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«L'agrégation basée sur les financements à court terme suscite plus d'intérêts»Mustapha Ben El Ahmar : Directeur général de Tamwil El Fellah
Publié dans Les ECO le 10 - 05 - 2010

Les Echos quotidien : Tamwil El Fellah (TEF) a été autorisé à cibler les projets du Pilier I, alors qu'au début, il devait financer les petits et moyens agriculteurs. Comment expliquer ce revirement stratégique ?
Mustapha Ben El Ahmar : En avril 2009, le Groupe Crédit Agricole du Maroc (CAM) a créé en partenariat avec l'Etat une société de financement pour le développement agricole dénommée Tamwil El Fellah, pour accompagner les agriculteurs bénéficiaires de projets du pilier Solidaire du plan Maroc Vert (Pilier II) et exclus du financement bancaire classique. A l'occasion des Assises de l'Agriculture, nous avons signé une convention avec l'Etat qui élargit le champ d'intervention de TEF aux agrégés du Pilier I. Pourquoi ? Théoriquement, c'est l'agrégateur qui est censé apporter le financement aux agrégés. Dans la réalité, l'opération est beaucoup plus complexe. Demander à un investisseur d'implanter des arbres sur un foncier qui ne lui appartient pas, à long terme, n'est pas une mince affaire. Mais si l'on est sur le court terme, les investisseurs jouent le jeu. D'où l'intérêt de financer les agrégés du Pilier I par TEF (par exemple l'octroi de crédits de fonctionnement liés au financement de la compagne agricole).
Sur le terrain, comment est présentée l'offre de Tamwil El Fellah ?
Prenons l'exemple du projet «Sahla», qui s'étale sur 3400 ha (superficie bour). L'Etat y a injecté 500 millions de DH, pour les besoins de l'infrastructure hydro-agricole. Mais le côté valorisation reste à la charge du producteur (arboriculture, élevage laitier, maraîchage...). Tous ces volets sont finançables par la société Tamwil El Fellah, aussi bien au niveau de l'investissement que les frais de fonctionnement y afférent (les crédits sont plafonnés à 100.000 Dirhams par exploitation, dont 80.000 DH pour les crédits d'investissement et 20.000 DH pour les crédits de fonctionnement). La quotité de financement peut atteindre 100% des coûts, en tenant compte des subventions et primes octroyées par l'Etat. Quant à la durée du crédit, elle peut aller jusqu'à 12 ans avec un différé d'amortissement de 5 ans au maximum et ce, en fonction de la nature de l'activité financée et des capacités financières du client.
Quels sons les garanties que vous prenez en considération ?
Elles dépendent du statut juridique de la terre. Le titre foncier, lorsqu'il n'existe pas, n'étant plus une obligation pour déposer la demande de financement. Pour le moment, on a signé sept conventions qui portent sur l'accompagnement des programmes du Millenium challenge account (MCA), notamment ceux relatifs à l'arboriculture (200.000 ha). Les autres projets couverts par TEM ont plutôt un caractère local.
Le Crédit agricole du Maroc finançait déjà les opérateurs du secteur agricole. Pourquoi avoir créé TEF ?
Aujourd'hui, sur 1,5 million ha d'exploitations agricoles qui existent au Maroc, il y a 15% qui répondent aux normes de financement classique (immatriculés, d'une certaine taille...). Ceux-là sont déjà servis par le Crédit agricole. Mais aussi par les autres structures qui composent le système bancaire national. Du coup, 85% des petites et moyennes exploitations qui sont écartées, dont 40% qui possèdent des exploitations, mais dont l'agriculture n'est pas la principale source de revenus. Pour ces derniers, nous avons créé la Fondation Ardi, qui a couvre aujourd'hui 100.000 petits et moyens agriculteurs. Le reste, près de 45% qui ne peuvent être satisfait par la micro-finance, est visé par TEF.
Depuis le lancement du plan Maroc Vert, la problématique du financement était toujours une affaire d'annonces et judicieusement évitée par les officiels. Qu'en pensez-vous ?
Je pense qu'il y a un niveau de maturité dans les schémas d'agrégation. L'agrégation de base qui peut être limitée à des financements à court terme suscitera plus d'intérêts. Avant, agrégateur et agrégé ne travaillaient pas ensemble. Aujourd'hui, il y a un nouvel environnement. Le temps que la confiance s'installe entre les agrégateurs et les agrégés, les financements à long terme suivront, progressivement.
Quel est votre business plan pour les années à venir ?
A l'horizon 2015, un budget de 5 milliards de DH est prévu, visant 100.000 agriculteurs, à travers un réseau de 150 agences. Aujourd'hui, nous en avons 6 qui sont déjà opérationnelles (Taounate, Sefrou, Sidi Kacem, Ksar Lakbir, Fkih Bensaleh et Ifrane). Nous avons déjà accordé nos premiers crédits en adossement au programme MCA, en particulier dans la région Tanger-Tétouan et la région Tadla Azilal.
Les agriculteurs se plaignent souvent de la longueur des procédures pour le déblocage des crédits (jusqu'à six mois dans certains cas !). Que proposez-vous à vos clients ?
Nous avons simplifié au maximum nos procédures. Il faudra ainsi que l'exploitation agricole soit couverte par le plan Maroc Vert (des listes fournies par le ministère de l'Agriculture). Après, le client doit juste fournir une pièce d'identité et une autre attestant son statut d'agriculteur, sans oublier le statut du foncier. Nous a avons développé un système d'information des plus performants. L'élément humain n'intervient presque pas dans le traitement des dossiers. Le crédit peut être débloqué dans la journée.
Combien de projets ciblez-vous en 2010 ?
Nous avons dans le pipe une centaine de projets, qui relèvent des Piliers I et II. TEF ne peut pas financer des projets en dehors de ceux du plan Maroc Vert, aussi bien les projets du Pilier I que du Pilier II (au niveau des agrégés qui ont des difficultés de financement).


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