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Affirmez-vous pour en finir avec les conflits latents
Publié dans La Vie éco le 01 - 12 - 2006


L'affirmation
de soi n'est pas être agressif. C'est se respecter en s'exprimant
directement,
tout en ayant de la considération pour autrui.
Les qualités de communicant
sont à la base de cette attitude.
Cette compétence peut s'acquérir.
Testez votre degré de confiance en vous.
Une entreprise, c'est d'abord une idée, des moyens financiers pour la mettre en œuvre et un marché. Mais ce n'est pas tout : pour réaliser des performances, il faut aussi des compétences qui vont dans le même sens. Combien de fois a-t-on vu un projet avorter en raison d'une mésentente entre ses initiateurs, ou un conflit interne dû à des problèmes d'ego mettre en péril l'avenir d'une entreprise ?
«Assertivité», l'expression libre de toutes les émotions hormis l'anxiété
Cela ne signifie évidemment pas que l'entreprise doit avoir des allures de temple bouddhiste où règne un calme olympien. On peut même aller jusqu'à dire que les dissonances sont de temps en temps nécessaires car elles permettent de recadrer la manière de faire. Mais pour que cette entreprise fonctionne correctement, la règle est que ses différentes composantes arrivent à développer des qualités humaines leur permettant de se transcender pour éviter les conflits. C'est ce besoin de savoir-être qui constitue aujourd'hui le ferment des formations portant sur le développement personnel, qui séduisent de plus en plus de managers.
Parmi les concepts qui gagnent du terrain, celui de l'«assertivité» qui n'est rien d'autre qu'une attitude reflétant la capacité à s'affirmer tout en respectant autrui. Autrement dit, il s'agit de se respecter soi-même en s'exprimant directement, sans détour, mais avec considération. Cela conduit à diminuer le stress personnel et à ne pas en créer chez autrui.
Le concept, très lié à la notion de confiance en soi, vient du mot anglais «assertiveness». Il fut introduit par Andrew Saltier, psychologue new-yorkais, dans la première moitié du XXe siècle. Il a été défini plus récemment par Joseph Wolpe, psychiatre et professeur de médecine américain, comme «l'expression libre de toutes émotions vis-à-vis d'un tiers, à l'exception de l'anxiété».
A priori, cette attitude n'est pas toujours naturelle chez l'homme. Face à une situation délicate, il est plus enclin à éviter l'affrontement, à manipuler l'interlocuteur et à faire preuve d'agressivité. Ces trois postures sont sources de perte de temps et donc contreproductives. L'idéal est d'être, le plus possible, dans l'assertivité . Selon les spécialistes en la matière, une seule personne qui l'adopte permet d'enclencher une dynamique positive dans un groupe. Cette attitude est importante dans toutes les situations de la vie. Et pour se limiter au monde de l'entreprise, on peut dire qu'elle est essentielle aussi bien pour le management que pour le reste des salariés.
Tout acte ou mot blessant cache un non-dit
Cependant, la confiance en soi ne se décrète pas, mais se construit peu à peu, à l'intérieur de nous-même. Elle suppose avant tout des qualités de communicant. C'est même le socle. Il ne s'agit pas ici d'en savoir plus que l'autre, ce qui peut générer l'effet inverse de ce qui est recherché, mais de le considérer comme il est, en essayant de gérer ses réactions en fonction du contexte. Les psychologues ne disent-ils pas que tout acte ou mot blessant cache un non-dit, un besoin d'évoquer une crainte ou un inconfort. Selon Ahmed Bouanane, consultant formateur au cabinet Demos Maroc, «la compétence communicative est le premier accès pour évaluer le comportement en matière d'affirmation de soi».
Communiquer se conçoit en trois temps : écouter le message, le reformuler et assurer un retour constructif. Les deux premiers temps procèdent du respect de l'autre parce qu'on essaie de le comprendre et de l'aider à s'exprimer. En revanche, le troisième relève du respect de soi-même.
Sous prétexte de ménager l'autre, on se réfugie dans les «inchallah», etc.
Tenir compte de l'autre, écouter ses plaintes et comprendre ses désirs ne signifie pas agir contre son propre intérêt. En somme, dans l'impossibilité de répondre à une demande, on doit être capable de dire non, mais sans rupture dans le dialogue. Souvent, sous prétexte de ménager son interlocuteur ou parce que l'on redoute sa réaction, beaucoup sont tentés de se réfugier derrière des promesses sans lendemain. C'est le cas dans notre environnement culturel où les réponses comme «inchallah», «je vais le faire»… cachent, au fond, un refus non exprimé ouvertement. Cette attitude est tout à fait contraire à ce que l'on observe dans les pays anglo-saxons où le non est plus facilement acceptable. Il n'en demeure pas moins que, comme la délégation ou la gestion d'équipe, la culture du non est un apprentissage.
Dire non, après avoir bien décodé un message, n'est rien d'autre que s'affirmer. La démarche reste toutefois incomplète s'il n'y a pas d'explications. Cela consiste à souligner d'emblée que l'on a bien intériorisé la demande et qu'on y est sensible. Ce n'est qu'ensuite qu'il convient d'expliquer, sans détour, le pourquoi du refus.
L'assertivité, c'est préférer aux conflits latents une logique d'échange
L'autre facette de l'affirmation de soi, c'est que l'individu n'est pas seulement récepteur, il est aussi émetteur, il est aussi amené à s'extérioriser : dire ce qu'il pense quand la situation l'impose. Garder des griefs à l'égard de quelqu'un ne fait que pourrir une ambiance. Ahmed Al Motamassik l'explique ainsi : «Un conflit ouvert est préférable à un conflit latent. Quand les gens s'expriment, on a toujours les moyens d'intervenir ou de solliciter des conciliateurs internes. En revanche, un conflit latent se traduit quelquefois par le ralentissement du travail, le manque d'attention, des attitudes défensives à savoir l'agressivité, une mauvaise transmission des informations». Il précise en outre que «les dysfonctionnements ne sont pas seulement liés au process, ils sont le fait des hommes, des relations et des conflits subjectifs». Faire dans l'assertivité, c'est en quelque sorte avoir la capacité d'éviter les conflits latents pour entrer dans une logique d'échange. Ce qui fait dire à M. Bouanane que «la confiance en soi est la faculté de s'ouvrir sur les autres. Elle permet de développer une grammaire relationnelle dont les principes essentiels sont l'acceptation, le partage, l'interdépendance et la solidarité»
Avantages
Ce qu'apporte l'«assertivité»
Si l'on conçoit que la bonne attitude est contagieuse, l'assertivité entraîne de profonds changements tant sur le plan professionnel que personnel.
Sur le plan professionnel
– Au niveau managérial, elle permet aux cadres de mieux s'occuper de leurs équipes, qui seront par ailleurs plus motivées. Les échanges seront plus fructueux et il y aura moins de déperdition dans la mise en œuvre des décisions.
Les entretiens individuels ne seront plus des moments de règlements de comptes ou de revendication, mais de dialogue et de mise en place d'un plan de progrès.
La qualité des échanges s'améliore dans l'entreprise. D'où la réduction des conflits.
En ce qui concerne les réunions, chacun trouvera son mot à dire et sera sûr d'être entendu.
Impact personnel
Les rapports avec son entourage (famille, amis et autres) deviennent plus clairs. A partir de là, la compréhension s'installe, ce qui facilite la construction de relations harmonieuses.


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