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Interview avec Mme Omayma Achour, Présidente de l'association Jossour Forum des femmes marocaines
Publié dans L'opinion le 25 - 11 - 2015

L'Opinion : Le thème de cette année pour l'ONU n'est autre que l'autonomisation des femmes et son lien avec le développement durable. Que pouvez-vous dire sur ce sujet et qu'en est-il au Maroc ? Que fait votre association à ce sujet ?
Mme Omayma Achour : Cette année, la 60ème session de la Commission de la Condition de la Femme de l'Onu a choisi comme thème prioritaire « L'autonomisation des femmes et son lien avec le développement durable », c'est un sujet très important qui met la femme au cœur de ses priorités. En effet, depuis 1979, date de la signature de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de Discrimination à l'encontre des Femmes, de nombreuses déclarations internationales ont souligné l'importance du rôle des femmes dans le développement durable, la lutte contre le dérèglement climatique, et la souffrance lors des catastrophes
naturelles, sans pour autant y remédier. Ce n'est qu'en 2014, lors de la COP 20 (conférence pour le changement climatique)de Lima qu'un programme prenant en compte le genre a été mis en œuvre pour le renforcement de la participation effective des femmes dans les organes de la CCNUCC(Convention-cadre des Nations Unies sur le changements climatiques.
Aujourd'hui, il est impératif de mettre en place des politiques qui favorisent une égale participation des femmes et incluent la réduction des inégalités dans l'accès aux droits et au contrôle des ressources,
dans le but d'assurer l'autonomisation des femmes. C'est cette volonté mondiale qui sera exprimée lors de la tenue de la COP 21 en décembre 2015 à Paris, et lors de la tenue de la COP 22 à Marrakech en 2016.
Conscient du rôle qu'a la société civile dans cette problématique universelle, JossourFFM organisera un événement parallèle à la 60ème session de la CSW (commission de la condition de la femme) où elle traitera de l'importance de mettre place des mesures égalitaires pour accompagner l'autonomisation des femmes en matière de développement durable.
L'Opinion : Avez-vous remarqué une certaine régression de certains phénomènes de violence en cette année, avec des données chiffrées si possible ?
Mme Omayma Achour : Selon les statistiques de l'ONU 7 femmes sur 10 ont subi la violence durant leur vie. Cette violence est définie comme « tout acte de violence contre le sexe féminin et causant ou pouvant causer un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou la vie privée ».
De ce monde globalisé, nous faisons face à de nouvelles formes de violence accentuées par le développement des nouvelles technologies. Une violence visuelle partagée dans les réseaux sociaux à travers la diffusion des images dégradantes de la femme, ou le partage de scènes choquantes, des femmes violentées, agressées ou séquestrées. Une nouvelle forme de violence voit le jour à travers l'audiovisuel, les crimes de guerre, les conflits armée, les actes de barbaries...etc
Il y a aussi la violence verbale prononcée par des acteurs dans une émission à la télé, des passages publicitaires, des leaders politiques à travers les discours véhiculés dans la société, qui fait malheureusement partie du quotidien, je cite par exemple certains propos déplacés prononcés par le Chef du Gouvernement à l'égard des femmes.
Selon le nouveau rapport «Global Gender Gap 2015» publié par le World Economic Forum, l'écart entre hommes et femmes continue de se creuser au Maroc, classé 139e sur 145 pays. Ce qui reflète que les inégalités sociales existent encore, même quand elles ne sont pas reconnues et ressenties comme des formes de violence à l'égard de ceux qui les subissent, elles ne manquent pas d'impacter, d'une façon ou d'une autre, les comportements et les rapports sociaux.
Peut-on aspirer à une amélioration du phénomène avec un projet de loi qui tarde à prendre racine depuis trois « mandats » ministériels ?
Selon les données d'une enquête menée par le HCP en 2011, sur une population de 9,5 millions de femmes âgées de 18 à 64 ans, près de 6 millions, soit 62,8%, ont subi un acte de violence dont 3,8 millions
en milieu urbain et 2,2 millions en milieu rural. Ces chiffres sont alarmants, la violence à l'égard des femmes sous toutes ses formes n'est plus tolérable, elle doit stopper.
Dans le rapport élaboré par Jossour FFM sur 20 ans après Beijing et présenté aux Nations Unis, le message est très clair pour le Gouvernement. La lutte contre la violence est une grande priorité, il est impératif d'accélérer la promulgation du texte de loi qui lutte contre la violence physique, psychologique, sexuelle et économique à l'égard de la femme marocaine, dans les lieux publics, milieu professionnel, et surtout au sein de leur famille.
La loi n'est pas une fin en soi, il faudrait l'accompagner par la mise en place de mesures concrètes pour le changement des comportements dans la société, pour l'éducation des jeunes sur des principes d'égalité (filles et garçons), la sensibilisation des hommes à travers des spots publicitaires, l'intégration d'une discipline genre dans les programmes éducatifs (primaires, collèges et lycées) pour influencer les changements de mentalités, les habitudes quotidiennes et sociales.
D'ailleurs la Déclaration de Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive d'ONU Femmes à l'occasion de cette Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, a lancé un message simple mais pertinent. « Ce type de violence n'est pas acceptable, elle n'est pas inévitable, on peut y mettre fin ».


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