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Entretien : «Le taux de couverture des engagements actuariels
Publié dans Finances news le 10 - 12 - 2009

* L’élargissement du champ d’application de Solvency II aux caisses de retraite fait actuellement l’objet d’un débat, compte tenu de la spécificité de l’activité de ces caisses.
* Le RCAR est présent au niveau de la commission technique qui sera amenée, au cours de l’année 2010, à proposer des scénarii de réforme à la Commission nationale.
* Les actions représentent actuellement 25% environ de la taille globale du portefeuille placements. Ce pourcentage, qui est une résultante du modèle ALM, demeure tout à fait normal compte tenu de la taille de notre marché boursier.
* Larbi Nouha, Directeur du Pôle Prévoyance, Groupe CDG, revient en détail sur la stratégie de placement du RCAR.
- Finances News Hebdo : Comment se présente aujourd’hui la santé financière de votre régime ?
- Larbi Nouha : La santé financière de notre régime, c’est-à-dire sa capacité à honorer ses engagements, est mesurée chaque année par une évaluation actuarielle. Selon la dernière évaluation, le taux de couverture des engagements actuariels du régime s’élève à 76%. Comparativement aux autres caisses de retraite nationales, nous jugeons notre situation acceptable, d’autant plus que ce ratio est nettement supérieur au taux de capitalisation du régime, fixé à 67%. Il y a lieu de signaler également que la pérennité de notre régime est assurée jusqu’à l’horizon 2038. Ces résultats, qui correspondent à un scénario central, sont appréciés par le biais d’une analyse de sensibilité pour les trois paramètres influant sensiblement sur l’équilibre du régime, en l’occurrence le taux de rendement financier de l’actif, le taux de revalorisation des pensions et la table de mortalité.
- F.N.H. : La notion de risques est importante dans votre métier. Quels sont les principaux risques auxquels vous faites face ? Et, concrètement, comment les gérez vous ?
- L. N. : Effectivement, la gestion des régimes de retraite reste largement prédominée par la gestion de risque. Le premier facteur de risque est le risque de gouvernance. Viennent ensuite les risques des marchés financiers, tels que les risques de taux et la volatilité des titres à revenus variables sur courtes périodes, les risques démographiques, qui sont liés à l’allongement de l’espérance de vie des bénéficiaires de pensions et, enfin, les risques relatifs à l’indexation des pensions.
En ce qui concerne le RCAR, force est de souligner que cet organisme est piloté par un comité de direction composé des représentants des départements ministériels concernés, un représentant de la Cour suprême et 4 représentants des affiliés. Ce comité est présidé par le Directeur général de la CDG.
La gestion des risques liés à nos placements est assurée par CDG Capital, filiale de la Caisse de Dépôt et de Gestion, et à laquelle nous avons confié la gestion de notre actif. Dans ce cadre, un comité d’investissement a été mis en place et dont l’une des principales attributions est de se prononcer sur les orientations stratégiques en matière de placement. En somme, toutes les mesures sont prises pour que le RCAR soit géré de manière à garantir sa viabilité financière à moyen et à long termes, et une liquidité suffisante à court terme.
- F.N.H. : Dans le même ordre d’idées, où en est le chantier de Solvency 2 au sein du RCAR ?
- L. N. : Tout d’abord, permettez-moi de rappeler que, à l’instar de Bâle II pour les banques, ce nouveau cadre réglementaire en matière de gestion des risques pour les compagnies d’assurance, établi par l’Union européenne en 2007 pour une mise en application prévue en 2012, a pour objectif la protection des assurés.
Le périmètre de réforme Solvency II s'articule autour de trois piliers : le premier pilier détermine des exigences quantitatives à respecter, notamment sur l'harmonisation des provisions techniques et la réglementation du dispositif Actif-Passif ; le deuxième pilier impose la mise en place de dispositifs de gouvernance des risques; et le troisième pilier sera consacré à la discipline de communication financière.
Une des principales conséquences de ce dispositif sera la révision du rapport entre le capital détenu par les sociétés d’assurance et les risques qu’elles assument réellement. Deuxièmement, une des règles de Solvency II est l’appréciation « market to market » des placements de long terme.
L’élargissement du champ d’application de ce cadre réglementaire aux caisses de retraite fait actuellement l’objet d’un débat, compte tenu de la spécificité de l’activité de ces caisses et de leur mode de financement. Nous restons très attentifs à ce débat, fort intéressant, et nous le suivons avec un intérêt particulier.
- F.N.H. : Que pensez-vous de la réforme en cours du secteur des retraites ? Et quel rôle y êtes-vous appelés à jouer?
- L. N. : Nous contribuons activement aux travaux actuels relatifs à la réforme en cours du secteur de la retraite. En effet, nous sommes présents au niveau de la commission technique qui sera amenée au cours de l’année 2010 à proposer des scénarii de réforme à la Commission nationale. Il est attendu que le cabinet en charge de l’étude soumettra à la Commission technique son rapport final à fin décembre 2009.
Notre ambition en tant que RCAR est de nous positionner dans le nouveau système qui verra le jour. En effet, grâce à l’agilité de notre système d’information et notre expérience en matière d’absorption des caisses internes de retraite, notre organisme est capable de prendre en charge l’administration de n’importe quelle architecture de régime retraite et je citerai, à titre d’exemple, la gestion d’un régime complémentaire obligatoire pour l’ensemble du secteur public.
- F.N.H. : Dans votre politique de placement, 80% de vos fonds sont placés dans des BDT et dans des obligations. Ne pensez-vous pas que cela limite le rendement des placements de votre régime ?
- L. N. : Conformément aux recommandations du Comité d’investissement, le gisement actions représente actuellement 25% environ de la taille globale de notre portefeuille placements. Ce pourcentage, qui est une résultante du modèle ALM, outil d’optimisation du couple rendement-risque de notre portefeuille placement, demeure tout à fait normal compte tenu de la taille de notre marché boursier; et vous conviendrez que toute stratégie d’investissement reste tributaire de la structure et de la taille du marché financier.
Ceci dit, il ne faut pas oublier que plus on prend de risques pour obtenir un rendement supérieur à long terme, plus la possibilité de perte est importante à court terme. Certes, notre horizon placement étant éloigné, nous pouvons nous permettre une allocation-cible qui donne plus de poids à la poche actions ; toutefois, dans l’état actuel du marché, nous préférons rester prudents. En plus de ces deux instruments de placements, nous essayons de diversifier nos placements et saisir les opportunités les plus appropriées qui se présentent au niveau du marché.
- F.N.H. : Plusieurs organismes ont récemment transféré leur portefeuille de cotisations au RCAR. Y en aura-t-il d’autres prochainement ? Quel en est l’impact sur votre régime ?
- L. N. : Effectivement, nous avons procédé à l’absorption des caisses de retraite de l’ONCF, de la Régie des Tabacs, de l’ODEP, de l’OCP et de 3 régies de distribution d’eau et d’électricité ( la Lydec, la Société des eaux d’Oum Errabi (SEOER) et de Jorf Lasfar Energy Compagny (JELC). Ces opérations qui constituent, de notre point de vue, un premier jalon de la réforme du secteur de la retraite, initié par les pouvoirs publics, ont concerné 31.400 agents en activité et environ 50.000 pensionnés. Le RCAR poursuivra prochainement ces opérations d’intégrations avec d’autres Régies de distribution d’eau et d’électricité et la Caisse interne de l’ONE.
Si les opérations d’intégration des régimes internes de retraite ont été pour le RCAR une occasion pour atténuer la dérive démographique du régime, il n’en demeure pas moins qu’une certaine détérioration s’est opérée au niveau du rapport démographique.
Il reste que le ticket d’entrée de chaque opération d’intégration a été évalué de manière à ce que la neutralité actuarielle de l’opération soit assurée et que les droits acquis antérieurement au transfert soient préservés.


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