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Journée internationale des femmes rurales : Quelques acquis, mais beaucoup de défis restent à surmonter !
Publié dans L'opinion le 15 - 10 - 2024

La condition des femmes rurales s'invite sur le devant de la scène, et le Maroc se trouve une nouvelle fois face à ses défis. Malgré des avancées notables, ces femmes demeurent piégées dans un labyrinthe d'inégalités économiques, sociales et légales. Décryptage.
Au Maroc, la Journée internationale de la femme rurale, célébrée le 15 octobre, prend une résonance particulière. Dans un pays où l'agriculture joue un rôle fondamental, les femmes rurales sont souvent les véritables actrices de la production et de la sécurité alimentaire. Elles représentent environ 50% de la main-d'œuvre agricole, mais leur contribution est souvent sous-estimée et méconnue.
Dans les contrées rurales, ces femmes se trouvent confrontées à une multitude de défis qui entravent leur émancipation. Au-delà des conditions de vie difficiles, elles doivent faire face au mariage des mineurs, à un accès restreint aux ressources et aux financements, ainsi qu'à la violence exercée par les hommes. Ces injustices les maintiennent dans un cercle vicieux où leur capacité à s'affirmer est constamment mise à l'épreuve.
De surcroît, ces femmes endurent des conditions de travail précaires tout en assumant des responsabilités domestiques écrasantes. Cette charge leur laisse peu de temps pour se consacrer à des activités génératrices de revenus. Dans un contexte où chaque jour représente un véritable combat, leur résilience apparaît comme une force silencieuse mais indéniable, révélant ainsi une volonté farouche de changer leur destin.

Une résilience silencieuse
Malgré les efforts déployés, la marginalisation géographique et sociale touche une grande partie de cette population féminine. Ces femmes, souvent privées d'accès à l'éducation, aux soins de santé et aux opportunités économiques, subissent des inégalités structurelles qui les maintiennent dans une situation de vulnérabilité. Leurs voix sont fréquemment exclues des processus décisionnels, et elles sont confrontées à des stéréotypes culturels qui limitent leurs choix de vie. Même si leurs voix sont souvent étouffées, elles s'activent dans le silence, portant leur dignité comme un drapeau. Leurs efforts, invisibles aux yeux du monde, témoignent d'une force indéfectible et d'une détermination à transformer leur communauté.

Deux dates, un seul combat
Evoquer la Journée internationale des femmes rurales sans considérer le 10 octobre qui est la Journée nationale de la Femme serait négliger une réalité essentielle. Ces deux événements, bien que distincts, s'unissent dans un appel puissant à l'égalité et à la dignité. Cependant, la réalité de la situation peine à offrir une vision optimiste, et il reste encore beaucoup de travail à faire pour atteindre une véritable égalité.
Le dernier rapport du Haut-Commissariat au Plan (HCP) révèle que 58,4% des Marocains estiment que l'égalité entre les sexes reste un idéal lointain, avec des disparités marquées entre milieu rural (65,8%) et urbain (52,4%). Cette situation souligne l'influence de l'accès aux opportunités sur les perceptions, ainsi que le fossé entre les avis des hommes (54,8%) et des femmes (63,3%), mettant en lumière la nécessité d'un engagement renforcé pour surmonter ces défis.
Dans ce contexte, la réforme de la Moudawana marocaine représente un pas crucial vers l'égalité des sexes dans le droit de la famille. Toutefois, la résistance sociétale et une mise en œuvre insuffisante, surtout dans les zones rurales, continuent de freiner les avancées. Il est essentiel de renforcer l'engagement collectif pour surmonter ces obstacles et garantir une égalité réelle et durable.

Intersection de réformes
Face à cette réalité, le Maroc a pourtant engagé des réformes visant à améliorer la situation de ces femmes, notamment à travers le Plan d'égalité 2012-2016, qui a intégré l'égalité entre les sexes dans les politiques publiques grâce à un cadre global de coordination et de suivi. Ce plan a impliqué divers acteurs et des initiatives spécifiques pour le développement rural. Par ailleurs, la Constitution de 2011 a consacré l'égalité réelle entre les sexes, prohibé toute forme de discrimination, et affirmé la primauté des conventions internationales sur le droit national. Ces réformes ont significativement contribué à l'amélioration de la condition des femmes, tant sur le plan législatif que dans la vie quotidienne, leur ouvrant ainsi l'accès à divers domaines de la vie publique.

Les associatives en action
Dans cette dynamique de transformation pour les femmes rurales, les associations marocaines jouent un rôle essentiel en offrant des formations et un accompagnement. Saadia El Bahi, Directrice du Centre ANNAJDA pour les femmes victimes de violence, met en avant l'importance de cet engagement, qui s'étend également aux femmes victimes du séisme d'Al Haouz.
"À l'Union de l'Action Féminine d'Agadir, nous accueillons principalement des femmes victimes de violence et en situation précaire, on leur offre écoute, soutien juridique et psychologique. Les femmes qui se présentent à notre centre bénéficient de formations pour favoriser leur autonomisation et leur indépendance économique", assure-t-elle. Et d'ajouter : "Nous travaillons à créer des cellules d'écoute dans les zones rurales en collaboration avec des associations locales, afin d'aider les femmes victimes de violence en les exonérant des frais de transport et en les orientant correctement. Le tremblement de terre a également amplifié les difficultés dans certaines régions, notamment psychologiques, nous avons donc concentré notre aide sur le douar Ikhran Tounikht. Malgré nos efforts, la situation reste critique pour les femmes, les filles et les enfants".

3 questions à Hamza Cherif Douezzan « Il est essentiel d'intégrer les femmes rurales dans les circuits commerciaux »
* Comment travaillez-vous avec les femmes rurales pour les aider à s'intégrer et quelles opportunités leur offrez-vous pour améliorer leur quotidien ?

La coopérative nationale Anou offre aux femmes rurales des opportunités concrètes d'autonomie économique. Au sein de la coopérative, ces femmes peuvent vendre leurs produits artisanaux en ligne sans avoir recours à des intermédiaires, ce qui leur permet de conserver l'intégralité du prix de vente. Grâce à ce modèle, elles augmentent considérablement leurs revenus, améliorent leur qualité de vie et elles arrivent même à développer à leur tour des solutions pour développer leurs communautés locales.

* Comment intégrez-vous des approches innovantes pour répondre aux besoins uniques des femmes ?

La coopérative Anou a développé un modèle unique qui répond aux limites des modèles précédents comme le modèle du commerce équitable. Dans ce modèle, une organisation se charge de la commercialisation et garde 80% du prix final. Dans le modèle Anou, et à travers de la technologie simplifiée et adaptée, les artisans arrivent non seulement à vendre en ligne, mais ils gèrent également la plateforme eux-mêmes, ce qui leur permet de garder 100% de la valeur ajoutée créée par l'artisanat. De plus, la coopérative a entamé l'intégration de la chaîne de valeur : en amont, avec le lancement de la 1ère usine de laine en Afrique avec empreinte carbone négative nommée Atlas Wool Supply Co, et en aval avec le lancement de stores physiques dans les villes touristiques. Cela permet à ces femmes rurales de diversifier leurs revenus et de développer des facteurs clés de succès pour rester compétitives sur le marché.

* Que peuvent faire les autres acteurs de la société pour mieux soutenir les femmes rurales et leurs initiatives ?

Pour véritablement soutenir les femmes rurales et les artisans, il est essentiel de les considérer comme de véritables acteurs économiques plutôt que comme de simples bénéficiaires d'aide. Il faut acheter leurs produits et services, les intégrer dans les circuits existants et les percevoir comme des partenaires commerciaux. Il faut aussi dire que les initiatives gouvernementales, comme la généralisation de la sécurité sociale, peinent à être mises en œuvre efficacement, poussant le marché vers l'informel. Par exemple, les cotisations imposées par la CNSS fragilisent les artisans et compromettent les efforts de formalisation du secteur.


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