Province de Tiznit : Akhannouch lance plusieurs projets de développement    Le RNI met en avant le bilan gouvernemental et le qualifie d'«exceptionnel»    Sahara : Les Canaries confirment leur soutien au plan marocain d'autonomie    Le Maroc et la Suisse veulent renforcer leur partenariat bilatéral    Observatoire législatives 2026 : la Commission spéciale lance l'opération de dépôts des candidatures    Maroc : un effort militaire record dans un contexte mondial de surenchère sécuritaire    La NARSA alerte contre un faux site électronique usurpant son identité    Laâyoune : un Forum régional du commerce pour booster l'entrepreneuriat    Saham Bank lance la plateforme mobile MyFX pour le change en temps réel    Crédit agricole : cinq conventions pour structurer un écosystème de financement complet    Edito. Plus que des intentions, des talents !    Bourse de Casablanca : clôture en légère hausse    Agadir : Coup d'envoi officiel de la 22e édition d"African Lion"    Attaque armée à Washington : le Maroc exprime sa solidarité avec Trump    Armement en Afrique du Nord : L'Algérie et le Maroc en tête des dépenses militaires en 2025    Une candidate d'origine marocaine confrontée à une déferlante raciste lors des élections municipales en Italie    Football : Youssef Khanfri, le prodige de 12 ans repéré par le Barça    Moroccan U20 athletes shine with seven medals on day one of Arab championships in Tunis    Gérone : Real Betis prêt à passer à l'action pour Azzedine Ounahi    Real Madrid : Kylian Mbappé forfait jusqu'à la fin de la saison?    La Guinée remercie Mohammed VI pour l'opération humanitaire de retour de ressortissants    Marruecos: Lluvias tormentosas localmente intensas el lunes y martes    Othmane El Goumri becomes first Moroccan to win the Hamburg Marathon    Young Moroccan talent Youssef Khanfri set to join FC Barcelona youth team    Lutte contre les incendies de forêt : l'ANEF réunit son comité directeur national    Cannabis légal : l'ANRAC vise la certification ISO 9001 pour consolider sa gouvernance    Lutte anti-grêle : de nouveaux générateurs pour Sefrou et Ifrane    Anfa Prime Hospital : le nouveau vaisseau amiral d'AKDITAL, au service d'un modèle de soins d'excellence et de proximité    Casablanca célèbre l'âme andalouse : le FMMA revient pour une 4e édition ambitieuse    Tanger : des colonnes métalliques historiques découvertes dans la médina    Rabat, Capitale mondiale du livre 2026 : lancement du label "Bibliothèque culturelle – Manara"    Mercato: Bounida dans le viseur de Mönchengladbach    La Chine récompense 29 jeunes et 30 organisations par sa plus haute distinction nationale    AES : une compagnie aérienne commune pour relier le Sahel    Union Africaine : le Togo mandaté pour défendre une représentation équitable de l'Afrique    Marrakech clôture en beauté le FLAM 2026 entre littérature, mémoire et poésie vivante    Tournoi U19 : l'AMF impressionne et s'impose face à l'élite européenne    Format inédit : la CAN U17 au Maroc devient un "festival" du football africain    Akhomach décisif : le Rayo arrache un nul héroïque face à Sociedad    Hilton Tangier Al Houara Resort & Spa et Al Houara Golf Club lancent la première édition de la Hilton Al Houara Golf Cup    Agadir : L'Université Ibn Zohr renforce son ancrage scientifique aux Canaries    Plainte d'un avocat de Rabat contre des militants anti-normalisation avec Israël    Solidarité. Le Maroc condamne l'attaque armée ayant visé une réception à Washington en présence du Président Trump    La Razón : le Maroc modernise une base aérienne près de Dakhla dans le cadre d'un partenariat stratégique avec Washington    FLAM 2026 : Marc Alexandre OHO BAMBE ou le pouvoir de résister avec les mots    Lancement de l'événement Rabat, capitale mondiale du livre 2026    Maroc : Un partenariat renforcé avec l'Autorité du livre de Sharjah    Diaspo #438 : Mériame Mezgueldi célèbre les chibanis par l'art figuratif    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



La darija, ce mélange de langues inventé par les Marocains pour unifier leurs dialectes
Publié dans Yabiladi le 19 - 09 - 2019

Mal comprise par les populations du Moyen-Orient et même des fois ceux de nos voisins maghrébins, mélange d'expressions et de langues étrangères, notre darija est une «lingua franca» inventée pour nous permettre de communiquer et se comprendre. Mais notre dialecte est-il plus proche de l'arabe classique ou de l'amazighe ?
Au fils des siècles, les Marocains ont appris de nouveaux mots à la faveur des échanges commerciaux et humains avec leurs voisins. L'amazighe, langue parlée par les autochtones du pays, a elle-même été influencée par les langues de plusieurs conquérants, comme les Phéniciens et les Romains.
A l'arrivée des Arabes au Maghreb, arabe classique et amazighe laisseront place à la Darija, un dialecte standard qui permettra aux Marocains peu importe leur origine de communiquer entre eux.
La question de la proximité entre la Darija et l'amazighe d'une part, et la Darija et l'arabe classique d'une autre, a fasciné des historiens et des linguistes. Si certains tendent à la rapprocher de l'arabe classique, d'autres pensent qu'elle reste plus proches, phonétiquement et syntaxiquement de l'amazighe.
La darija, dérivée de l'arabe classique
Dans «Women, Gender, and Language in Morocco» (Editions Brill, 2003), Fatima Sadiqi affirme que «l'arabe marocain ou darija partage de nombreux aspects linguistiques avec l'arabe standard». Elle rappelle que la plupart des travaux linguistiques sur l'histoire des dialectes arabes les raccrochent de l'arabe classique. Ils considèrent en effet que l'arabe classique et la darija ont un ancêtre commun. D'ailleurs, l'arabe classique n'a jamais été parlé comme langue de la vie quotidienne, selon Fatima Sadiqi.
«Dans sa forme actuelle, l'arabe marocain a perdu une grande partie de sa ressemblance morpho-syntaxique, lexicale et phonologique avec l'arabe standard. À l'instar du berbère, l'arabe marocain n'est pas une langue homogène, car plusieurs dialectes de l'arabe marocain sont parlés dans diverses zones géographiques du Maroc.»
Fatima Sadiqi
Aleya Rouchdy, auteure de «Language Contact and Language Conflict in Arabic» (Editions Routledge, 2013), estime de son côté que «l'arabe marocain (darja) est une variété faible (de l'arabe classique) étant donné qu'il n'est ni codifié ni normalisé». Variété parlée, selon elle, par la grande majorité de la population, la darija «se caractérise, phonologiquement, par une chute de la voyelle» par rapport à l'arabe.
Mais les deux chercheuses reconnaissent que «l'arabe marocain a beaucoup emprunté» aux autres langues. Aleya Rouchdy évoque même un emprunt du français et de l'amazigh.
«Par rapport au Moyen-Orient et même aux dialectes arabes maghrébins, l'arabe marocain est considéré comme la version la plus éloignée de l'arabe standard du Moyen-Orient considéré comme "pur".»
Fatima Sadiqi
Sur le plan linguistique, cette «déviance» est «attestée par la compression remarquable des voyelles, la grande variation phonologique et l'ordre des mots SVO (Sujet-verbe-objet), par opposition à l'ordre typique des mots VSO de l'arabe standard», détaille la chercheuse. .
La darija, enfant de l'arabe classique et l'amazighe ?
Elle reconnait aussi «l'influence du berbère sur l'arabe marocain aux niveaux phonologique, morphologique, syntaxique et sémantique» et qui serait en grande partie responsable de cet écart.
Mais bien avant de se pencher sur la relation entre la darija et l'amazighe, historiens et linguistes se sont intéressés à langue vernaculaire au Maghreb. Ainsi, dans «Etat actuel de la frontière linguistique entre l'arabe et le berbère», les deux universitaires Mostafa Benabbou et Peter Behnstedt ont rappelé que «l'histoire des usages linguistiques au Maroc doit tenir compte du passé linguistique pré-arabe». «Pour cela il faudrait interroger les vestiges pré-berbères, ceux des Phéniciens, des Romains, des Byzantins et même ceux des Vandales», écrivent-ils.
Les deux universitaires donnent l'exemple de mots romains qui marquent le passage des Romains au Maroc, comme «Lixus, Volubilis, Tingis, Zilis» pour «Larache, Walili, Tanger et Asilah», tout comme les origines grecque ou latine de certains mots. Pour eux, il faut aussi tenir compte de l'impact inverse de la défaite des Arabes, notamment à Al Andalus et l'arrivée de nouveaux éléments dans la société marocaine, à savoir les juifs, les andalous ainsi que les colons espagnols et français» sur les langues du royaume.
Et sur les ressemblances et les différences entre la darija et l'amazighe, les thèses ne manquent pas. Dans «Regards croisés de l'historien et du linguiste sur l'interaction des langues en usage au Maroc», El Houssaïn El Moujahid expose les trois hypothèses se rapportant à l'arabe marocain et l'amazighe.
Ce que le débat sur la darija dit sur les représentations de la langue des Marocain.e.s
Il rappelle d'abord que «l'accent est souvent mis sur l'étonnante et intrigante ''similitude'' entre les dialectes de l'arabe marocain et ceux de l'amazigh, aux plans phonique, lexical et morpho-syntaxique». «A l'époque coloniale, les études les plus fiables, se réduisent souvent à des hypothèses intuitives et aléatoires sur les faits diachroniques, sur les mécanismes d'interférence et sur les processus d'emprunt, de calque et d'intégration, dans un sens ou dans l'autre», souligne-t-il. Des études qui concluent, selon lui, à «l'affirmation des analogies constatées entre les deux systèmes».
Ainsi, trois thèses se déclinent. La première, la thèse berbérisante (le tout amazigh) «ramène tous ces faits à une seule hypothèse : l'arabe dialectal est la traduction exacte de l'amazighe». Ceux qui soutiennent cette thèse estiment que «le lexique arabe est venu se mouler dans les structures amazighes comme la mentalité, et la culture arabe ont été assimilées par la culture amazighe».
La deuxième, la thèse arabiste (le tout arabe), «s'inscrit dans une tendance courante visant à démontrer "l'arabité des imazighen" et leur "enracinement profond dans l'arabité"», écrit-il. L'amazighe est ainsi «directement confrontée à l'arabe classique, avec une nette occultation de l'arabe dialectal en usage au Maghreb».
Quant à la troisième thèse dite conciliatrice (entre-deux), elle considère que «l'arabe marocain est le produit de l'interaction entre l'arabe classique et l'amazighe». Celle-ci aurait même «contribué à l'émergence et au développement de l'arabe marocain».
Une darija pour unifier les dialectes
El Houssaïn El Moujahid expose aussi l'approche sociolinguistique qui considère l'arabe marocain et l'amazighe comme «deux pôles de la diglossie dialectal-amazighe». Cette approche reconnait que «les deux langues ne sont pas apparentées directement, l'arabe dialectal étant une langue sémitique et l'amazighe, une langue chamito-sémitique (afro-asiatique)» et que leurs structures linguistiques sont bien distinctes. Cette approche conclut que «l'amazighe constituerait la variété dominée dans le binôme dialectal-amazighe».
Débat sur la darija : «Le parler du peuple précède les académies»
Les Marocains ont ainsi inventé une «lingua franca», soit une langue véhiculaire ou un dialecte servant de moyen de communication entre les différentes populations arabes et amazighes du royaume. Cette nécessité est «motivée par la présence de trois principaux dialectes amazighs et de nombreux sous-dialectes», avance Elabbas Benmamoun, auteur de «Perspectives on Arabic Linguistics XIX» (Editions John Benjamins Publishing, 2007).
Cette utilisation a ainsi «permis de réduire les différences entre dialectes et favoriser l'inter-compréhensibilité entre les dialectes arabes marocains», complète Fatima Sadiqi.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.