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«L'intégration industrielle marocaine est la grande gagnante du projet NOOR»
Publié dans Les ECO le 23 - 02 - 2017

Borja Zarraga, directeur de développement des Affaires Power, Oil & Gas au sein du groupe SENER
Le groupe espagnol d'ingénierie SENER, constructeur de la centrale solaire NOOR avec son partenaire ACWA Power, affiche ses ambitions au Maroc, base depuis laquelle il ambitionne d'aller à la conquête du continent africain.
Les Inspirations ECO: Cela fait un an que le démarrage officiel de Noor I a eu lieu. Quel bilan faites-vous de cette première année ?
Borja Zarraga: Noor I a commencé à tourner à plein régime à partir de février 2016, après une série de tests réalisés entre décembre et janvier. Le projet dépasse amplement nos prévisions de production. De fait, dans une centrale solaire, il est courant de procéder à des ajustements durant les deux premières années suivant la mise en service de la centrale. D'habitude, les prévisions de production tournent autour de 80% pour la première année et entre 85 et 90% durant la deuxième année. En ce qui concerne la centrale de Noor I, nous frôlons 100% de production et ce, une année seulement après son démarrage. Et vu qu'il s'agit d'un mégaprojet, cette performance est un vrai succès.
En quoi la centrale Noor, à travers ses trois déclinaisons, est-elle un projet novateur sur le plan technique ?
Noor I est un projet intéressant car c'est le premier en marche en Afrique. Il est formé de 240 km de nos capteurs patentés, d'une puissance de 160 MW et offre une capacité de stockage thermique de 3 heures. Quant à NOOR II, c'est une version plus grande vu qu'elle recense 272 km de capteurs, et permet une capacité de stockage thermique de 6h, grâce à la technique des sels fondus. Quant à sa puissance, elle est de 200MW. Noor I et II utilisent des capteurs cylindro-paraboliques SENERTrough-2, une technologie patentée par nos soins. En ce qui concerne NOOR III, le site est doté de la dernière technologie en matière d'énergie solaire, à savoir la centrale à tour, vers laquelle sont dirigés les rayons du soleil via des héliostats. La tour, de 250 m de hauteur, est d'une puissance de 150 MW. Techniquement, Noor III est à la pointe technologique, côté projets thermo-solaires dans le monde. De ce fait, il faut relever que le schéma mis en place par l'Agence marocaine de l'énergie solaire (MASEN) pour la centrale de Ouarzazate est une démarche intelligente. Grâce au processus technologique et d'industrialisation locale, nous allons pouvoir offrir une énergie encore plus compétitive au fur et à mesure que la centrale prendra forme sous ses trois déclinaisons. Et le prix du kilowattheure baissera selon la phase du projet.
Si Noor III est plus rentable et technologiquement plus développé, pourquoi ne pas l'avoir lancé dès la première phase du projet ?
La décision de MASEN de lancer le projet en le déclinant en trois phases et en ayant recours à une technologie abordable, financièrement parlant, pour aller vers une technologie plus complexe est bonne. C'est une évolution naturelle, et le futur du secteur réside dans les centrales à tour. D'ailleurs, le futur site, Noor Midelt, concernant lequel nous sommes pré-qualifiés, est une centrale à tour qui fait appel à la même technologie que celle mise en place à NOOR III. De fait, la tour représente une évolution technologique avancée et le seul projet du genre opérationnel est actuellement détenu par SENER à travers la centrale Gemasolar à Séville. C'est la petite sœur de NOOR III, laquelle est 7 fois plus grande que la centrale sévillane. Toutefois, cette centrale est opérationnelle depuis 6 ans déjà, et produit de l'énergie durant toute la nuit. Dans le cas de NOOR III, MASEN nous a demandé une production nocturne de seulement 7h50.
Quels sont les avantages de l'énergie solaire sur la population, outre le volet environnemental ?
Certes, le consommateur final ne relèvera pas cet apport dans ses factures de consommation d'électricité, mais ce choix est bénéfique pour le pays à long terme. Il est vrai que la technologie solaire est coûteuse et les tarifs de l'électricité ne sont pas compétitifs pour le moment, en comparaison avec les combustibles fossiles. Mais à long terme, ce choix se révèle judicieux. D'abord sur le plan technologique. En effet, la technologie thermo-solaire offre un retour sur investissement très important pour les pays qui misent sur ce secteur. Le contrat de NOOR I stipulait que 30% du sourcing doit se faire localement. Ce pourcentage s'élève à 35% dans le cas des centrales Noor II et III. Cette condition a poussé nos fournisseurs et sous-traitants à créer et fortifier le tissu industriel marocain. Il s'agit d'une décision pertinente de la part de MASEN. Dans d'autres pays, les autorités locales ne cherchent qu'à baisser les coûts et opte pour le moins offrant, sans se soucier des retombées sur le tissu industriel local. Les autorités marocaines ont, elles, mis l'accent sur le développement de l'industrie locale et un transfert du savoir-faire technologique. Dans 5 ans, à la fin des projets Noor I, II et III et Noor Midelt, le royaume aura contribué à la mis en place d'un fort tissu industriel grâce à cette décision. À titre d'exemple, le récepteur de la tour centrale de NOOR III, considéré comme la pièce la plus sensible du site, est fabriqué au Maroc, grâce à la formation que nous avons dispensée aux techniciens marocains sur place.
Les entreprises espagnoles se plaignent de l'hégémonie française au Maroc. Partagez-vous cette réflexion ?
Dans le cas des appels d'offres de la centrale NOOR, le processus était clair et transparent. Nous n'avons fait face à aucune résistance ou entrave pour être une entreprise espagnole, bien au contraire, nous avons été bien traités. Dans une certaine mesure, les entreprises françaises jouissent d'une forte présence ici et ont laissé une empreinte au Maroc, il faut l'admettre. Seulement, nous espérons qu'avec notre savoir-faire et la réussite de nos projets, nous arriverons à mieux nous positionner.
Quels sont vos autres projets au Maroc ?
SENER n'est pas seulement venu pour construire Noor I, II ou III. Le Maroc est un pays en lequel nous croyons fortement, et nous voulons être «Marocains» au Maroc. Nous espérons développer davantage de projets sous les latitudes marocaines. De ce fait, nous espérons pouvoir participer aux futurs projets NOOR ainsi qu'au futur projet gazier de Jorf Lasfar. Mais il n'y pas que les mégaprojets qui nous interpellent. Nous portons notre intérêt sur tous les projets, quelle que soit leur taille, car nous estimons que la richesse se crée à partir de l'intégration industrielle. De même, nous nourrissons l'ambition de nous rapprocher de l'Afrique à travers le Maroc, mais aussi l'Afrique du Sud. Ces deux pays ont des histoires liées aux énergies renouvelables à travers les projets «Gaz to Power» et de décarbonisation, et nous sommes présents, dans les deux pays, via des projets d'énergie solaire de renommée internationale. À travers ces deux régions, nous voulons nos rapprocher du continent africain.
Les ambitions de SENER au Maroc
Le groupe espagnol a mis en place un bureau régional à Casablanca pour mieux asseoir son implantation dans le marché marocain. Outre l'énergie solaire et le gaz, l'entreprise espagnole veut proposer son savoir-faire dans les autres secteurs où elle excelle. À cet égard, le groupe prépare un catalogue de services qu'il soumettra aux autorités marocaines dans le but de décrocher de nouveaux contrats. Outre l'énergie renouvelable, ce groupe espagnol d'ingénierie et de construction opère dans les infrastructures de transport, le secteur naval, l'aérospatial, les énergies propres, etc.
Une empreinte sociale
Du business mais aussi du social. À travers la SENER Foundation, le groupe espagnol entend laisser une empreinte sociale auprès de la population locale où ses équipes interviennent. Le département de communication insiste sur l'esprit volontaire du personnel du groupe qui s'implique naturellement auprès de la population locale, que ce soit pour la construction d'un terrain de football ou la collecte d'aliments (pour la banque alimentaire) ou de matériels scolaires. «Nous croyons que nos activités doivent laisser une empreinte, au-delà des projets que nous construisons. Notre fondation a pour objectif la pérennité de notre apport dans les pays où nous intervenons», estime Borja Zarraga.


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