Entre 2014 et 2024, la population marocaine a connu une augmentation de 8,8 %, atteignant ainsi 36 828 330 habitants. Le géographe et chercheur à la Sorbonne, David Goeury explique que derrière ce chiffre global se cache une réalité démographique marquée par des disparités flagrantes, créant un paysage aux dynamiques contrastées. Dans son étude axée sur les transformations démographiques du Maroc de 2014 à 2024, l'expert note que « l'influence de deux facteurs majeurs – l'internationalisation de l'économie et le réchauffement climatique – a façonné les trajectoires des communes marocaines, générant des zones de croissance effervescente et des régions en déclin, souvent inexorable ». Croissance concentrée dans quelques communes. Loin d'être uniforme, la croissance démographique du Maroc est concentrée dans une poignée de communes. Ainsi, « 22 % des communes affichent une croissance supérieure à la moyenne nationale », fait savoir l'étude précisant que parmi elles, quatre communes font figure de stars, représentant presque 13 % des gains démographiques totaux. Tanger médina, Bni Makada, Ménara à Marrakech et Dar Bouazza près de Casablanca ont chacune vu leur population augmenter de plus de 100 000 habitants en l'espace de 10 ans. Ces villes, notamment celles proches des grandes métropoles, bénéficient de l'expansion des infrastructures industrielles, de l'agriculture irriguée et des plateformes logistiques. Les périphéries de Casablanca, Tanger, Rabat, Marrakech, Fès et Agadir connaissent une véritable explosion démographique. Bouskoura (+95 %), Had Soualem (+103 %) et Dar Bouazza (+100 %) témoignent de l'essor démographique de ces zones, où l'urbanisation rapide et l'industrialisation imposent une pression croissante sur les terres disponibles. Littoralisation et déclin des zones rurales L'attractivité du littoral se renforce, notamment sur l'axe Safi-Tétouan, avec une croissance deux fois plus rapide que la moyenne nationale. Cette dynamique touche même des communes rurales et des villes satellites, autrefois éloignées des grands pôles urbains. Cependant, au sud de Safi, la littoralisation devient plus inégale, marquée par le développement ponctuel de pôles urbains comme Agadir, Essaouira et Dakhla. En revanche, la région orientale du pays, entre Tétouan et Saidia, subit un déclin démographique. La faible croissance du secteur touristique, couplée à des difficultés socio-économiques, engendre une stagnation voire une réduction de la population, particulièrement dans les zones rurales non connectées à des projets d'irrigation. Les zones montagneuses et arides, où le réchauffement climatique impacte sévèrement l'agriculture, sont également frappées par une désertion croissante de leurs habitants. Sans les infrastructures d'irrigation nécessaires pour l'agriculture intensive, ces régions sombrent dans un déclin démographique prolongé. Les villages perdent leur attractivité, et la question de l'exode climatique se pose de plus en plus avec acuité. Les petites et moyennes villes en déclin Si certaines grandes communes prospèrent, de nombreuses petites et moyennes villes sont condamnées à un déclin structurel. Al Hoceima (-11 %), Berkane (-9 %), et Jerada (-6 %) sont des exemples de ces villes en perte de vitesse, où le manque de diversification économique et des dynamiques migratoires défavorables condamnent souvent ces centres urbains à l'abandon. Les quartiers historiques des grandes métropoles, comme ceux de Casablanca et Marrakech, ne sont pas épargnés. Ces arrondissements perdent une proportion importante de leur population, en particulier les classes populaires, qui sont poussées à la périphérie ou dans les communes limitrophes, grâce à des programmes de logements sociaux. L'immigration et ses impacts L'immigration, bien qu'encore modeste, prend également une place grandissante dans le tissu démographique du Maroc. En 2024, la population étrangère légale au Maroc a augmenté de manière notable, atteignant 148 152 personnes. Si cette population reste concentrée dans les grandes métropoles comme Casablanca et Rabat, de nouvelles zones d'installation émergent dans les régions liées à l'agro-industrie. Aït Amira, par exemple, devient un centre d'attraction pour les travailleurs venus d'Afrique subsaharienne, tandis que les communes rurales de l'agriculture intensive, comme celles du Souss-Massa, connaissent des croissances démographiques exceptionnelles.