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Entretien : Libéralisation économique : une arme à double tranchant
Publié dans Finances news le 05 - 02 - 2009

* A défaut d’une mise à niveau effective, la libéralisation pourrait être dangereuse pour le tissu national.
* Le commerce extérieur est le maillon faible de l’économie marocaine, et de grands efforts sont à faire tant du côté des pouvoirs publics que du secteur privé pour y remédier.
* La demande interne ne se développe pas suffisamment pour plusieurs raisons.
* Point de vue de J. Kerdoudi, président de l’IMRI.
* Finances News Hebdo : Peut-on savoir jusqu’à quel degré l’ouverture commerciale pourrait être un stimulateur de la croissance économique ?
* Jawad Kerdoudi : L’ouverture commerciale a un double effet sur l’économie d’un pays. L’élément positif est qu’elle oblige les entreprises nationales à se moderniser et à améliorer leur productivité pour faire face à la concurrence étrangère. Par ce biais, l’ouverture commerciale peut être un stimulateur de la croissance, dans la mesure où les entreprises nationales plus performantes peuvent augmenter leur production pour vendre sur le marché local et même à l’exportation. L’élément négatif est que l’ouverture commerciale peut entraîner la fermeture d’usines si la mise à niveau n’est pas effective.
* F. N. H. : En dépit des propos rassurants des pouvoirs publics, la crise économique se veut désormais une réalité. Ne peut-on pas mettre cette situation sur le compte d’une forte dépendance de l’extérieur et une faible diversification des exportations ?
* J. K. : La crise économique internationale agit sur l’économie marocaine dans plusieurs secteurs. Le premier secteur touché est celui des exportations, dans la mesure où la demande étrangère est plus faible. C’est le cas du secteur textile, et notamment de la confection où l’on note une baisse des exportations. C’est le cas également de l’industrie automobile qui vit une grave crise internationale, et qui se répercute sur les fabricants marocains de pièces détachées. La crise économique internationale touche également le secteur du tourisme, celui des investissements directs étrangers, et les transferts des résidents marocains à l’étranger. La cause n’est pas la forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur, car dans le cadre de la mondialisation, tous les pays dépendent plus ou moins de l’extérieur. Par contre, vous avez raison en ce qui concerne la diversification des exportations. En effet, le commerce extérieur marocain n’est pas assez diversifié, aussi bien au niveau des produits exportables qu’au niveau des marchés d’exportation. Le commerce extérieur est le maillon faible de l’économie marocaine, et de grands efforts sont à faire tant du côté des pouvoirs publics que du secteur privé pour y remédier.
* F. N. H. : Dans des situations pareilles, la demande interne est censée être une locomotive de développement. Qu’en est-il pour l’économie marocaine ?
* J. K. : En effet, la demande interne peut suppléer à la demande extérieure. Encore faut-il que le pouvoir d’achat soit suffisant pour pousser les Marocains à consommer plus. Prenons le cas du tourisme par exemple, la proportion des Marocains aptes à séjourner dans un hôtel 4 ou 5 étoiles est très faible. De même que la classe moyenne se concentre sur les achats vitaux, (tels que l’alimentation, les transports, l’eau et l’électricité, le téléphone), et délaisse les autres achats, tels que l’habillement, les biens durables et les loisirs.
* F. N. H. : Qu’est-ce qui, d’après-vous, empêche la demande interne de se développer au Maroc ?
* J. K. : La demande interne ne se développe pas suffisamment, car la majorité de la population a un pouvoir d’achat faible. Pour la développer, il faut augmenter les revenus des ménages. Cela passe principalement par la création d’emplois, d’où la nécessité de développer les investissements aussi bien publics que privés, nationaux qu’étrangers. Cela doit passer également par la baisse de la fiscalité directe et indirecte. Malgré la baisse enregistrée en 2009, l’impôt sur le revenu est encore trop élevé, et le taux de TVA de 20% est exorbitant.


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