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Des médias du pouvoir au pouvoir des médias Contraintes du changement et exigences du public : cas des médias marocains
Publié dans Lakome le 22 - 08 - 2011

Les moyens d'information sont un outil dangereux et déterminant entre les mains des régimes politiques et des grands groupes médias. Dans de nombreux pays, notamment arabes, souvent, la stabilité politique, économique ou sociale, n'est que virtuelle, n'existant que dans les médias. Ces derniers se sont ingéniés pendant longtemps à organiser le black-out, à diffuser les sentiments de calme et de satisfaction publique, de cohésion entre citoyens et appareils de l'Etat ; alors que les tempêtes politiques et les secousses démocratiques – ébranlaient de multiples régions du monde –engendrant des faits nouveaux. Cette situation ne dura pas et progressivement on peut dire que les médias ont joué le rôle du sauveur et du libérateur. Par leurs capacités et leur force de frappe, ils ont contribué largement à désenclaver des peuples broyés par la machine de la séquestration, de la répression et de l'exclusion des centres de décision et de participation politique et institutionnelle. Au Maroc, la relative accumulation au niveau du pluralisme politique et médiatique, reflète une situation plus courageuse comparativement aux autres pays arabes. Les médias officiels, ont ouvert quelques brèches dans des périodes historiques précises. Mais, la modernisation politique et économique qui s'effectue actuellement possède un rythme dépassant celui de la modernisation des médias. On peut parler actuellement de pluralisme, de démocratie, de réconciliation avec le passé, de tolérance et d'audace politique. Autrement dit, on peut parler de tout ce qui a un rapport avec la pratique démocratique. Il en est de même au niveau économique. Ainsi, nous sommes face à une culture et à des valeurs nouvelles. Nous sommes également confrontés à des approches et à des mécanismes d'analyse et de conception dépassant nos données réelles et concrètes. Mais nos médias publics – TV et radios gardent leur langue de bois et ne se sont pas ouverts aux changements. Parfois, on trouve un espace relatif pour aborder des questions sensibles liées aux préoccupations des citoyens. D'autres fois, des barrières et des régressions incompréhensibles se dressent. Les acquis technologiques sont des atouts extraordinaires mais l'outil technologique seul n'est capable de rendre le média une force de frappe pour le changement et la modernisation. Car, ce qui est important et essentiel, c'est que la mentalité qui contrôle – financièrement et administrativement – n'est pas encore disposée à rompre avec les pratiques anciennes .Or Sans lien entre efficacité, rendement humain et rendement technologique, il est difficile de présenter un produit médiatique public de qualité, capable de convaincre et de résister, face à la concurrence internationale. En outre, il ne faut pas confondre la gestion financière-administrative avec la gestion médiatique : elles doivent être autonomes, chacune ayant son identité, son entité dans le travail, l'innovation et la création. Revenons un peu en arrière. Plus précisément au premier colloque national de l'information et de la communication de 1993 qui eut lieu à Rabat. Cette rencontre fut pleine d'ambitions et de rêves, suite aux discours prometteurs, qui ont enflammé les volontés des journalistes. Ses recommandations suscitèrent de grands espoirs chez tous les participants. Mais, après plusieurs années, elles ne furent pas appliquées. Aujourd'hui, après l'émergence de nouvelles données, il n'est plus logique que les médias officiels restent otages d'une vision sécuritaire étroite, suspicieuse vis-à-vis des autres opinions de la société. Le souci sécuritaire ne peut prémunir la société et assurer sa stabilité. Les médias publics sont appelés à se révolter contre eux-mêmes. Ils doivent répudier l'attitude et la stratégie de la dissimulation et du black-out, ils doivent se mettre au diapason de leur environnement national, régional et international. La caméra dénonce ce que les régimes veulent dissimuler. Les exigences du public imposent aux médias de refléter la vérité, d'observer la réalité, de présenter les faits tels qu'ils sont, en assurant le droit d'accès à l'information. En outre, cette révolution des pratiques médiatiques à l'échelle internationale, nous pousse à réhabiliter le contenu et la forme, à chercher de nouvelles méthodes de gestion, en vue de mobiliser les conditions de la société de l'information et du savoir technologique, faisant en sorte que la voie devienne libre devant l'économie de l'information, surtout avec la mondialisation. On est interpellé à multiplier notre effort de réflexion pour trouver la manière de rendre compte du paysage social, où s'entrecroisent les expressions de la pauvreté, de l'analphabétisme, du désespoir, de la non appartenance et de l'absence de confiance. On ne peut changer cette situation que s'il y a conjonction d'efforts pour élaborer une stratégie de changement médiatique, plus conforme au changement démocratique auquel aspire le Maroc. Ce chantier, nécessite l'engagement des médias publics – la télévision principalement – dans la vie quotidienne dans tous ses détails. Pour que cette revendication aboutisse, il est indispensable d'ouvrir la voie à la liberté de création et d'expression, de préparer les émissions documentaires pour archiver la mémoire nationale, politiquement, culturellement, économiquement et socialement, sans exclusion. Il faut également se pencher sur l'analyse et l'explication des événements nationaux, en toute objectivité et professionnalisme, à travers des émissions de débats. Le principe pluraliste doit être aussi mis en œuvre de façon concrète. Autre observation, le citoyen marocain vit actuellement au rythme d'une étape politique nouvelle, qui pourrait enclencher des initiatives destinées à améliorer le service médiatique et le moderniser suivant les exigences locales et les changements internationaux. Il est inadmissible de parler de chaînes satellitaires marocaines, étant donné que les produits présentés n'ont rien à voir avec le niveau standard des chaînes paraboliques professionnelles. Il faut établir une véritable communication avec l'opinion publique nationale, lui traçant un horizon prometteur en termes de performance, de qualité et d'objectivité. Le discours sur la révolution technologique, la modernité informationnelle, la pluralité et la diversité, ne doit pas rester une source d'autosatisfaction, réservé aux colloques et aux salons. Il serait vain de débattre de ces concepts dans une situation sociale marquée par un taux d'analphabétisme atteignant dans de nombreux pays arabes – dont le Maroc – plus de 60%. Il est impératif de donner à la langue arabe et amazighe, au Maghreb, l'importance qu'elles méritent, au lieu de les dévoyer et les marginaliser. Cela est manifeste dans de nombreuses émissions de nos télévisions, notamment économiques, comme si ses langues étaient stériles et mineures. Personne ne se trouve hors des médias, et personne n'est à quelque distance d'eux. Tout un chacun en fait partie, car les médias ne sont pas un outil neutre et étranger à la personne et au groupe. Ils associent dangereusement les valeurs, les intérêts, les idéaux et l'idéologie. Rien ne garantit – surtout en ce moment d'avancée technologique et économique – que les idéaux d'antan seront intégrés dans le système médiatique de demain. Car, les médias sont originellement une expérience anthropologique majeure. Communiquer, signifie établir une relation d'échange avec l'autre. Il n'y a pas de vie individuelle ou collective sans communication. Sur la base de la Déclaration universelle de droits de l'homme, de la Convention internationale relative aux doits civiques et politiques – garantissant le droit d'expression et d'information – ainsi que des multiples promesses des autorités marocaines de réformer le secteur des médias, et pour consacrer le droit du citoyen à bénéficier de média public transparent, ouvert et pluriel, les organisations syndicales professionnelles – y compris le SNMP – ainsi que des associations de la société civile, des écrivains, des défenseurs de droits de l'homme, et des activistes féminins, avaient déjà pris l'initiative d'élaborer un projet de mémorandum sur la démocratisation des médias publics. Ces activistes ont exprimé des positions claires et franches au sujet de la persistance du monopole de l'Etat sur les médias publics. Ils ont également souligné la prédominance d'une orientation verticale, hiérarchique, autoritaire, archaïque, figée, inhibant toute initiative et ne permettant l'ouverture que de manière soigneusement étudiée et orientée. La revendication visant au niveau du secteur public à se débarrasser des médias du pouvoir pour instituer le pouvoir des médias, , dépend de la conviction de l'Etat (financier et décideur des médias publics) des fonctions et rôles majeurs que peuvent exercer les médias ( satisfaire les besoins collectifs, exposer toutes les questions, politiques, culturelles, économiques et sociales, et diffuser la culture et les valeurs de service public …) Si la vision officielle de la télévision publique est fondée sur son rôle dans la stabilisation de l'unité nationale et des piliers de l'Etat, suivant une approche encore prisonnière des séquelles des années de plomb, nos télévisions ne peuvent réussir à s'approcher du seuil des TV nationales publiques françaises et britanniques par exemple. Malgré les espoirs suscités par le gouvernement d'alternance politique – mené par le socialiste Abderrahman El Youssoufi – d'opérer un saut qualitatif dans la législation pour moderniser les médias publics et les libérer des mentalités de suspicion, de contrôle et de peur, et malgré les efforts du technocrate Driss Jettou, au niveau législatif et structurel, la réalité reste déprimante pour toutes les compétences qui s'attendaient à un saut qualitatif du secteur. Le système politique marocain, n'a pas pu dépasser la mentalité avec laquelle il perçoit les médias : un simple porte-voix de ses programmes et ses plans. La loi relative à
la restructuration du champ audiovisuel au Maroc, considérée comme une base fondamentale pour approfondir le processus démocratique du pays, consacrant le rôle des médias dans l'édification démocratique, abrogeant le monopole de l'Etat sur l'audiovisuel (autorisation de création de stations audiovisuelles privées), a suscité de réels espoirs et a été appréciée par de nombreuses parties, qui ont cru à la voie de la concurrence et aux critères de qualité, de compétence et de mécanismes de marché. Les médias, quelque soit la nature de la société, sont un pouvoir ou un moyen de récupération, de mobilisation, et de domination. La focalisation du régime sur les médias traduit la volonté du pouvoir les garder sous sa domination et les soumettre à ses orientations. Les médias audiovisuels publics ne manquent pas à cette règle. Ils sont au service du pouvoir qui les utilise, non comme outil d'information de l'opinion publique (événements nationaux et internationaux), mais comme moyen de centraliser son pouvoir dans les institutions. Lorsque l'Etat se présente avec ses cahiers de charges, les interdits deviennent nombreux, éclipsant le pluralisme et la diversité. L'Etat se considère comme le bailleur de fonds des télévisions, alors que le financement provient en fait de l'argent public. Souvent, il marginalise les événements sociaux ou les présente sans en désigner les causes et les portées – tels ceux de Sidi Ifni – ; comme il peut avoir un a priori contre un parti politique, ou déformer un événement politique. (…). Ainsi, il y a une grande régression. Chose normale, vu la prééminence du souci sécuritaire (…). Dans cette politique de domination des médias publics, les rôles sont distribués de manière coordonnée. Ainsi, ALOULA et 2M se relayent pour mieux couvrir les activités officielles (…). Sachant, que par le passé, 2M avait une plus grande marge d'indépendance et de crédibilité. Certes, les journalistes ne changeront pas le monde. Ils ne sont porteurs que d'idées. Ils essayent de déclencher un débat engagé et à haute voix, et de poser des questions. Mais, ils travaillent dans un champ miné – des lignes rouges implicites ou explicites – excluent la sensibilité médiatique et transforment l'institution médiatique en un corps sans âme. En outre, dans les médias publics officiels, on ne peut déterminer notre partenaire ou interlocuteur hiérarchique. Il y a des responsables qui font valoir leur humeur au détriment de critères professionnels. Ainsi, par exemple, on accueille un responsable sans qu'il ait accompli une action ; on ne couvre pas une grève d'une centrale syndicale ; on ne permet pas l'invitation d'un leader politique d'opposition… Ainsi, de nombreuses figures exprimant des tendances politiques, associatives, culturelles et religieuses sont privées de pouvoir bénéficier de la télévision publique. Ce sont là des pratiques qui entravent la transition démocratique. Si des pays en développement réalisent des progrès au niveau médiatique, le Maroc est entrain de régresser. Ni partis politiques, ni intellectuels, ni sociologues, ni politologues ne se préoccupent de cette régression injustifiée. Par contre, rien d'étonnant à la présence de groupes de pression au sein de l'Etat, intervenant directement ou indirectement dans la ligne éditoriale, selon leurs buts ; même s'il n'est pas correct de parler d'une ligne éditoriale claire et professionnelle. Un grand nombre de journalistes soulignent le besoin d'une nouvelle approche de gestion professionnelle, moderne et indépendante de ce champ, consacrant la charte journalistique, qui est en fin de compte une série de principes et de mécanismes régissant les relations entre le public et les médias, respectant ce public au lieu de le traiter en « troupeau » soumis. Il est à noter que lorsqu'il y a ambiguïté, le pouvoir saisit la marge de confusion pour diriger les médias selon ses désirs. De nombreux responsables au Maroc préfèrent cette situation qui leur permet de dominer la société. L'absence d'une opinion publique nationale organisée, consciente de ses droits et ses obligations, est un autre aspect de la problématique. (…) Elle a contribué, dans une large mesure, à la formation de nombreuses institutions paralysées, n'accomplissant pas leur mission. Je ne sais pas si les partis, les syndicats, les associations, les élites, …, en ont pris conscience. Il est temps de reconnaître qu'on a négligé la constitution d'une opinion nationale, active et dynamique. Il faut donc réhabiliter cette mission historique; car la réussite du projet démocratique et moderniste, de l'édification d'un Etat des institutions, de la culture du droit et du devoir, ne peut se faire sans une opinion publique nationale. Cette dernière est en fin de compte un rempart de sécurité à même de préserver les droits, les acquis, les institutions et les bases permanentes du pays. Si elle est organisée, consciente et responsable, l'opinion publique peut être une plate-forme principale d'un Etat de droit et des institutions. Les décideurs, politiques et sécuritaires, ne devant pas y voir un danger visant à déstabiliser le pays.
Journaliste et écrivain


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