Youssef.

Tous font partie du panthéon marocain : immenses résistants avant l'Indépendance, les signataires sont ensuite restés des symboles du Maroc libre et des hommes clés dans la réalisation du Maroc nouveau.

Moulay Abdelhadi Alaoui sera considéré par Paris comme le principal artisan du Manifeste de l'Indépendance. Il était haï par le Résident général de France au Maroc, le maréchal Juin, selon les mémoires publiées en 1991 par le président de l'Association Conscience française, le Dr Guy Delanoë. Il a ensuite publié un article dans le quotidien libéral marocain Maroc-Presse en juin 1955, qui lui a été proposé par son ami Jacques Lemaigre Dubreuil peu avant l'assassinat de ce dernier.

Parmi les signataires de ce Manifeste, figurent les noms de Bouchta Jamaï, Ahmed Mekouar, Ahmed Balafrej, Ahmed Bahnini, Mohammed El Bekkali, Boubker Sbihi et Jilali Bennani, pour ne citer qu'eux...

Diplomatie sécuritaire : Aux origines de l'Opération Torch
L'Opération Torch est le nom de code attribué à la mission alliée dans les territoires marocains, qui a constitué un tournant crucial sur le front occidental de la guerre. Ce déploiement de soldats américains aux confins de l'Europe a, par la suite, fragilisé l'armée nazie, déjà éprouvée par la résistance farouche du front soviétique.

Dans ce contexte privilégié et bienveillant, feu SM le Roi Mohammed V a saisi l'opportunité de la venue des dirigeants alliés pour soumettre la demande d'indépendance du Maroc et la candidature du Royaume à la Charte de l'Atlantique. Ce qui a suscité l'adhésion du Président américain, qui a estimé que la volonté du Royaume de reconquérir sa pleine liberté était tout à fait légitime. Un an après cette conférence, des activistes du Mouvement national, dont une femme, Malika Belmehdi El Fassi, ont signé un Manifeste réclamant l'indépendance du Maroc, sous la houlette du défunt Souverain.

Ils y ont notamment mis en exergue l'intérêt porté par feu SM Mohammed V au mouvement réformateur et à l'instauration du régime politique libéral reposant sur la « Choura », un système de concertation entre les pouvoirs marocains, et garantissant les droits et les devoirs des différentes composantes de la Nation marocaine.

En définitive, la Conférence d'Anfa, dont les intérêts politiques ont été déterminants pour la croissance du Maroc et le développement de ses rapports avec le reste du monde, a permis de tourner la page des années noires et des déchirures de la Seconde Guerre mondiale.

« Nul ne peut passer sous silence la contribution du Maroc à la conduite de la guerre et le soutien, tant humain qu'économique, offert aux Alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Une bonne part de cette reconnaissance est réservée à la rencontre symbolique d'Anfa entre le Sultan Sidi Mohammed ben Youssef et le Président américain Roosevelt, en présence du Premier ministre britannique Winston Churchill, sur l'indépendance du Maroc et la consolidation des relations bilatérales maroco-américaines qui a duré pendant des décennies et qui est encore plus visible aujourd'hui », affirme l'historien et professeur universitaire Nourddine Belhaddad.
Histoire : La Conférence d'Anfa, le déclic de l'Indépendance
Si le Manifeste du 11 janvier demeure le premier acte juridique national de l'Indépendance, la Conférence d'Ana fut aussi le premier acte diplomatique international vers la libération du Maroc du Protectorat français. En effet, cet événement, qui a jeté les bases du Royaume post-colonial, s'est déroulé du 14 au 24 janvier 1943.
Nommée en l'honneur de l'hôtel où elle s'est tenue, la Conférence, qui a accueilli les réunions des futurs vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, a été décisive tant pour l'issue du plus grand conflit militaire de notre temps, la Seconde Guerre mondiale, que pour le recouvrement de l'Indépendance du Maroc.

En se rendant à Casablanca, les Alliés (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France) entendaient mettre au point des plans plausibles pour une issue triomphante de la guerre et prendre pied dans le nouvel ordre qui allait déterminer l'équilibre des puissances mondiales. Cependant, l'individualisme politique de la France du résident Eirik Labonne en a décidé autrement.

« Quand les Etats-Unis ont constaté que le principal intérêt stratégique de la France était de faire du Maroc une extension de l'Hexagone européen, sans tenir compte de ses intérêts communs avec ses propres Alliés, Roosevelt a préféré écrire une nouvelle page du Maroc, avec le Maroc, celle de l'indépendance et de l'autodétermination du Royaume », nous explique l'historien Noureddine Belhaddad, Expert en politique étrangère marocaine.

Ainsi, toujours selon les éclairages de notre interlocuteur, feu SM Mohammed V, alors Sultan Sidi Mohammed ben Youssef, s'étant rallié aux Alliés dans la lutte initiale contre le nazisme et le fascisme, a mis à profit le capital de compassion dont jouissait le Royaume pour mobiliser des soutiens de toutes parts, notamment des Etats-Unis, en faveur de son choix de négocier avec les puissances occidentales pour libérer le Maroc des entraves du colonialisme.

De ce fait, la Conférence d'Anfa, à laquelle ont participé le président américain Franklin Roosevelt, le Premier ministre britannique Winston Churchill et les généraux français Henri Giraud et Charles de Gaulle, donne naissance à de grandes orientations pour le maintien de la guerre, parmi lesquelles la reddition inconditionnelle des puissances de l'Axe, le maintien de l'aide à l'Union soviétique, la reprise de la Sicile, puis de l'Italie, dès la cessation des hostilités en Tunisie.

Compte tenu de la portée stratégique des résolutions adoptées à Casablanca, le président Roosevelt a lui-même jugé urgent de les adresser au peuple américain dans un discours radiodiffusé.

Cette mesure marque le déclic de la réelle résolution de ce grand conflit mondial, laquelle sera complétée par d'autres rencontres sommitales en d'autres circonstances et sous d'autres cieux. À peine quelques semaines avant la Conférence d'Anfa, les Alliés font subir ce que notre historien appelle « le premier revers stratégique majeur » au nazisme avec le débarquement américain du 8 novembre 1942 au Maroc.
Idéologie : Faire rayonner le Maroc à l'étranger
Abou Bakr Kadiri, Ahmed Balafrej et Allal El Fassi, parmi tant d'autres, ont poussé à son paroxysme la cause qui leur était si chère, celle de la liberté de la Nation et du peuple. Nés au début du siècle dernier, ils ont défriché le terrain de la mode des études supérieures en France. Au-delà des frontières du Maroc, ils ont amené leurs idées jusque dans les enceintes des universités françaises.

Homme politique et écrivain, Kadiri est en 1934 l'un des initiateurs du Mouvement national marocain, signataire du Plan de réforme marocain de 1934 et du Manifeste de l'Indépendance du 11 janvier 1944. Il fut aussi l'un des précurseurs de l'enseignement moderne dans le pays, ayant créé la célèbre école privée « Annahda » à Salé, brandissant ainsi l'étendard de la langue arabe et de la culture musulmane dans les années 30 et 40, malgré l'opposition des autorités du Protectorat.

Ahmed Balafrej, Lauréat de l'école des notables de Bab Laâlou à Rabat, a poursuivi ses études secondaires au Collège musulman de la Capitale (aujourd'hui Moulay Youssef). Passionné par la France, il a obtenu son baccalauréat à Paris au Lycée Henri-IV, avant de continuer ses études d'arabe à l'Université Fouad I du Caire en 1927, et de retourner à Paris, à la Sorbonne, pour l'obtention d'un diplôme de sciences politiques de 1928 à 1932.

S'ils ont défendu contre vents et marées la nation marocaine et son droit à l'indépendance, cela ne les a pas pour autant empêchés de s'ouvrir à la culture française et d'apprendre la langue de Molière dans les règles de l'art. Ces intellectuels istiqlaliens, grâce à leur patriotisme à toute épreuve, ont pu jouer un rôle de relais diplomatique entre la France et le Maroc au lendemain de l'indépendance.
Zoom-arrière : Après le Manifeste de 1944, les événements de 1947
Il y a quelques mois, le peuple marocain a commémoré le 76ème anniversaire des événements du 7 avril 1947, qui ont donné un élan décisif à la lutte pour l'indépendance et la liberté.

Ce jour donc, le pouvoir colonial a, en effet, commis un massacre contre les habitants de Casablanca dans une manœuvre désespérée pour empêcher Sa Majesté Mohammed V d'achever sa visite stratégique dans la ville de Tanger.

« En 7 avril mémorable, les Casablancais ont résisté aux forces coloniales qui n'ont pas manqué de mener des attaques sanglantes contre les populations. Certains quartiers de la ville ont été la cible d'opérations meurtrières qui ont fait des centaines de morts et de blessés », raconte l'historien Noureddine Belhaddad.

Ce drame vient rappeler les sacrifices considérables faits par les Casablancais, qui se sont joints à la Résistance et à l'Armée de libération pour protéger les principes et les valeurs inaliénables de leur patrie.

Cette féroce opération de répression, ainsi que l'arrestation d'activistes et de nationalistes marocains, n'ont pas infléchi l'agenda de feu SM Mohammed V, qui a poursuivi sa visite à Tanger. Le séjour du défunt Roi dans la ville du Détroit a mis en échec les plans tacites du colonisateur et lui a offert l'occasion de prononcer le fameux Discours historique de Tanger, dans lequel feu SM Mohammed V a souligné la détermination du peuple marocain à réclamer son indépendance.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.