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Gilles Berhault : «La MedCOP Climat sera celle de la coopération
Publié dans Finances news le 19 - 07 - 2016

Pour Gilles Berhault, président du Comité21, le réseau français des acteurs du développement durable, ainsi que du Club France développement durable, il est impératif de développer une approche méditerranéenne des négociations climatiques pour défendre les intérêts de la région.
Finances News Hebdo : Pour la deuxième année consécu­tive, les pays du pourtour méditerranéen se réunissent pour trouver des solutions concrètes à la problématique du siècle, à savoir le réchauffement climatique. Comment cette 2ème édition s'annonce-t-elle ?
Gilles Berhault : A partir de l'Accord de Paris qui est histo­rique, nous avons la conviction que les Etats ne feront rien tous seuls, mais en collaboration avec les collectivités locales, les entreprises, la société civile...
Cette MedCOP Climat confirme cette responsabilité particu­lière. Aujourd'hui, il y a une dimension politique importante, c'est que la diplomatie internationale est organisée plutôt par continent. Or, la Méditerranée est la rencontre de continents et non pas une échelle naturellement représentée dans les négociations climatiques. Raison pour laquelle il est impor­tant de garder et de développer cette approche méditerra­néenne des négociations climatiques.
Le deuxième volet, c'est celui de l'action. La question aujourd'hui est de savoir comment aller plus vite en matière de lutte contre le changement climatique et de la baisse des émissions de gaz à effet de serre. C'est tout l'enjeu de cette MedCOP pour pouvoir atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Et c'est pour cela que Marrakech est importante, et c'est aussi pour cela que la MedCOP Climat est importante, parce que c'est probablement le plus gros événement mul­tiacteur du monde sur les questions climatiques. Nous affir­merons à la MedCOP que les collectivités, les entreprises, les ONGs et les chercheurs doivent jouer leurs rôles pas en oppo­sition avec les Etats, mais dans le cadre de la coopération. Je pense que tout le monde arrivera à cet évènement avec un bon esprit. Car, même si les visions sont extrêmement diffé­rentes, il est aujourd'hui indispensable de faire évoluer les choses en trouvant des canaux de collaboration. Il faut créer sur chaque territoire des alliances parce qu'autrement nous ne serons pas au rendez-vous.
F. N. H. : Cette étape est-elle importante dans les négocia­tions climatiques au niveau de la Méditerranée ?
G. B. : L'enjeu de Marrakech est encore plus fort que Paris parce qu'il va falloir passer d'un texte à l'action et à la mise en oeuvre notamment des points prioritaires, dont celui de la finance. Mais pour atteindre les objectifs escomptés, il faut comprendre que le modèle de la fin du 20ème siècle, celui d'une économie fondée sur les vieilles chaînes, une économie de la propriété, une économie compulsive, doit changer.
F. N. H. : La Méditerranée a-t-elle des besoins financiers spé­cifiques qu'il faudra mobiliser outre ceux prévus dans le cadre de l'Accord de Paris ?
G. B. : Le besoin de 100 milliards de dollars par an est une partie des financements. Aujourd'hui, il y a plusieurs finan­cements complémentaires.
Toutefois, il faudra rendre ces financements accessibles pour tous les projets. Car, si aujourd'hui certains pays sont bien organisés et arrivent à travailler à l'échelon du pays, d'autres, en revanche, n'arrivent pas à bénéficier de ces financements climatiques. Les régions de la Méditerranée doivent avoir accès aux financements. Nous n'avons plus le temps de mettre en place des processus trop complexes.
Il faut aider les porteurs de projets, notamment les projets bancables. D'ailleurs, l'un des plus beaux projets du comité de pilotage de la COP22 est celui de la création d'un guichet unique en Afrique pour accompagner les porteurs de pro­jets. La MedCOP Climat sera l'affirmation de ce besoin de financement. Car, la grande complexité aujourd'hui est d'être capable d'intervenir à différents niveaux et que les inves­tisseurs de long terme, qui sont plutôt des institutionnels, puissent financer les petits projets.
Aussi, l'importance de cette MedCOP est de porter une réflexion de collaboration entre les pays du pourtour. Cela permettra de financer les recherches et les besoins mutuels des pays des deux rives qui sont similaires.
Il faut mieux apprendre à coopérer, car en mettant en com­mun nos savoir-faire, nous allons accélérer considérablement le développement durable.
F. N. H. : Quel est le mot d'ordre de cette 2ème MedCOP ?
G. B. : La MedCOP est celle de la coopération. L'enjeu est d'être un accélérateur de coopération. Nous n'avons pas toutes les solutions, mais nous devons mettre côte à côte les intérêts des collectivités locales, des ONGs, des citoyens...
Nous devons trouver comment traduire un constat qui n'est pas bon en un courant d'actions favorables. C'est en recons­tituant un projet commun fondé sur une envie de futur que nous arriverons à atteindre les objectifs. Il faut être pragma­tique, et trouver des solutions concrètes pour faire avancer les choses.
F. N. H. : Une coopération entre les pays des deux rives est-elle possible en vue des intérêts économiques divergents, notamment sur le plan du secteur touristique, premier sec­teur économique de la région ?
G. B. : Certes, la région connaît des problèmes géopolitiques extrêmement violents tout en se reconnaissant une com­munauté de destin, mais nous n'avons pas le choix. Ce que doivent comprendre les acteurs économiques, à l'instar du secteur touristique, c'est qu'il y a un mouvement qui est en train de naître, à savoir la responsabilité environnemen­tale. Je suis convaincu que dans 10 ans, si un pays n'aura pas assumé pleinement l'enjeu de développer un tourisme durable en diminuant les impacts environnementaux et sani­taires, il ne sera pas compétitif. Aujourd'hui, je crois qu'il y a une compréhension de plus en plus forte des gens, qui demandent d'autres formes de tourisme plus durable, plus respectueux de l'environnement.


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