Pour se venger d'une fonctionnaire qui a dénoncé deux femmes impliquées dans une affaire de traite des blanches, une sexagénaire a tenté de la mouiller dans une fausse affaire d'escroquerie. Vendredi 9 décembre 2004. Touria était déjà dans son bureau à l'arrondissement urbain de Hay Hassani, à Casablanca. Elle examinait les dossiers qui étaient entre ses mains quand une sexagénaire s'est plantée devant son bureau et s'est adressée à elle en lui demandant, à haute voix de lui rendre les cinquante mille dirhams qu'elle lui avait versés. Étonnée, Touria qui était absorbée par les dossiers a levé la tête comme si elle venait d'être réveillée d'un sommeil. Elle a remarqué que la sexagénaire qui a crié la fixait. “C'est à moi que vous vous adressez?“ lui a demandé Touria. “Non, à moi-même“, lui a-t-elle répondu ironiquement. Perturbée, Touria ne savait que faire. Après quelques secondes de silence, elle lui a demandé de partir sans créer de problèmes. La sexagénaire a gardé son calme. Elle s'est contentée de réclamer les cinquante mille dirhams. De quels cinquante mille dirhams parlez-vous ? La femme n'a pas cessé de lui demander de lui rendre son argent. Affolée, Touria a tenté de l'attraper par les cheveux. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Ses collègues les regardaient avec curiosité. La sexagénaire leur a expliqué lui avoir versé la bagatelle de cinquante mille dirhams après que Touria lui eût promis d'intervenir en sa faveur pour l'octroi d'un agrément de petit taxi. Ces déclarations ont rendu la fonctionnaire encore plus effarée et plus angoissée. Elle a tenté de se disculper devant ses collègues. Mais pourquoi la sexagénaire l'a-t-elle mise en cause sans mettre l'index sur quelqu'un d'autre ? L'aurait-elle confondue avec une autre personne ? D'un mot à l'autre et d'une injure à l'autre, la femme semble savoir tout de Touria. Son nom, son prénom, son âge et son adresse personnel. Le chef du service est intervenu pour trancher entre elles. Mais en vain. Et il a fini par alerter la police. Les éléments de la Sûreté de Hay Hassani-Aïn Chock se sont dépêchés sur les lieux. Ils ont conduit les deux femmes au commissariat. Que dit l'une et que dit l'autre ? La sexagénaire ne cessait d'accuser Touria et cette dernière de tenter de se disculper. Qui a raison et qui a tort ? Les questions des enquêteurs pleuvaient au point que la sexagénaire leur a donné l'impression qu'elle mentait. Pourquoi? D'abord, elle n'a pas répondu à la question concernant la provenance des cinquante mille dirhams, alors qu'elle est sans emploi. Ensuite, elle a été dans l'incapacité de prouver qu'elle a remis à Touria un seul document justifiant qu'elle a traité avec elle cette affaire d'agrément de taxi. “Tu mens“, l'accuse fermement le chef de la brigade. Désarçonnée, la sexagénaire a perdu son équilibre. Elle lui a demandé une chaise pour s'asseoir et dire la vérité. Laquelle? “Ce sont ma sœur, Habiba, et ma nièce, Samira qui m'ont incité à la mouiller dans une affaire d'escroquerie“, crache-t-elle. Pourquoi ? Sa nièce Samira, qui travaille au Sultanat d'Oman, a regagné le domicile familial durant le mois de Ramadan dernier. Elle était accompagnée d'un ressortissant omanais. Elle l'a présenté à sa famille comme étant son patron qui dirige un hôtel dans son pays. Elle leur a expliqué qu'il était venu chercher des filles désirant travailler comme serveuses dans son hôtel. Et elle leur a demandé de lui en chercher. Sa mère, Habiba, a commencé à faire des contacts. Et, donc, elle lui a présenté cinq belles candidates, âgées entre 18 et 24 ans, qui savent danser et chanter. Quand elle a rencontré sa voisine, Touria, qui avait une belle nièce au chômage, elle lui a proposé un contrat de travail comme mannequin dans un hôtel à Oman. Touria a refusé. Elle n'acceptait pas que sa nièce travaille dans un hôtel d'un pays du Golfe. La majorité d'entre elles sont happées par le monde de la prostitution. Seulement, Habiba est venue une fois encore insister pour que la nièce soit parmi les recrutées. Et Touria a fini par déposer plainte contre Habiba. Craignant d'être mouillé dans une affaire de mœurs au Maroc, le ressortissant omanais a regagné son pays. Entre-temps, Samira et sa mère, Habiba, ont pensé à se venger de Touria. Comment et par quel moyen ? Mouiller Touria dans une affaire d'escroquerie serait le moyen convenable. Seulement, Habiba ne connaissait pas bien la personne qu'elle comptait accuser. En proposant l'idée à sa sœur, cette dernière a accepté de passer à l'action et elle a tenté de piéger Touria. Mais les choses se sont déroulées autrement pour elle, ainsi que sa sœur et sa nièce. Arrêtées, les trois femmes ont été traduites devant la Chambre correctionnelle près le Tribunal de première instance de Casablanca.