La visite du président du Sénat chilien au Maroc renforce la coopération bilatérale et consacre la confiance mutuelle    La visite du président du Sénat chilien à Laâyoune incarne un soutien parlementaire renouvelé à l'intégrité territoriale du Maroc    La session parlementaire de printemps s'annonce chargée    Signes d'un changement dans la position britannique sur le Sahara marocain    Droits de douane de Trump : la Chine riposte fermement    Commerce extérieur : baisse des indices des valeurs unitaires à l'importation de 6,2 % et à l'exportation de 6,1 % au T4-2024    L'ONMT lance sa stratégie de promotion pour la CAN 2025    Marche massive attendue à Paris en soutien à l'indépendance de la République kabyle    Droits de douane: l'onde de choc se poursuit dans le monde [Florilège]    X : L'UE pourrait infliger une amende d'un milliard de dollars à Musk pour contenu illicite    La tempête du «Qatargate» ébranle le sommet de l'exécutif israélien et fragilise l'axe de médiation avec Gaza, omerta dans les milieux islamistes proches de Doha    CAN U17 / Programme de ce vendredi avec le choc Tunisie-Sénégal    Basketball : Rabat accueille la Conférence Kalahari de la 5e édition de la Ligue Africaine de Basketball dès ce samedi    EUFA: Aujourd'hui, date anniversaire de la création de la Ligue des Champions    Roberto De Zerbi mise sur Bilal Nadir pour relancer l'OM    Classement mondial de futsal FIFA : Le Maroc progresse au 6e rang mondial masculin et fait un bond de 18 places chez les femmes    Le MAS annonce la démission de son directeur sportif Tarik Chihab    Coup d'envoi à Rabat du 20ème Rallye national du corps diplomatique    Mohamed Essaadi: "La taxation américaine, un véritable tsunami économique"    GITEX Africa Morocco : L'IA et la gouvernance numérique au cœur de la troisième édition    España, Portugal y Marruecos buscan organizar el Mundial Femenino 2039    Sáhara: Un dron de las FAR mata a cuatro elementos armados del Polisario    Air Europa reprend ses vols vers Marrakech à partir de dimanche prochain    Classement futsal FIFA: le Maroc au 6è rang mondial masculin, progresse de 18 places chez les dames    L'avenir du commerce international en lien avec l'emploi au menu d'un entretien de Younes Sekkouri avec la DG de l'OMC    Droits de douane: Le FMI alerte sur un risque « important » pour l'économie mondiale, appelle à surmonter les tensions    Le Maroc investit 13 milliards de dirhams pour moderniser ses aéroports avant 2030    Devises : le dirham reste stable malgré une légère appréciation du dollar    Retraites : un minimum garanti pour les versements de la CNSS    Transformation numérique : l'ACAPS amorce une réflexion collective    Ecole publique : un nouveau cadre législatif    Inetum Maroc obtient un contrat de 2,58 millions de dirhams pour la gestion des données de Rabat Région Mobilité    Mondial féminin : Le Portugal confirme une candidature conjointe avec le Maroc et l'Espagne... pour 2039    Londres maintient ses consultations avec Rabat sur la question du Sahara alors que plusieurs députés britanniques enjoignent le gouvernement de suivre la voie tracée par Washington    Leïla Benali s'entretient avec une délégation française de haut niveau de la région de Normandie    Polisario pushes for SADC support as Morocco gains ground in Southern Africa    Violente rixe à l'arme blanche à El-Jadida : la DGSN réagit promptement et identifie les protagonistes    Un homme interpellé à Agadir après une attaque à l'arme blanche dans un café    Un petit bout du Maroc à Paris : le soleil s'invite place Saint-Michel    Maroc : L'USFP condamne une décision du président Erdogan    Afrique : Des Etats membres de la SADC volent au secours du Polisario    SIEL 2025 : Rabat accueille la 9e semaine de la langue espagnole    Accès aux monuments historiques : Lancement de la 1ère plateforme électronique de vente de tickets    Lancement d'une nouvelle version du portail national Maroc.ma dotée d'une interface remaniée    Le Statut de l'artiste : Désormais une réalité pour le Burkina Faso    La Côte d'Ivoire fait son cinéma au Maroc    France. Le célèbre animateur Arthur champion de la lutte contre l'antisémitisme    Libye : Un ADN ancien de 7000 ans révèle une lignée de l'Afrique du Nord    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



En marge du livre de Ali Amar Les «Off» des courtisans
Publié dans La Gazette du Maroc le 10 - 07 - 2009

Le pouvoir est décidément un sujet passionnant. Ainsi l'œuvre de Shakespeare est extraordinaire non seulement de par ses qualités littéraires mais aussi parce qu'elle est habitée en long et en large par le pouvoir et l'amour. Dans les deux thèmes, en effet, on retrouve tant de communs ingrédients : la densité du lien, l'attachement, la servitude, la passion, la fidélité et la félonie. Ils ont aussi en partage la main sanglante du bourreau dont l'ombre pesante est prête à s'abattre sur les têtes mûres, pour reprendre l'expression fameuse et terriblement éloquente du tyran de Bagdad, Al-Hajjaj, dont la langue fut aussi tranchante que l'épée.
L'espèce courtisane qui hante les alentours des palais, a, du fait même de son assiduité, une palette riche des vertus et des vilenies que suppose le rapport au prince convoité. De son observation ressortent les hauts et les bas d'une vocation dont la servilité n'est pas le moindre des traits comme le soulignait Jâhiz de son temps, jugeant les gens de négoce eu égard aux gens de cour. Scruter les dits et non dits de cette catégorie ne manque pas d'intérêt dans l'approche du pouvoir et de ses mystères. Le courtisan se nourrit en effet de sa vocation et de sa proximité avec le prince, ou de la nostalgie de celle-ci quand elle vient à lui faire défaut, et la monnaye tant qu'il peut, en soutirant bénéfices et avantages de toutes sortes. Ainsi dans les dîners mondains, entre le dernier verre et la tasse de café, à l'instant propice aux échanges de bouche à oreille avec le journaliste ou le diplomate, le courtisan se fait bavard et livre en « off » des informations « de première main » et des « jugements personnels » pleins de perspicacité sur les cours des choses. Autant de preuves attestant qu'il a toujours voix au chapitre. C'est là où il semble prendre des libertés et de la distance par rapport au maître, se prévalant du même coup d'une stature à sa mesure. Les « off » deviennent alors les espaces d'entretien réglés pour accueillir de tels propos et font le délice de leurs récipiendaires. Le courtisan se laisse aller à aviser, se taillant ainsi de son propre fait, une place de choix dans la chaîne entre l'autorité et les médias. Il prétend de la sorte, en sa qualité de source proche du sérail, à un statut de haut personnage en désaccord sur l'heure avec les errements de l'autorité ; pour être plus clair, avec ceux de son maître qu'il entend ramener ainsi, indirectement, sur la bonne voie. C'est un des moyens dont il use encore pour prétendre exister. En fait nous sommes à un moment où les cercles secondaires, ou ceux plus éloignés encore du pouvoir, cherchent à défendre ou à reconquérir une place que l'évolution du régime n'est pas prête à leur consentir. Loin d'être motivée par un souci de redresser la barre, leur agitation médiatique traduit surtout leurs craintes et leur nervosité. Les « off » sont, sous cet angle, un régal pour le lecteur gourmand des variations du lien entre maître et serviteur. Ils sont à contre courant des déclarations et entretiens donnés par les concernés en pleine lumière du jour. Loin de constituer un vrai discours critique, les reproches et révélations que véhiculent les « off », sont en réalité le fait d'une catégorie de courtisans ou d'hommes du pouvoir soucieux de rejoindre les cercles rapprochés, de regagner la faveur du Roi et celle indispensable du premier cercle. Ils dénotent, la plupart du temps, l'éloignement et non la proximité, même si les déclamateurs semblent persuadés de tirer leur légitimité de celle-ci. Il est vrai qu'à l'avènement du Roi Mohammed VI, en raison des incertitudes et des attentes concernant les places et les rôles à distribuer autour du Souverain, des langues du genre, convaincues de détenir les clés de l'avenir, se sont discrètement mais imprudemment déliées, donnant cours « ingénument » à des sermons sur la dérive du navire.
En fait l'obsession d'un privilège légitime de proximité habite le courtisan, lui jouant des tours et le privant de lucidité dans la démarche de reconquête de son statut. Le vertige des hauteurs dont il fut coutumier et qu'il hume sans cesse, mu qu'il est par le besoin de s'en enivrer, l'accule inconsciemment au délire autour du paradis perdu. L'accoutumance n'est pas que le fait de la drogue mais plus encore du pouvoir. En se laissant aller aux « off » qui lui procurent une impression de puissance, il se révèle impuissant à percevoir l'engrenage dont sa langue le rend prisonnier. Les « off » sont le signe du courtisan en ballottage, en voie de disgrâce ou définitivement à la dérive. Ils sont révélateurs des propres représentations de leurs auteurs, de leurs propres fantasmes quant à la relation au souverain. Et cela quand la force de l'autorité réside dans le secret, quand les puissants et les proches, si on y regarde de près, ne commettent pas, quant à eux, de « off ». Ils sont, il est vrai, la voix officielle ou officieuse de leur maître et n'ont de message à transmettre que validé en haut lieu.
L'entourage des rois est un univers en continuel mouvement. Une dynamique d'attraction/répulsion sans arrêt l'anime. Il recueille de nouveaux venus sur ses marges et rejette de ses anciens familiers lors des marées hautes. Grâces soient rendues à l'étymologie qui nous en apprend sur la genèse de la Hashiya. Celle-ci engrange aussi pour nous le souvenir des batailles féroces opposant les cercles successifs qui se pressent autour des rois. Les « off » sont, dans ce cadre, un cri de la nuit naissant de la crainte rageuse de perdre des privilèges ayant comblé un temps l'intéressé sous les feux de la rampe. Ils proviennent des couches du pouvoir en desquamation et ne sont révélateurs que de la détresse que cause la disgrâce consommée ou à venir. L'intelligence de l'autorité appelle dès lors une autre logique d'approche et la patience qu'il faut pour en saisir les fondements en privilégiant d'abord l'espace de décision qui est le cœur du pouvoir et non pas sa sous périphérie. ■


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.