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Amzazi : Un Marocain sur trois demeure analphabète à l'heure du numérique
Publié dans Hespress le 05 - 12 - 2020

Le Ministère de l'Economie, des Finances et de la Réforme de l'Administration (MEFRA) – Trésorerie Générale du Royaume-, en collaboration avec l'Association pour la Fondation Internationale de Finances Publiques (FONDAFIP), avec le soutien de la revue Française de Finances Publiques (RFFP), a organisé un colloque sur le thème : « Financement du système éducatif : Quelles innovations ? ».
Noureddine Bensouda, Trésorier général du Royaume du Maroc a été le premier à ouvrir les débats. « Résolument engagés à défendre l'idéal démocratique auquel nous croyons fermement, nous continuons notre œuvre sur le plan intellectuel, pour des finances publiques plus efficaces, plus efficientes, plus transparentes aussi, mais surtout plus inclusives et efficaces. Ainsi après avoir abordé la question de la Santé lors du dernier colloque de septembre dernier, nous nous proposons d'appréhender un sujet tout aussi important et vital. Il s'agit d'un sujet social par excellence qui concerne tous les citoyens et qui conditionne in fine la réussite de tout projet de société », a-t-il dit.
Puis reprenant une expression de Victor Hugo « chaque enfant qu'on enseigne est un homme que l'on gagne », il a estimé que « cette affirmation est vérifiable sur le plan économique, sociale et politique. Grâce à l'éducation le citoyen dispose de plus d'outils pour jouer pleinement son rôle d'acteur voire d'agent de changement dans sa communauté aussi bien sur le plan social économique et politique, exploiter au mieux les ressources disponibles et pouvoir les convertir en une réelle liberté d'agir, tel est le fondement de la théorie des capabilités d'Amartya Sen (prix Nobel d'économie 1998)à qui l'on doit le célèbre indice de développement humain qu'il a mis au point avec le professeur Mahboub El Haq. Dans cette optique que je partage grandement, une bonne éducation vaudrait mieux que bien des ressources matérielles pour garantir une réelle liberté des individus et en définitive une vraie justice sociale ».
Revenant à Amartya Sen et Mahboub El Haq dont l'idéal a été repris par le programme des Nations Unis pour le développement afin de mesurer le développement humain dans les pays du monde, Noureddine Bensouda dira « l'éducation figure parmi les trois composantes essentielles que sont l'éducation, la santé et la richesse matérielle et qui sont placées au même pied d'égalité puisque les sous-indices qui leur correspondent sont intégrés dans les calculs à pondération égale ».
Le Trésorier général du Royaume a, en outre cité le roi Mohammed VI dans son discours du Trône (2015) pour conclure son intervention: « La réforme de l'enseignement est à la base du développement, elle est le clé de l'ouverture et de la promotion sociale, le gage de la protection de l'individu et de la collectivité contre le fléau de l'ignorance et de la pauvreté et les démons de l'extrémisme et l'ostracisme. Voilà pourquoi Nous n'avons de cesse de plaider pour la réforme de ce secteur vital, de sorte à réhabiliter l'école marocaine et la rendre apte à remplir comme il se doit sa mission qui est la sienne en matière d'éducation et de développement ».
Pour Michel Bouvier, Professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Président de FONDAFIP et Directeur de la Revue Française de Finances Publiques, « un système éducatif doit favoriser une ascension sociale pour tous et particulièrement pour les catégories sociales les plus défavorisées. Il s'agit notamment de repenser les processus d'orientation, de diversifier les cursus et de donner leur chance aux élèves et étudiants des quartiers où vivent des populations particulièrement en difficultés ».
Toutefois, on retiendra surtout les chiffres -révélateurs d'un état des lieux déplorable- lors de la longue prise de parole de Saaïd Amzazi, ministre de l'Education Nationale, de la Formation Professionnelle, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique qui dans un rapport introductif a développé le thème « Financement de l'éducation : l'exigence de la pérennisation et la nécessité de l'innovation ».
Amzazi dira « qu'il convient de bien saisir tous les enjeux du financement de l'éducation et de comprendre à quel point il s'agit d'une nécessité impérieuse à laquelle font face la majorité des gouvernements dans le monde. Pour l'immensité des personnes l'éducation se résume à apprendre à lire, à écrire et à compter et puis plus tard par obtenir un diplôme. C'est l'éducation qui détermine la qualité du capital humain. Une année de scolarisation supplémentaire, c'est 10% d'augmentation des revenus d'une personne et c'est surtout 1% de PIB gagné si cette action est généralisée ».
« L'éducation est le meilleur investissement qu'une nation puisse réaliser. Les études ont démontré que le retour d'investissement d'un dollar dans l'éducation est bien supérieur à un dollar investi soit dans l'industrie, dans l'immobilier ou dans les finances. Le grand problème pour l'éducation c'est que c'est une urgence silencieuse. On ne meurt pas brusquement d'une absence de diplôme, mais un capital humain insuffisamment qualifié mènera peu à peu et de façon inéluctable toute une nation à son propre déclin », a ajouté le ministre.
Et de s'en référer à ce propos au Haut-commissariat au plan pour nous révéler certaines carences de notre éducation (2018), pour souligner que « les réalités du capital humain sont là et font état d'une réalité préoccupante. Plus du tiers de la population marocaine de plus de 25 ans, n'a pas dépassé le niveau du collège, seuls 8% sont diplômés du supérieur et surtout plus d'un Marocain sur quatre n'a pas dépassé le primaire, 23,4% exactement. La durée moyenne de scolarité des Marocains est estimée à cinq ans et six mois, c'est-à-dire moins que les six ans du primaire et moins que la majorité des pays de la région MENA ».
Puis passant à d'autres vérités Amzazi mettra en avant qu' »aujourd'hui fort heureusement, avec l'adoption de la loi cadre 51-17 la durée de scolarité obligatoire sera augmentée de quatre ans soit un total de neuf à dix ans. Mais nous continuons de payer les erreurs du passé. Il nous faut reconnaître en toute humilité qu'il n'y a pas eu d'accumulation de capital humain. Un marocain sur trois demeure analphabète à l'heure du numérique et de la quatrième révolution industrielle. Un taux qui chute tout de même à 10% chez les 15/24 ans et qui nous laisse cependant espérer que l'analphabétisme fera bientôt partie du passé ».
« Voilà pourquoi, a insisté le ministre, le capital humain au Maroc est perçu comme le maillon faible de sa croissance économique. C'est du reste confirmé par la note de 0,5% attribué par la Banque mondiale dans le cadre de son rapport de l'indice du capital humain 2020. A travers cette intervention chiffrée il faut voir l'impériosité d'investir dans l'éducation. Cette dernière ne doit pas être perçue sous l'angle de la dépense qu'elle représente mais sur l'investissement qu'elle incarne pour notre futur ».
S'agissant du financement de l'éducation, Said Amzazi a rappelé que «dans la majorité des pays, l'éducation bénéficie du financement de l'Etat, des collectivités locales, des ménages et du secteur privé. Les contributions des uns et des autres sont variables selon les pays ».
« Au Maroc, a-t-il précisé, le financement de l'éducation est très majoritairement fourni par l'état...Celui-ci lui alloue 22% de son budget soit 7% de son PIB national. 89% de ce budget sont consacrés à la masse salariale, ce qui ne laisse au ministère que 11 % de ce qu'il reçoit pour gérer tout ce qui est chantier pédagogique, accès à la scolarisation (construction, réhabilitation), équipement, digitalisation, la formation des enseignants et une partie de l'appui social destiné aux enfants issus de familles à revenus modestes ».
La réalité du terrain est donc là a constaté Amzazi, pour affirmer que « le ministère ne dispose que de très peu de disponibilité et de flexibilité financière pour réformer et innover. D'ailleurs, dans le financement global de l'éducation, la part qui est assurée par l'état, reste beaucoup plus faible que dans la majorité des pays de l'OCDE : elle représente 68 % du financement global de l'éducation, alors que la moyenne OCDE est de 83,5 %, allant jusqu'à 96% pour la Finlande. Par contre, la part du financement assurée par les ménages, estimée à 30%, reste quant à elle trop élevée car deux fois plus importante que la moyenne OCDE qui est autour de 16%, ce qui, vous vous en doutez, affecte lourdement le budget des ménages marocains, particulièrement ceux de la classe moyenne ».
Toutefois, a-t-il relevé, « la loi cadre 51-17 sur l'éducation apporte quelques améliorations notables en ce sens. En généralisant de telles initiatives, nous nous rapprocherons de ce modèle de financement modèle évoqué au début, avec l'instauration d'une gouvernance de nos établissements scolaires basée sur véritable projet d'établissement, dans un esprit de management de proximité en partenariat avec les collectivités territoriales, le seul à même de lui assurer un minimum d'autonomie dans la gestion de ses fonds et dans le choix de ses priorités. Car il ne faut pas perdre de vue que chaque localité a ses propres spécificités et ses propres exigences ».
« Si je devais résumer la situation, je dirais simplement que notre système éducatif se trouve finalement acculé à résoudre une équation des plus improbable : satisfaire à la fois la croissance rapide de la demande, les nouvelles exigences pédagogiques à même de former un capital humain digne des aspirations de notre société, ainsi que les exigences imposées par la crise du COVID-19, le tout avec un budget qui se concentre quasi exclusivement sur le paiement de la masse salariale et qui ne sera pas augmenté malgré la conjoncture actuelle », a-t-il mis en avant.
Le ministre a, de même, évoqué le modèle des PPP, indiquant qu'il « constitue une alternative stratégique de plus en plus usitée dans le monde pour relever les défis auxquels les systèmes éducatifs se trouvent confrontés. Le secteur privé dans un tel cadre peut aussi bien être incarné par une variété d'acteurs non gouvernementaux, dont les entreprises, les organisations caritatives etc... « .
Ce type de financement alternatif, vivement encouragé par les organismes internationaux, prend le plus souvent la forme de Construction-gestion-transfert d'établissements scolaires, a-t-il dit, ajoutant que « dans un tel schéma, le ministère concède à un opérateur privé le droit de financer, construire et gérer une infrastructure éducationnelle telle qu'une école publique, un bâtiment ou un hébergement universitaire, en échange d'un loyer qu'il lui verse pour une période donnée, à la suite de laquelle l'infrastructure est transférée à l'Etat. Bien entendu, dans le souci de l'équité prônée par la charte nationale sur l'éducation, le ministère devra veiller à ce qu'un taux autour de 10 à 15% d'élèves issus de familles à revenus modeste puisse bénéficier de bourses au sein de ce système de partenariat ».
On retiendra également de cette riche matinée de samedi les interventions également de Mehdi Kettani Président du Conseil d'Administration de l'Association Maroc Numeric Cluster, qui dans son exposé a développé le thème « l'apport des technologies de l'information au Maroc ».
Le parterre des intervenants était de grande qualité à l'instar de Marie-Josée Bigaud, Chef des services financiers de l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, qui a développer Le rôle des départements et des régions en France, d'El Hassan EL Mansouri, Secrétaire Général de l'Observatoire National du Développement Humain, qui lui s'est occupé du volet « Le financement de l'éducation par l'Etat au Maroc » dont s'est inspiré, le ministre, de Laure-Alice Bouvier, Docteur en droit, Avocate au Barreau de Paris, qui a développé « Le rôle du secteur privé en France », ou de l'invité surprise de Thami Ghorfi.
On n'occultera nullement que la Présidente de séance, Marie-Christine Esclassan, Professeur à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, Secrétaire Générale de FONDAFIP, qui tout au long de ce colloque-webinaire mena à bien son affaire.


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