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Entrepreneuriat : Le maroc, mauvais élève ?
Publié dans Les ECO le 19 - 05 - 2016

Une panoplie de mesures pour encourager l'entrepreneuriat a été déployée ces dernières années mais quelle en est réellement l'efficacité ? À cette question, des réponses sont apportées dans le cadre d'une étude, récemment menée par le Centre de recherche en entrepreneuriat et management des organisations relevant de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Ain Chock de l'Université Hassan II Casablanca et GEM Maroc. Cette dernière dresse un état des lieux de la dynamique entrepreneuriale au niveau national et relève les points de blocages qui grèvent encore le développement de l'entrepreneuriat.
Statut de l'auto-entrepreneur, incubateurs d'entreprises, soutien d'ONG, la panoplie de mesures déployées confirme une dynamique d'encouragement à l'entrepreneuriat au Maroc, mais quelle en est réellement l'efficacité ? Une récente étude internationale menée par le Centre de recherche en entrepreneuriat et management des organisations (NDLR : relevant de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales Ain Chock de l'Université Hassan II Casablanca) et GEM Maroc (Global Entrepreneurship Monitor) dresse un état des lieux de la dynamique entrepreneuriale au niveau national et relève par là-même les points de blocages qui grèvent encore le développement de l'entrepreneuriat. Ce travail de recherche dresse le constat suivant : seuls 4 adultes sur 100 sont impliqués dans la création ou la gestion d'une entreprise, soit un taux très faible au regard des postulats avancés jusque-là, qui laissent pourtant entendre une «véritable dynamique entrepreneuriale». Les principaux résultats de l'étude GEM montrent en effet que le Maroc enregistre, en 2015, un taux d'activité entrepreneuriale émergente (TAE) de 4,44%. Ce taux serait alors largement inférieur à la moyenne des 62 pays participants à cette étude. Dans une approche comparative avec les économies tirées par l'efficacité, le Maroc occupe la 25e position ne tenant le «lead» que devant la Malaisie et la Bulgarie. Par ailleurs, l'investissement informel représente au Maroc un taux d'1,76%, ce qui serait, selon les experts, largement inférieur à celui de la région MENA (4,67%) ou encore à la moyenne des pays africains (7,34%).
Une plateforme favorable à l'entrepreneuriat
Si le Maroc enregistre aujourd'hui un retard dans le développement de l'entrepreneuriat, il n'en demeure pas moins que cette étude lève le voile sur un certain nombre d'atouts dont dispose le pays. Ces derniers reposent sur sa démographie et le structure même de sa population dont le tiers est âgé entre 18 et 64 ans et affirme avoir l'intention de créer une entreprise dans les trois prochaines années, avec pour 55% d'entre eux, un degré élevé en innovation. Dans ce même ordre d'idées, le Maroc se classe aujourd'hui 17e pays sur soixante deux pays à considérer que l'entrepreneuriat est un excellent choix de carrière même en ce sens que le potentiel de recrutement demeure limité. Enfin s'agissant de l'environnement socioéconomique de l'entrepreneuriat, les cinquante experts interrogés dans le cadre de cette étude sont quasiment unanimes sur un point : il y a nécessité d'améliorer le système d'éducation et de formation, et de doter le pays de «politiques proactives visant à encourager les initiatives entrepreneuriales, bien que les initiatives publiques en matière d'infrastructures physiques et de procédures administratives soient déjà ambitieuses». Replacée dans son contexte, cette recommandation vise à réduire l'écart aujourd'hui significatif entre le potentiel d'entrepreneuriat et le taux d'activité entrepreneuriale dont l'explication réside dans les principales conclusions de l'étude.
L'entrepreneuriat, un choix de carrière valorisé socialement
Si l'entrepreneuriat et l'esprit même d'entreprendre résident dans l'instauration d'une culture, le Maroc semble bien avancé sur ce point. En effet, l'étude menée par GEM relève un fait : «Au Maroc, la création d'une entreprise est considérée comme un bon choix de carrière et l'entrepreneur qui réussit jouit d'une forte reconnaissance sociale». Le pays enregistre en effet un taux jugé élevé en termes de perception positive du choix de la carrière en ce sens que 7 personnes sur 10 ont une perception positive de l'entrepreneuriat, soit un des taux les plus élevés par rapport à des pays comparables. Par ailleurs, 55% des personnes interrogées affirment que les entrepreneurs qui réussissent acquièrent un statut élevé dans la société.
Perception des opportunités et peur de l'échec
La proportion des opportunités et des capacités chez la population active marocaine reste assez significative. Plus du tiers de la population active perçoit des opportunités d'entrepreneuriat. Dans cette population, 41% déclarent que la peur de l'échec les dissuaderait aujourd'hui de s'engager dans un projet entrepreneurial.
Des intentions entrepreneuriales significatives
Le Maroc afficherait en effet un taux élevé en matière d'intention entrepreneuriale par rapport aux économies similaires. Selon les conclusions de l'étude, 1 Marocain sur 3 affirme son intention de créer sa propre entreprise dans les trois prochaines années. Par extrapolation, ce sont près de 6 millions d'adultes qui pourraient s'engager dans une carrière entrepreneuriale dans les trois années à venir.
Prédominance de l'entrepreneuriat d'opportunité
Au niveau national, la logique entrepreneuriale d'opportunité l'emporterait selon les conclusions des experts, sur celle de la nécessité chez les hommes qui évoquent plus que les femmes la logique d'amélioration du niveau de revenu. Au total, 43,7% des entrepreneurs seraient motivés par le désir d'indépendance et une volonté d‘exploiter des opportunités.
Des entrepreneurs aux ambitions très modestes
Les ambitions des entrepreneurs ne seraient pas très élevées. C'est globalement la conclusion de l'étude qui relève que 45,5% des nouveaux entrepreneurs ne pensent pas créer d'emplois et seulement 16,5% envisagent de créer plus de 6 emplois durant les cinq prochaines années. Le potentiel de recrutement lié à l'entrepreneuriat demeurerait donc parmi les plus faibles de la région du MENA, ce qui en soi ne serait pas très encourageant au regard des espoirs bâtis sur la dynamique entrepreneuriale, notamment en termes de résorption du chômage et de création d'emplois.
Des entreprises au contenu novateur faible
Le Maroc affiche le taux le plus élevé en matière de perception de nouveaux produits en comparaison avec les économies tirées par l'efficacité (5e rang / 27) mais également avec les pays appartenant à la région MENA en occupant le 1er rang. Toutefois, si l'on considère la combinaison nouveau produit-nouveau marché, le potentiel d'innovation au Maroc serait moins évident car avec 0,6%, le Maroc est relégué à la 58e place.
Un faible taux de formation et de R&D
Un faible développement de l'enseignement de l'entrepreneuriat, c'est là une des conclusions phares de cette étude. Elle est en effet invoquée comme l'une des causes de la faible dynamique entrepreneuriale enregistrée au Maroc. Le pays réalise de ce fait un indice très bas de 1,21 pour la formation à l'entrepreneuriat aux niveaux primaire et secondaire alors que les pays de la région MENA ont une moyenne d'1,60. Dans le domaine de la R&D, le Maroc est également un des plus mauvais élèves de la classe. Il est crédité d'un faible indice de 1,91 comparativement à celui de la région MENA (2,06) et des économies tirées par l'efficacité (2,18).


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