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Alger : repositionnement diplomatique ou reculade en désordre ?
Publié dans Barlamane le 26 - 03 - 2025

Les récentes déclarations du président algérien Abdelmadjid Tebboune, d'abord dans une interview au journal français L'Opinion (3 février 2025) puis à l'occasion d'une conférence de presse (22 mars 2025), offrent un aperçu nuancé de la diplomatie algérienne en ce début de l'année 2025. Au fil de ces deux prises de parole, et sur les différentes thématiques évoquées, des inflexions, voire des retournements, sont perceptibles.
Revirement
L'évolution la plus notable entre les deux interventions concerne le discours du président Tebboune à l'égard de la France :
Le 3 février, le ton était nettement critique, parfois acerbe. Il évoquait une «crise sans précédent», imputant à Paris deux griefs majeurs : la reconnaissance par Emmanuel Macron de la marocanité du Sahara, et le refus d'extrader des opposants algériens. Le président pointait du doigt un «climat délétère» et un dialogue politique «quasiment interrompu», dénonçant les «déclarations hostiles» de responsables français. Alors qu'auparavant, Tebboune se targuait d'avoir d'excellents rapports avec le président français, à L'Opinion, il déclarait : «Nous perdons du temps avec le président Macron».
En revanche, dans la conférence du 22 mars, le président algérien a opté pour une posture beaucoup plus conciliante, au prix d'un reniement. Il a attribué la responsabilité du contentieux à une «extrême droite française revancharde et haineuse» qui, selon lui, a «créée de toutes pièces» la brouille.
En moins de deux mois, le discours de Tebboune a changé radicalement. Il affirme désormais, contre toute évidence, que ce n'est plus le Maroc et le Sahara qui causent problème dans les relations entre la France et l'Algérie. Tebboune dédouane ainsi le président Macron, un «alter ego» désormais qualifié de «seul point de repère» dans la relation bilatérale.
Cette relativisation ne peut être ni spontanée ni sincère. La tonalité du discours tebbounien est moins vindicative, plus diplomatique, malgré une colère à peine dissimulée. Le président algérien cherche visiblement la reprise du dialogue avec Paris. Est-ce la seule raison de cette «reculade», ou l'Algérie a-t-elle cédé à d'autres pressions, exercées par d'autres pays ? Le régime algérien a-t-il enfin pris la mesure de l'inanité du bras de fer qu'il a voulu engager avec la France et qui était perdu d'avance ? Malgré ce qu'en dit la presse algérienne, Alger a peu, sinon aucune carte à jouer contre la France. Cette dernière, en revanche, n'a que l'embarras du choix. D'où la «réponse graduée» du ministre Retailleau. Sentant le nœud coulant se serrer inexorablement, le régime algérien a préféré céder. Le visage défait et blême du président algérien en disait long sur son dépit et son amertume : à son corps défendant, il n'a eu d'autre choix que de chercher à désamorcer une crise potentiellement explosive.
Tebboune a relativisé en affirmant que les deux chefs d'Etat «travaillent ensemble» et en qualifiant les tensions de simples «moments de sirocco ou de froid».
Ce revirement repositionne la relation franco-algérienne dans un registre d'apaisement diplomatique. En février, malgré tout, Tebboune faisait part à L'Opinion de sa disponibilité à reprendre le dialogue avec la France, pourvu que le président Macron lui tende la perche. C'est chose faite. À la volonté manifeste de Tebboune de rétablir un canal présidentiel direct, a fait écho la déclaration du président français qui a affirmé avoir «confiance dans le président Tebboune et sa clairvoyance». «Clairvoyance» sur laquelle des commentateurs français n'ont pas manqué de gloser avec la bienveillance que l'on peut deviner.
Sahara marocain : de l'indignation à la relativisation
Le dossier du Sahara marocain, déclencheur de la brouille diplomatique, est abordé différemment en février et en mars.
En février, le président algérien se montrait cinglant : il reprochait à Macron d'avoir commis une «grave erreur» et d'avoir bafoué le droit international. Il l'avertissait qu'il n'allait «rien gagner» et qu'il allait «perdre» l'Algérie.
Rappelons que l'Algérie avait «retiré» son ambassadeur en France dès l'annonce de la reconnaissance par la France de la souveraineté du Maroc sur son Sahara. Sous l'empire de ce qu'un hebdomadaire français avait qualifié de «crise de nerfs à l'algérienne», le ministère algérien des affaires étrangères avait émis un communiqué dans lequel il dénonçait une décision prise selon lui «avec beaucoup de légèreté et une grande désinvolture» et dont le gouvernement français n'avait pas mesuré «lucidement toutes les retombées potentielles». Au passage, notons que c'est Alger qui n'avait pas «mesuré lucidement toutes les retombées potentielles» de son attitude de défi.
Le 22 mars, Tebboune a fortement nuancé ses propos. Il a affirmé que l'amitié entre la France et le Maroc «ne [le] dérange pas». Sur sa lancée, il a indiqué que les visites de responsables français au Sahara «ne sont pas des provocations», évoquant tout juste leur caractère «ostentatoire». Il n'a pas précisé en quoi les deux visites étaient, à ses yeux, «ostentatoires». Peut-être les responsables français auraient-ils dû, pour ne point déplaire au régime algérien, effectuer des visites au Sahara en catimini, sans couverture médiatique. Rappelons, là encore, que la visite de la ministre française de la Culture, Rachida Dati, au Sahara marocain a été jugée par un communiqué algérien «d'une gravité particulière» et «condamnable à plus d'un titre».
De son côté, à propos du président du Sénat français Gérard Larcher, le Conseil de la nation algérien (Chambre haute) a «dénoncé» dans un communiqué une «visite irresponsable, provocatrice et ostentatoire». Par la même occasion, le «sénat» algérien a annoncé «la suspension immédiate de ses relations avec le Sénat de la République française, y compris le protocole de coopération parlementaire signé le 8 septembre 2015».
Tebboune, consciemment ou non, a en réalité désavoué à la fois son ministre des affaires étrangères, le bureau du conseil de la Nation et les médias aux ordres. Exit les remontrances, les menaces et l'argumentaire cuit et recuit. Les responsables français peuvent se rendre dans les provinces du sud sans que les dirigeants de la «deuxième puissance africaine» y trouvent à redire. Etonnant, de la part d'un régime prompt à qualifier pratiquement tout événement survenant dans la région d'«atteinte à la sécurité de l'Algérie». Mieux encore : Tebboune n'a pas rappelé comme il le fait d'habitude que le Sahara est une «question de décolonisation soumise à la 4è commission». Simple oubli ou déprime profonde ?
En définitive, Tebboune du 3 février n'est pas celui du 22 mars. C'est un Tebboune nouveau. La mue est remarquable : plus connu pour ses éclats de voix, son langage belliqueux, ses invectives et ses punchlines approximatives qui font la joie de ses inconditionnels, l'homme, prompt à bomber le torse et à menacer, semble s'être assagi et avoir mis pas mal d'eau dans son café.
Il a admis qu'avec l'Espagne, il y a eu «une période de froid». C'est un euphémisme quand on se rappelle la batterie de mesures qui ont été prises par le régime algérien pour pousser le président du gouvernement espagnol soit à se rétracter soit à démissionner. Même le traité d'amitié n'a pas échappé à l'ire d'Alger, qui en a décrété la suspension. Avec la France, il y a eu, a-t-il reconnu, «un moment d'incompréhension». Là aussi, Tebboune joue avec les mots et s'il attribue le tir de barrage groupé et les tonneaux d'insultes que la presse algérienne déverse quotidiennement sur la France, ses institutions et ses ministres, on a un sérieux problème de vocabulaire. Ainsi fonctionne la diplomatie du régime algérien, de «périodes de froid» en «moments d'incompréhension», à coups de spasmes et d'accès de fièvre mettant à mal sa crédibilité et son sérieux.
À propos de Boualem Sansal, les journalistes algériens n'ont évidemment pas posé de questions, et Tebboune n'a pas réagi aux propos d'Emmanuel Macron, qui a qualifié l'affaire de «très grave», ajoutant de manière humiliante : «Tout ça n'est pas sérieux». Macron a précisé que «plusieurs messages» ont «été échangés» avec la présidence algérienne. Il a exprimé le souhait, qui ressemblait fort à une injonction, que «Boualem Sansal puisse être soigné, libéré et aller là où il veut aller. Et donc, s'il souhaite quitter l'Algérie, la quitter.» Quels «messages» la France a-t-elle envoyés au régime algérien ? Tout donne à penser que ces messages ont été suffisamment convaincants et persuasifs pour que Tebboune jette l'éponge.
Concernant le Maroc, de toute évidence, Tebboune s'est fait violence pour ne pas s'en prendre au royaume comme il aime à le faire à chacune de ses sorties. Mais, le naturel revenant toujours, il n'a pas pu s'empêcher de céder à son péché mignon et de donner un coup de griffes. Il ne l'a fait qu'une seule fois, en usant de la formule «les voisins de l'ouest» pour ne pas désigner le pays par son nom. Procédé indigne d'un chef d'Etat, mais n'oublions pas que c'est un «autre monde», où l'éducation, les règles, les valeurs et les principes sont différents. Tebboune a également redit que la proposition marocaine de l'autonomie est une idée française. Affirmation sans fondement, mais à laquelle il tient apparemment.
Sur d'autres sujets, il n'a pas failli à sa réputation, en prenant des libertés avec les dates et l'histoire :
Il a affirmé que la Ligue arabe a été créée «immédiatement après la Première Guerre mondiale et avant la Seconde Guerre mondiale». Or la Ligue a été créée le 22 mars 1945.
En février, il a déclaré à L'Opinion : «Pékin a été le premier pays à soutenir la guerre de libération du FLN et à recevoir le gouvernement provisoire de la République algérienne. Et c'est encore eux, avec l'Indonésie, qui nous ont introduits à la conférence des non-alignés à Bandoeng». Le 22 mars, nouvelle version : «Concernant l'Inde, nous n'oublierons jamais que c'est Nehru qui nous a ouvert la voie de Bandoeng».
Enfin, le président algérien, en voulant bien faire, a de nouveau maltraité l'histoire : «Avec les Etats-Unis d'Amérique», a-t-il affirmé «...Il y a eu un passé...Du temps de l'émir Abdelkader, les relations étaient excellentes». Faux : il n'y a jamais eu de relations d'aucune sorte ni entre l'Algérie française et les Etats-Unis, ni entre ceux-ci et Abdelkader ibn Muhieddine. Ce dernier a bien reçu du président américain Lincoln deux pistolets, en hommage au rôle qu'il avait joué pour la protection des chrétiens syriens, mais c'était en 1860, alors qu'il était exilé à Damas et n'exerçait aucune fonction officielle dans son pays d'origine, département français à l'époque.
Entre le 3 février et le 22 mars 2025, le président Tebboune a opéré ce que l'on peut qualifier courtoisement de «repositionnement diplomatique». En réalité, il s'agit d'une reculade en désordre. À l'image de son affirmation finale – «il faut savoir raison garder» – Tebboune semble s'être résigné (momentanément ?) à mettre fin aux querelles stériles et aux postures conflictuelles durables. Mais le mal est fait, l'image de la diplomatie algérienne a été sérieusement écornée, et pour longtemps.


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