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« En finir avec les interdits dans l'éducation »
Publié dans Le Soir Echos le 17 - 01 - 2012

Noureddine Ayouche, président de la Fondation Zakoura pour l'éducation, dresse une liste d'attentes et de souhaits qui permettraient de refonder un système éducatif agonisant depuis des lustres. Interview.
En tant que président de l'association Zakoura pour l'éducation, qu'attendez-vous du nouveau ministre de l'Education nationale ? Quelles devraient être, selon vous, les priorités de Mohamed El Ouafa ?
El Ouafa doit recevoir le plus tôt possible les acteurs sociaux, les syndicats, ONG et militants dans le secteur de l'éducation. Il devra aussi œuvrer à généraliser l'éducation non formelle afin de permettre à tous les enfants, quels qu'ils soient, d'étudier dans les zones où il n'y a pas d'écoles, ou bien, là où il n'y a pas de facilités de transport. Le nouveau ministre de l'Education doit s'attaquer aux dossiers de base dans l'éducation. Les enseignants sont de moins en moins motivés et sont insuffisamment formés. Il faut leur accorder de la valeur, du temps, de l'importance et du respect. Si on ne forme pas bien un enseignant, l'élève est à son tour mal formé.
« Les enfants se sentent abandonnés et abandonnent à leur tour cette voie qui devient pour eux plus agaçante qu'instructive. »
Quels sont les systèmes éducatifs archaïques avec lesquels il faudrait rompre ?
Les syndicats ont pris le pouvoir et il n'y a plus de vraie éducation au Maroc, du fait de l'anarchie totale qui règne mais aussi à cause de la nonchalance des enseignants. Les enfants se sentent donc abandonnés et abandonnent à leur tour cette voie qui devient pour eux plus agaçante qu'instructive. Mondialement, nous sommes très mal notés. Jamais quelqu'un n'a eu le courage et l'intelligence de gérer l'éducation comme une entreprise. Il faut du management pour réussir tout projet de société. C'est cela qui nous manque. Et donc, les structures actuelles doivent toutes être cassées.
Y a-t-il des matières qu'il faut intégrer, supprimer ou revoir dans les programmes scolaires ?
Malheureusement, toutes les matières sont mal enseignées. Même l'arabe, qui est une langue maternelle pour la majorité, est mal enseignée et par la suite mal parlée. Ceci dit, il n'y a pas de matières meilleures que d'autres. Toutes se valent. Reste à savoir les expliquer intelligemment, les faire aimer aux étudiants, les rendre utiles et agréables. Il faut donner aux étudiants la possibilité de raisonner par eux-mêmes et de se former leurs propres opinions sur n'importe quel sujet.
Qu'en est-il de la philosophie et de l'éducation sexuelle et religieuse ?
Ce sont des matières obligatoires. Si l'éducation nationale ne leur consacre pas un module spécifique dans les programmes scolaires, les étudiants risquent de ne pas acquérir toute la pensée moderne qui est nécessaire au développement de leur culture générale. L'épanouissement de l'intellect passe aussi par ces matières-ci.Dans l'éducation religieuse par exemple, la femme est encore mal représentée, mal vue. Ce type de position et de message ne doit pas avoir lieu dans une société moderne comme le Maroc.Aussi, pour ce qui est de l'éducation sexuelle, les étudiants doivent apprendre et découvrir, au sein du système éducatif, leur corps et ses mystères. Si on ne leur véhicule que des messages d'interdits, les enfants ne grandissent pas épanouis et risquent d'apprendre la sexualité dans des circonstances factices et erronées. L'amour, en général, est un sujet prioritaire dans un système éducatif qui se respecte.
Qu'en est-il des heures supplémentaires ou de soutien ?
Je n'y crois pas trop. Elles apprennent aux étudiants la fainéantise. C'est parfois une bonne chose, mais il vaut mieux ne pas entrer dans ce cercle vicieux.
« Si on ne leur véhicule que des messages d'interdits, les enfants ne grandissent pas épanouis et risquent d'apprendre la sexualité dans des circonstances factices et erronées. »
Faut-il unifier les langues dans l'enseignement ?
L'ouverture sur les langues est indispensable mais certaines matières doivent être enseignées du début jusqu'à la fin du cursus par la même langue.
Le Conseil supérieur de l'enseignement n'est plus depuis la mort d'Abdelaziz Meziane Belfkih. Pourquoi ?
Il faut tout simplement que le roi nomme un nouveau président délégué à la tête de ce conseil qui dort en ce moment…
Comment éviter l'échec scolaire ?
Quand il y a de la volonté, des études intelligentes, un cadre de travail propice, des enseignants de qualité, là on peut parler de la réussite de tout un système éducatif. Il ne faut pas faire des étudiants des robots qui auront tous la même conception des choses. Il faut savoir créer la multitude de la pensée. L'échec scolaire est le fruit de la pensée unique et d'une éducation nationale non engagée mais surtout archaïque.


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