Le textile marocain semble se redresser. Un constat qui n'est pas partagé par tous les opérateurs… Après une année 2009 calamiteuse pour le textile marocain, le secteur semble se redresser en ce début d'année 2010. Et les chiffres sont là pour le confirmer ; sur les trois premiers mois de l'année en cours, le secteur a connu une évolution d'environ 10% par rapport à la même période une année auparavant, selon les dernières statistiques de l'Office des changes. Ainsi, au cours du premier trimestre 2010, les exportations globales du textile-habillement se sont établies à 29,8 MdDH contre 27,2 MdDH pour la même période en 2009. Une augmentation de 2,5 MdDH, soit une hausse de 9,3% comparé au premier trimestre 2009. Un accroissement attribué à la performance de la filière filatures et les produits jeans et sportswear ainsi que le «fast-fashion». Une relance sectorielle grâce à Chami ! En effet, en 2009 et après une perte d'emplois de plus de 10% (Plus de 8 500 emplois supprimés), le gouvernement a mis en place plusieurs mesures de soutien à travers la Caisse centrale de garantie (CCG), en l'occurrence l'exonération temporaire des charges sociales et des reconductions de lignes de crédits. Ahmed Reda Chami, ministre du Commerce de l'Industrie et des Nouvelles Technologies est venu récemment confirmer cette continuité dans les mesures de relance. Ce fut lors d'une conférence sous le thème «le textile marocain dans l'environnement international», dans le cadre de la 1ère édition «des Rencontres de Marrakech», le mois dernier. Le ministre a insisté sur des mesures concrètes venues réconforter des chefs d'entreprises dont les commandes ont fondu comme neige au soleil en 2009. En cause : l'impact de la crise économique sur les donneurs d'ordres européens, premier marché à l'exportation du textile marocain. Et parmi ces mesures, on dénombre l'aménagement de zones industrielles générales et sectorielles, la facilitation des procédures administratives, la réduction des délais de transit, la formation d'une main-d'œuvre qualifiée, outre des mesures incitatives d'ordre financier et fiscal en vue de drainer davantage d'investisseurs. Une reprise illusoire ? La reprise est effective et notable mais proportionnelle selon les filières du secteur. «Non, il n'y a pas de reprise. Qui a dit ça ?», s'étonne d'emblée Mustapha Sajid, président de l'Amith (Association Marocaine de l'industrie du textile et de l'habillement). Selon Sajid, la reprise dépend du premier consommateur du produit marocain à savoir, le Vieux Continent. «La crise européenne et grecque ainsi que la baisse de l'euro ont pénalisé nos exportations, cependant on observe des signes de reprise qui nous laisse optimistes pour le deuxième semestre de cette année», déclare le président de la seule association marocaine qui représente le secteur. Certes, le secteur dans sa globalité a progressé, mais dans le détail et de l'avis de plusieurs opérateurs de la place, les choses vont mal. Selon toujours les dernières statistiques de l'Office des changes, les exportations de vêtements confectionnés n'ont été que de 3,1 MdDH les quatre premiers mois de 2010 contre 4,9 MdDH pour la même période en 2009. Ce qui représente une baisse considérable de 35,5%. Même constat auprès des articles de bonneterie. En effet, les expéditions de ces produits se sont établies à 1,2 MdDH contre 1,7 MdDH pour la même période en 2009. Sur le registre des exportations de vêtements en cuir, elles se sont établies à 48 MDH contre 63 MDH en valeur et ont baissé également en termes de volume pour afficher 170 tonnes. Une baisse de 14 tonnes par rapport à la période (janvier-avril) de l'année 2009. En 2010, on se retrousse les manches ! Pour la principale activité industrielle du pays, le textile, le gouvernement s'est penché sérieusement sur la relance du secteur et la modernisation de ce tissu industriel. Sous la houlette de Ahmed Reda Chami, des réformes ont été mises en place. En effet, et hormis les exonérations d'impôts pour les entreprises exportatrices, des zones franches ont été créées. En partenariat avec l'Amith et avec le ministère du Transport et de l'Equipement, Nassij Med verra le jour prochainement. Un projet ambitieux qui vise la création d'un pôle industriel dédié au textile à proximité du port de Tanger Med. De plus, le volet créativité et design n'est pas en reste. Longtemps perçu comme le maillon faible de l'industrie textile, l'Amith compte changer cette donne en créant, en partenariat avec le ministère de la Formation professionnelle le premier établissement public de création au Maroc ; la Casa moda academy (voir encadré). Des mesures qui sont les bienvenues pour un secteur qui souffre de la concurrence des pays asiatiques et qui, avec son manque de créativité, peine à percer d'autres marchés que ceux européens, comme celui de l'Oncle Sam. Mohamed Amine Hafidi La Casa Moda Academy Le premier établissement public de création au Maroc verra le jour en octobre prochain à Casablanca. Né d'une collaboration entre le ministère de la Formation professionnelle et l'Amith, l'établissement formera ainsi aux métiers modernes de la mode et compte former une nouvelle génération de designers et stylistes pour promouvoir la création artistique marocaine. Le cursus, étalé sur trois ans, est sanctionné par un diplôme d'Etat de licence professionnelle de styliste de mode. Côté formation, il s'agira de la création de mode et de la communication spécialisée dans la mode et le design. L'accueil de la première promotion se fera au niveau du campus de l'Esith. Pour ce qui est des frais de scolarité, ils se situeront entre 60 000 DH à 70 000 DH par an, dont 60 % pris en charge par l'Etat. L'étudiant déboursera, donc environ 25 000 DH. La date limite pour le dépôt des dossiers d'inscription est fixée au 25 juin. Jeunes mordus du stylisme, de la création et de la mode, à vos demandes ! «Il faut développer notre logistique» Est-ce que la reprise dans le secteur du textile est là ? On ne peut pas dire que la reprise soit là. Le début de l'année 2010 a été très difficile pour les opérateurs. Les commandes des donneurs d'ordres ont été ratées et ont été passées vers d'autres pays plus compétitifs. Cependant, et depuis le mois d'avril, nous avons observé une inflexion de l'évolution de nos exportations. Cette inflexion est due à deux événements. Tout d'abord, la saisonnalité qui a été perturbée. En effet, il a fait beau jusqu'en février et donc nos donneurs d'ordre européens préfèrent se concentrer sur les pays de proximité à savoir le Maroc. La deuxième raison est liée à la baisse de l'euro. Certes, cette baisse induira une baisse des recettes, mais à très court terme, elle s'accompagnera par un accroissement de la compétitivité des pays arrimés à l'Europe aux dépends des Asiatiques. Quel est votre sentiment par rapport au deuxième semestre 2010 ? Nous sommes en présence d'éléments factuels. Les exportations pourraient augmenter, mais tout dépendra de notre voisin, l'Europe. Il faudra néanmoins noter qu'il y a eu un soulagement de la part des entreprises opérant sur le marché intérieur. Cet apaisement a été senti suite aux actions menées par le gouvernement, dont notamment celles relatives au problème de la sous-facturation. Quelles sont les difficultés que le secteur rencontre et quelles solutions préconisez-vous ? Notre principal atout et avantage compétitif demeure notre proximité avec l'Europe. C'est pourquoi, il faudra performer en termes de réactivité de notre offre. Cela pourra se faire en développant la qualité de notre logistique. Qui dit logistique performante, dit capacités d'anticipation solides. Par ailleurs, le volet ressources humaines est très important pour hisser le secteur. A mon avis, les deux leviers importants pour promouvoir ce secteur restent la logistique et la formation. Quelles sont les futurs projets de l'Amith ? Il y en a plusieurs en vue. Pour en citer quelque uns, il y a Nassij Med, une zone industrielle près du port de Tanger. Actuellement, une étude de faisabilité est lancée dans ce sens. Ce projet s'inscrit dans la même lignée de la réactivité, car nos principaux clients s'y installeront et pourront s'approvisionner sur place. Le deuxième projet est la création de Casa moda academy, dont le but est de promouvoir les capacités de nos créatifs. Propos recueillis par M.A.H.