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Vivons-nous encore dans l'Empire romain?
Publié dans Hespress le 29 - 12 - 2023

Depuis la chute de sa partie occidentale en 476 ap J,-C., nous pouvons presque résumer les volontés politiques de tout le haut Moyen Âge méditerranéen par la « Restoratio Imperii », voire même au-delà de cette longue période de notre histoire.
Presque toutes les grandes figures historiques allant du Moyen Âge à la période moderne, ont eu comme modèles les anciennes grandes figures de l'antiquité telles que César ou Alexandre le Grand, Napoléon durant son expédition en Russie et ses guerres européennes ou encore Adolf Hitler et son 3è Reich qui renvoie directement au second des Kaisers de 1871 à 1918, et au premier c'est-à-dire au Saint Empire romain germanique. Toutes les grandes nations occidentales se voient être les héritières de la civilisation romaine.
Le dernier vestige en lien direct avec le premier empereur romain Auguste s'est effondré avec la prise de Constantinople par les Turcs. Cependant, tous les empires ainsi que les puissances occidentales se rêvent en Jules César à la tête d'un Empire séculaire aux frontières étendues. Les Tsars de Russie, les Kaisers allemands sont des titres faisant allusion à Jules César, ou encore Napoléon avec son titre d'Empereur (Imperator ), qui avant de le devenir fut expédié en Égypte par les sénateurs par peur du « Césarisme » c'est-à-dire qu'une seule personnalité de par la son charisme capitalise toutes les institutions d'une république entre ses mains, ce qu'il a fini par faire tout comme Octave.
L'ombre de l'antiquité romaine plane sur nos civilisations actuelles, même les routes que nous avons pour la plupart, au Maroc également on retrouve d'anciennes Voies romaines (Viae publicae / militares / consulares), comme celle reliant Salé à l'Oued Beth.
Les empires coloniaux ainsi que leurs doctrines visaient à occidentaliser les élites de leurs colonies à l'image des otages durant l'antiquité. Amenant à Rome les fils des peuples fédérés à l'Empire, en leur apprenant le latin et le système légal romain. Le retour de ses otages à leurs terres d'origine fait propager la culture latine et sert à la romanisation des provinces conquises. Les États unis d'Amérique sont et fonctionnent sur le même principe de par l'attractivité de leurs universités. Ainsi toutes les élites seront après leurs formations des prêcheurs de la vision américaine dans le monde.
La comparaison entre les États-Unis d'Amérique et l'ancien Empire romain ne s'arrête pas là. Si nous nous intéressons de près à leurs cultures et symboles, nous pouvons constater qu'ils utilisent l'Aigle ainsi que le Faisceau du préteur (Fasces lictoriae ). Les olives ainsi que les éclairs portés par leurs aigles symbolisent également la doctrine romaine et font des États-Unis la Rome du 20è et du 21è siècles. Avec le principe de la Belle-Guerre (Bella Bellum) comme quoi un conflit armé doit toujours être juste (si bien évidemment que l'on puisse parler de guerre juste) les Romains se devraient d'être les agressés ou justifier l'intervention par la morale.
À l'instar de Jules César qui dans son ouvrage, la guerre des Gaules (Commentarii de Bello Gallico) justifie ses conquêtes par une nécessité de guerre préventive en se basant sur l'imaginaire collectif romain sur l'épisode du Sac de Rome par Brennus. Collin Powell avait justifié l'intervention en Irak en agitant devant l'ONU une fiole d'Anthrax, affirmant la nécessité de détruire le régime de Saddam Hussein. L'Irak, rappelons-le, ne possédait pas d'armes de destruction massive et la fiole d'Anthrax n'en était pas une. Mais seule importe la justification de l'intervention, que l'on peut résumer en un seul mot en latin, casus belli, un acte de nature à motiver une déclaration de guerre.
La capacité d'arbitrage dans le monde est largement pilotée par l'occident sous la domination presque incontestée des États-Unis. Nous vivons dans un monde qui marche encore avec l'idée d'une Pax Americana héritée d'une Pax Romana, se basant sur le clientélisme et le rapport de force. La superpuissance mondiale agit contre les Etats qu'elle juge dangereux pour sa suprématie en les détruisant par divers moyens. Économiquement et diplomatiquement si le pays est nucléaire, ou par les armes quand c'est possible comme ce fut le cas pour l'Irak.
Rome avait poussé Carthage à lui déclarer la guerre durant la 3è guerre punique en lui imposant des traités, l'asphyxiant petit à petit. Carthage en déclarant la guerre ne faisait que répondre à l'exigence de la Bella Bellum. Le monde est jonché de cas similaire. Tel que celui de l'Allemagne en 1939, en attaquant les alliées. Ou encore actuellement, le Hamas avec Israël. La belle guerre, la guerre juste est nécessaire pour justifier les massacres de masse et les destructions qui vont avec.
L'opposition Est/Ouest ne date pas de la guerre froide, mais de la vision antique d'un Occident latin et d'un Orient grec, d'un Occident matérialiste et moral et d'un Orient mystique et superstitieux. Celui-ci s'est concrétisé avec une partition de l'Empire en 395 ap J,-C., ainsi que sur le plan religieux avec l'Église Catholique romaine et l'Église Orthodoxe à Constantinople.
Le flambeau fut en partie repris par d'autre puissance à l'instar de la Russie qui nommait Moscou la 3è Rome. Et les États-Unis portant un Évangélisme qui fut à la base un protestantisme, qui lui aussi est à l'origine d'une scission avec le Catholicisme. L'histoire a ses différences et ses nuances, mais force est de constater que des visions idéologiques, culturelles et religieuses, persistent sous différentes formes tout en trouvant leurs origines dans une antiquité pas tout à fait révolue.
De par l'héritage sur lequel nos civilisations contemporaines se basent, le christianisme dans la personne de Jésus Christ n'est d'autres qu'une reprise du Sol Invictus et du Culte impérial romain en la personne de l'Empereur. Le Christ est cet empereur transcendant, par la parole duquel les présidents occidentaux jurent dans leurs investitures, comme celle de Barack Obama et de Donald Trump pour ne citer qu'eux.
Autrefois l'empereur romain a accumulé la puissance tribunitienne, l'autorité et la puissance (Trubunicia Potestas , Auctoritas Principi , Potestas) ainsi que la sacralité religieuse en sa personne (Pontif Max ), maintenant ses pouvoirs sont toujours d'actualité, mais non détenus par une seule et unique personne.
Alors pouvons-nous réellement affirmer que l'Empire romain s'est véritablement effondré en 476 ou encore en 1453 ? En tant qu'entité politique, oui. Mais en tant que vision, jamais l'Empire ne fut autant vivant. Mussolini n'a certes pas réussi à rendre à Rome sa grandeur d'antan, ou encore Hitler en rêvant d'une Europe unifiée sous un Reich hériter du Saint Empire romain germanique.
La brève épopée de Napoléon ainsi que la grande Russie actuelle héritée des Tsars ne sauraient être une réelle 3è Rome. Car il n'y en a qu'une seule et elle borde le Tibre. Rayonnante de par ses vestiges ayant subsisté jusqu'à nos jours, de par ses jeunes héritiers politiques, sa culture qui imprègne la nôtre sous différentes formes, ses idéaux moraux qui régissent les actions de nos élites actuelles, elle nous pousse à nous demander si les ombres projetées par les vestiges de cet Empire se limitent aux sites archéologiques et aux musées de nos civilisations contemporaines.


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