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Fermeture des écoles coraniques: La fatwa de la discorde
Publié dans La Gazette du Maroc le 03 - 10 - 2008

Pour punir Maghraoui, l'auteur de la fameuse fatwa, les autorités ont fermé ses écoles coraniques. Dans la foulée, elles ont mis les scellés à une vingtaine d'autres écoles traditionnelles pas forcément salafistes.
Le minaret est tombé, pendez l'imam », proclame le dicton, Mohamed Maghraoui a émis une fatwa en ligne qui autorise le mariage des filles de neuf ans. Résultat, on vient de fermer l'école coranique où officie l'imam sulfureux. Ce dernier aurait dû se faire taper sur les doigts depuis belle lurette. Ce personnage douteux a ouvert des écoles coraniques dans plusieurs villes où des jeunes Marocains apprennent le Coran avant d'entamer des études religieuses approfondies, dans un premier temps à Nouakchott, puis à Riyad. Beaucoup de ses disciples sont partis en Afghanistan à l'époque des Talibans. Dar Al Coran siège de l'association de la prédication de Coran et la Sunna (Salafiyya Wahhabiyya), là où on enseigne le Coran à l'oriental (souvent selon la version de l'Imam Hafs -les marocains préférant le style de l'Imam Warch) et les préceptes du «Kitab Al Tawhid», Al-Ossoul At-talatah» et du fameux «Kach'f Ach-choubouhat» de Mohamed Abdelwahhab le père spirituel des wahhabites. Dirigée d'une main de fer par Mohamed Maghraoui, ce théologien qui a fait ses premières armes en Arabie Saoudite, l'association a fonctionné grâce aux subsides de l'Etat saoudien, depuis les années 80, des aides substantielles estimées à plus de 10 millions de dirhams. Le théologien revendique d'ailleurs plusieurs «maisons coraniques dans le pays qui dispensent un enseignement rétrograde». A l'époque, les Salafistes Wahhabites, à coup de pétro-dollars, avaient imposé une vision fanatique de l'Islam, littéraliste et pratiquement intolérant. Pour eux, tout innovateur risque l'enfer s'il ne se repent pas. Ce qui fait qu'en dehors de leur groupe idéologique , il ne reste plus grand monde à pouvoir prétendre avoir une place au paradis.
Mouvance soufie, ennemi des salafistes
Celui qui pratique la visite des mausolées est un mécréant, celui qui rend visite à la tombe du prophète est accusé de polythéisme, celui qui lit le coran en groupe et à voix haute est un innovateur, les soufis sont des hérétiques etc…
En même temps qu'elles ont puni Maghraoui, dans la foulée, avec force policiers et autres agents auxiliaires, les autorités ont mis les scellés à une vingtaine d'autres écoles traditionnelles. Le problème, c'est que les autorités n'ont pas fait dans la demi mesure, puisque trois écoles dépendant de l'université Cadi Ayad ont été fermées à Salé, alors que la mesure a touché également une dizaine d'autres écoles coraniques à Marrakech, Safi Oujda sans oublier des localités plus modestes comme Al Gara ou Ouled Taïma. A-t-on vraiment pris la peine de décortiquer le contenu de l'enseignement dispensé dans ces écoles ? Rien n'est moins sûr. La bêtise d'un Maghraoui n'est pourtant pas suffisante pour motiver une décision aussi tranchée. Les médersas traditionnelles ne sont pas toutes teintées d'intégrisme. Au contraire, la plupart des écoles coraniques sont le fait de personnages qui sont plutôt installés dans la mouvance soufie, ennemi juré des salafistes et autres wahhabites.
Pourquoi les autorités se sont-elles subitement focalisées sur ces écoles coraniques ? On parle de pressions américaines. Même si cette donnée reste difficile à prouver, ce qui est certain, c'est que les américains s'intéressent de très près au quotidien de ces écoles traditionnelles. Au début de l'été, quelques agents des services américains ont fait une tournée dans les écoles coraniques du sud. D'après des sources locales, les limiers de l'oncle Sam ont soumis les étudiants à une batterie de questions qui en dit long sur l'objectif de cette descente. Histoire d'en savoir plus sur les orientations idéologiques de ces futurs «talibans» ?
L'Oncle Sam semble avoir peur d'assister à un remake des médersas du Pakistan qui ont formé des armées de talibans durant les années 80. Même si tout le monde sait que ce sont les américains qui ont décidé d'user de l'Islam, pour empêcher les Russes d'envahir militairement l'Afghanistan à fin 1979. Ils avaient alors poussé à la création de medersas au Pakistan, dans les camps de réfugiés afghans. Ces écoles coraniques qui ont formé, grâce aux pétrodollars une race de combattants qu'on a dénommés les Talibans, illustres inconnus avant cette date. Les candidats talibans venaient de tous les pays arabes. Selon les documents que la presse américaine avait réussi à se procurer, sous couvert de jihad, les services secrets américains, en collaboration avec ceux de nombreux pays arabes, avaient recruté entre 1982 et 1992 plus de 35 000 islamistes purs et durs dans 40 pays différents. Le Maroc se taillait la part du lion dans ce contingent bien spécial. Ils étaient, selon les services de sécurité, près de 600 Marocains à avoir fait le déplacement, à l'époque dans les camps d'entraînement des fameux «Moujahidines arabes» d'Afghanistan. La majorité avait pris part, dans les années 1980, à la «guerre sainte» contre les forces soviétiques déployées en Afghanistan. Le Pakistan et les Etats-Unis servaient de base arrière, d'où partaient les volontaires marocains qui bénéficiaient non seulement du soutien financier des Américains et des Saoudiens, mais également de la bénédiction du gouvernement marocain. Les explications de l'engagement de ces Afghans marocains est plutôt à chercher du côté des archives de la CIA, que dans un quelconque enseignement islamique traditionnel. Ce sont bien les services américains qui ont véritablement géré le départ de ces centaines de jihadistes marocains pour faire le coup de feu à Kaboul. A l'époque, les américains voulaient à tout prix la défaite de l'URSS communiste. Certains ont même été invités à suivre un entraînement militaire intensif dans un camp de la CIA aux Etats-Unis, avant de partir à Kaboul. Parallèlement, à la machine de recrutement, une campagne d'endoctrinement tournait à plein régime, la CIA, par services marocains interposés, infiltrait les facultés et les mosquées du royaume grâce à une littérature abondante et des figures de proue qui faisaient l'apologie de la propagande jihadiste. Le ministère des Habous et des Affaires islamiques tenu d'une main de fer par un certain Abdelkébir Mdaghri Alaoui, était partie prenante de cette vaste opération. ■
Ecoles du jihad ?
Contrairement à une idée répandue, les dizaines de médersas et les 961 zaouias du royaume, n'ont qu'un seul et même ennemi: le wahabisme. L'enseignement qui y est dispensé est d'ailleurs à contre-courant de l'idéologie salafiste puisqu'il est souvent basé sur l'héritage des grands maîtres soufis. Ces écoles fonctionnent sur deux niveaux : un niveau élémentaire d'apprentissage de la lecture du Coran, de mémorisation du Livre sans compréhension véritable, et un niveau supérieur de connaissance, celle des lettres, de la théologie, du Fiqh, de la grammaire, de la syntaxe, de la rhétorique, des Hadith etc... Issus pour la plupart des familles musulmanes pauvres, vivant en général à la campagne, les élèves sont placés par leurs parents auprès d'un maître dont on a reconnu la rigueur et la droiture en plus de son expertise en matière d'exégèse. Ce dernier est d'ailleurs chargé d'assurer à ses ouailles une initiation pratique à la vie communautaire.


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