Almería : un dispositif exceptionnel pour faciliter l'accès aux services consulaires    Le Maroc condamne l'attaque armée contre Trump    L'IGF passe au crible la gestion de marchés de plusieurs milliards    Tomates : Hausse des prix en Europe après les restrictions d'exportation du Maroc    Le Maroc condamne l'attaque contre une réception en présence du président américain    France: Le risque de grippe aviaire baisse à "modéré"    Plainte d'un avocat de Rabat contre des militants anti-normalisation avec Israël    UFC: Après 8 victoires consécutives, le Marocain Youssef Zalal s'incline par décision    Botola: Le Raja écrase le FUS de Rabat (4-1)    Botola: l'Union Yaacoub El Mansour et l'AS FAR font match nul(2-2)    Après Manchester City, l'Atlético de Madrid lorgne Azzedine Ounahi    Transformation agroalimentaire: Le Maroc, référence pour la coopération Sud-Sud    SM le Roi félicite la présidente tanzanienne à l'occasion de la fête nationale de son pays    Le "Mérinos Précoce" français, levier pour renouveler le cheptel marocain?    Youssef Allakouch nommé nouveau DG de l'UGTM    UGTM : Youssef Allakouch succède à Naam Miyara    Le Roi félicite la présidente tanzanienne à l'occasion de la fête nationale de son pays    Meilleur buteur de Ligeu 2, Tawfik Bentayeb propulse Troyes en Ligue 1    Ecoles pionnières : Akhannouch à Meknès pour un point d'étape sur la réforme éducative    Une double distinction internationale pour Attijariwafa bank    La Razón : le Maroc modernise une base aérienne près de Dakhla dans le cadre d'un partenariat stratégique avec Washington    CAN U17 au Maroc : La CAF introduit un format festival pour les compétitions de jeunes    Le patrouilleur marocain Avante 1800 franchit une étape clé avant sa livraison    Base aérea de Bir Anzarane: Un pilar estratégico de las FAR fortalecido en el corazón del Sahara    The Algerian army kills three Sahrawis from the Tindouf camps    El ejército argelino mata a tres saharauis de los campamentos de Tinduf    Mali: Guterres condamne les attaques et appelle à un soutien international    Belgique: les citoyens refusent de ralentir la transition climatique    LGV Kenitra-Marrakech. Le chantier avance à grande vitesse    SIAM 2026. Alliances stratégiques pour une agriculture plus durable    FLAM 2026 : Marc Alexandre OHO BAMBE ou le pouvoir de résister avec les mots    L'armée algérienne tue trois Sahraouis des camps de Tindouf    Pour contrer la révision du mandat de la MINURSO, l'Algérie sollicite l'appui de la Russie    ONU : Staffan de Mistura voit une chance historique pour résoudre le conflit du Sahara    Lancement de l'événement Rabat, capitale mondiale du livre 2026    Maroc : Un partenariat renforcé avec l'Autorité du livre de Sharjah    Diaspo #438 : Mériame Mezgueldi célèbre les chibanis par l'art figuratif    Un média américain : Díaz pressenti pour renforcer les chances du Maroc de briller lors du prochain Mondial    Othmane Maamma en mission : convaincre Mohamed Ouahbi et affoler le mercato    L'ambassadrice de Chine depuis Meknès : le Salon international de l'agriculture..une plateforme pour le développement durable et une coopération continue avec le Maroc dans ce domaine    China's Ambassador from Meknes: The International Agriculture Fair... a platform for sustainable development and continued cooperation with Morocco in this field    Orientation post-bac : le grand déséquilibre du système universitaire    AGENTIS signe une première avec le PET-IRM au Maroc    Morocco and Switzerland expressed their determination on Friday in Bern to further strengthen their political dialogue and bilateral partnership.    COMEDIABLANCA revient pour une 3e édition    « She Did It Again » : Tyla revisite la pop des années 2000    Le Festival Printemps Musical des Alizés revient pour une nouvelle édition à Essaouira    Festival Mawazine : La 21ème édition du 19 au 27 juin 2026    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



La darija, ce mélange de langues inventé par les Marocains pour unifier leurs dialectes
Publié dans Yabiladi le 19 - 09 - 2019

Mal comprise par les populations du Moyen-Orient et même des fois ceux de nos voisins maghrébins, mélange d'expressions et de langues étrangères, notre darija est une «lingua franca» inventée pour nous permettre de communiquer et se comprendre. Mais notre dialecte est-il plus proche de l'arabe classique ou de l'amazighe ?
Au fils des siècles, les Marocains ont appris de nouveaux mots à la faveur des échanges commerciaux et humains avec leurs voisins. L'amazighe, langue parlée par les autochtones du pays, a elle-même été influencée par les langues de plusieurs conquérants, comme les Phéniciens et les Romains.
A l'arrivée des Arabes au Maghreb, arabe classique et amazighe laisseront place à la Darija, un dialecte standard qui permettra aux Marocains peu importe leur origine de communiquer entre eux.
La question de la proximité entre la Darija et l'amazighe d'une part, et la Darija et l'arabe classique d'une autre, a fasciné des historiens et des linguistes. Si certains tendent à la rapprocher de l'arabe classique, d'autres pensent qu'elle reste plus proches, phonétiquement et syntaxiquement de l'amazighe.
La darija, dérivée de l'arabe classique
Dans «Women, Gender, and Language in Morocco» (Editions Brill, 2003), Fatima Sadiqi affirme que «l'arabe marocain ou darija partage de nombreux aspects linguistiques avec l'arabe standard». Elle rappelle que la plupart des travaux linguistiques sur l'histoire des dialectes arabes les raccrochent de l'arabe classique. Ils considèrent en effet que l'arabe classique et la darija ont un ancêtre commun. D'ailleurs, l'arabe classique n'a jamais été parlé comme langue de la vie quotidienne, selon Fatima Sadiqi.
«Dans sa forme actuelle, l'arabe marocain a perdu une grande partie de sa ressemblance morpho-syntaxique, lexicale et phonologique avec l'arabe standard. À l'instar du berbère, l'arabe marocain n'est pas une langue homogène, car plusieurs dialectes de l'arabe marocain sont parlés dans diverses zones géographiques du Maroc.»
Fatima Sadiqi
Aleya Rouchdy, auteure de «Language Contact and Language Conflict in Arabic» (Editions Routledge, 2013), estime de son côté que «l'arabe marocain (darja) est une variété faible (de l'arabe classique) étant donné qu'il n'est ni codifié ni normalisé». Variété parlée, selon elle, par la grande majorité de la population, la darija «se caractérise, phonologiquement, par une chute de la voyelle» par rapport à l'arabe.
Mais les deux chercheuses reconnaissent que «l'arabe marocain a beaucoup emprunté» aux autres langues. Aleya Rouchdy évoque même un emprunt du français et de l'amazigh.
«Par rapport au Moyen-Orient et même aux dialectes arabes maghrébins, l'arabe marocain est considéré comme la version la plus éloignée de l'arabe standard du Moyen-Orient considéré comme "pur".»
Fatima Sadiqi
Sur le plan linguistique, cette «déviance» est «attestée par la compression remarquable des voyelles, la grande variation phonologique et l'ordre des mots SVO (Sujet-verbe-objet), par opposition à l'ordre typique des mots VSO de l'arabe standard», détaille la chercheuse. .
La darija, enfant de l'arabe classique et l'amazighe ?
Elle reconnait aussi «l'influence du berbère sur l'arabe marocain aux niveaux phonologique, morphologique, syntaxique et sémantique» et qui serait en grande partie responsable de cet écart.
Mais bien avant de se pencher sur la relation entre la darija et l'amazighe, historiens et linguistes se sont intéressés à langue vernaculaire au Maghreb. Ainsi, dans «Etat actuel de la frontière linguistique entre l'arabe et le berbère», les deux universitaires Mostafa Benabbou et Peter Behnstedt ont rappelé que «l'histoire des usages linguistiques au Maroc doit tenir compte du passé linguistique pré-arabe». «Pour cela il faudrait interroger les vestiges pré-berbères, ceux des Phéniciens, des Romains, des Byzantins et même ceux des Vandales», écrivent-ils.
Les deux universitaires donnent l'exemple de mots romains qui marquent le passage des Romains au Maroc, comme «Lixus, Volubilis, Tingis, Zilis» pour «Larache, Walili, Tanger et Asilah», tout comme les origines grecque ou latine de certains mots. Pour eux, il faut aussi tenir compte de l'impact inverse de la défaite des Arabes, notamment à Al Andalus et l'arrivée de nouveaux éléments dans la société marocaine, à savoir les juifs, les andalous ainsi que les colons espagnols et français» sur les langues du royaume.
Et sur les ressemblances et les différences entre la darija et l'amazighe, les thèses ne manquent pas. Dans «Regards croisés de l'historien et du linguiste sur l'interaction des langues en usage au Maroc», El Houssaïn El Moujahid expose les trois hypothèses se rapportant à l'arabe marocain et l'amazighe.
Ce que le débat sur la darija dit sur les représentations de la langue des Marocain.e.s
Il rappelle d'abord que «l'accent est souvent mis sur l'étonnante et intrigante ''similitude'' entre les dialectes de l'arabe marocain et ceux de l'amazigh, aux plans phonique, lexical et morpho-syntaxique». «A l'époque coloniale, les études les plus fiables, se réduisent souvent à des hypothèses intuitives et aléatoires sur les faits diachroniques, sur les mécanismes d'interférence et sur les processus d'emprunt, de calque et d'intégration, dans un sens ou dans l'autre», souligne-t-il. Des études qui concluent, selon lui, à «l'affirmation des analogies constatées entre les deux systèmes».
Ainsi, trois thèses se déclinent. La première, la thèse berbérisante (le tout amazigh) «ramène tous ces faits à une seule hypothèse : l'arabe dialectal est la traduction exacte de l'amazighe». Ceux qui soutiennent cette thèse estiment que «le lexique arabe est venu se mouler dans les structures amazighes comme la mentalité, et la culture arabe ont été assimilées par la culture amazighe».
La deuxième, la thèse arabiste (le tout arabe), «s'inscrit dans une tendance courante visant à démontrer "l'arabité des imazighen" et leur "enracinement profond dans l'arabité"», écrit-il. L'amazighe est ainsi «directement confrontée à l'arabe classique, avec une nette occultation de l'arabe dialectal en usage au Maghreb».
Quant à la troisième thèse dite conciliatrice (entre-deux), elle considère que «l'arabe marocain est le produit de l'interaction entre l'arabe classique et l'amazighe». Celle-ci aurait même «contribué à l'émergence et au développement de l'arabe marocain».
Une darija pour unifier les dialectes
El Houssaïn El Moujahid expose aussi l'approche sociolinguistique qui considère l'arabe marocain et l'amazighe comme «deux pôles de la diglossie dialectal-amazighe». Cette approche reconnait que «les deux langues ne sont pas apparentées directement, l'arabe dialectal étant une langue sémitique et l'amazighe, une langue chamito-sémitique (afro-asiatique)» et que leurs structures linguistiques sont bien distinctes. Cette approche conclut que «l'amazighe constituerait la variété dominée dans le binôme dialectal-amazighe».
Débat sur la darija : «Le parler du peuple précède les académies»
Les Marocains ont ainsi inventé une «lingua franca», soit une langue véhiculaire ou un dialecte servant de moyen de communication entre les différentes populations arabes et amazighes du royaume. Cette nécessité est «motivée par la présence de trois principaux dialectes amazighs et de nombreux sous-dialectes», avance Elabbas Benmamoun, auteur de «Perspectives on Arabic Linguistics XIX» (Editions John Benjamins Publishing, 2007).
Cette utilisation a ainsi «permis de réduire les différences entre dialectes et favoriser l'inter-compréhensibilité entre les dialectes arabes marocains», complète Fatima Sadiqi.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.