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Entretien avec le Dr Amal Bourquia, Pdte de l'Association REINS : «Il reste encore des entraves à contourner»
Publié dans Finances news le 26 - 04 - 2007

* Parmis les freins qui retardent la greffe d'organes au Maroc, on retrouve l'ignorance de ce traitement, les peurs et la mauvaise compréhension de ces thérapies.
* L'exclusivité aux établissements publics exclut une grande partie de la médecine marocaine.
* Dans son dernier livre, «Regard Ethique : La greffe rénale au Maroc», le Dr Bourquia rappelle les nombreuses considérations éthiques.
F. N. H. : Quels sont d'après vous les freins réels à la greffe d'organes au Maroc, dont le rein ?
Amal Bourquia : Il est certain que dans le retard de la greffe d'organes en général et de reins en particulier, de nombreux facteurs sont incriminés, notamment économiques et socioculturels ; la greffe étant un phénomène social au-delà de son aspect médical. Parmi ces freins on retrouve l'ignorance de ce traitement, les peurs et la mauvaise compréhension de ces thérapies. Par ailleurs, les malades rencontrent de nombreuses difficultés aussi bien d'ordre financier qu'organisationnel, la rareté de l'information, l'absence d'une bonne coordination entre les secteurs de soins dans notre pays, le nombre trop réduit des centres de greffe, leur éloignement, le faible pourcentage de spécialistes engagés dans ce domaine, la difficulté de la procédure judiciaire, de l'obtention des prises en charge, l'absence de nomenclature précise. La religion représente aussi pour un bon nombre de patients un obstacle à ce don, pensant que l'Islam l'interdit, selon 25 % des interviewés dans le sondage réalisé par REINS. Ce dernier confirme un besoin accru d'information et de sensibilisation à la greffe rénale, qui continue à avoir une image assez incertaine auprès de la population marocaine.
Pour développer la greffe d'organes il va falloir améliorer la perception de ces thérapies et combattre et contourner les nombreuses entraves.
F. N. H. : Peut-on dire que les procédures ont été assouplies ?
A. B. : Pas réellement, la seule chose qui a changé par rapport au début de l'utilisation des nouveaux textes est la possibilité pour le citoyen de faire acte de sa volonté de donner, auprès du tribunal du lieu de résidence, alors qu'auparavant il était obligé de se déplacer à Rabat ou à Casablanca.
F. N. H. : La généralisation de la greffe d'organes, notamment en dehors des quelques hôpitaux publics qui la pratiquent à ce jour, ne peut-elle pas donner naissance à un trafic d'organes, comme c'est le cas dans d'autres pays comme l'Egypte ?
A. B. : Non ; et je trouve même le fait d'y penser très dégradant pour les médecins exerçant dans le secteur libéral et dont beaucoup viennent du secteur public. Dans les pays où sont pratiquées ces transactions commerciales, elles sont en grande partie faites dans des structures publiques, car les responsables ferment les yeux. Nous devons condamner sans équivoque ces pratiques inacceptables avec des banques de donneurs vivants non apparentés, comme il est essentiel d'essayer de tout faire pour éviter ces dérapages chez nous, et ce dans tous les secteurs de la santé.
Par ailleurs, l'exclusivité aux établissements publics pour la pratique de la transplantation exclut une grande partie de la médecine marocaine : celle du secteur libéral qui dispose de moyens techniques performants et surtout d'opérateurs compétents, dont l'ensemble de ceux qui ont réalisé les premières greffes rénales, qui se trouvent mis à l'écart de cette thérapie pour de prétendus soucis d'éviction de «dérapages». Le respect de la loi et celui des principes éthiques sont-ils incompatibles avec la pratique médicale en secteur libéral ? Le secteur sanitaire marocain n'est-il pas dans le besoin de toutes ses compétences ?
F. N. H. : En cas de généralisation du don d'organes, avez-vous imaginé une stratégie de contrôle pour éviter les dérives ?
A. B. : Le respect de la loi s'impose à tous les secteurs. D'ailleurs, la loi marocaine stipule qu'il doit exister entre le donneur et le receveur des liens de parenté (père, mère, fils, fille, frère ou sœur, oncles, tantes). En cas d'extrême urgence, le conjoint peut être le donneur à titre exceptionnel. Ces accords sont assurés par le Président du tribunal de première instance, et répertoriés dans un registre ; je ne vois pas comment on peut s'inventer un parent proche de cette manière ?
Il est temps de faire participer l'ensemble des compétences dont dispose le pays pour l'essor de cette technique thérapeutique incontournable dans la prise en charge de l'insuffisance rénale chronique évoluée et laisser de côté des allégations sans fondement aucun.
F. N. H. : Quelles sont les principales recommandations sur lesquelles vous êtes revenue dans votre dernier livre ?
A. B. : Dans mon nouveau livre, j'ai rappelé les nombreuses considérations éthiques destinées à l'information et à la sensibilisation des citoyens, des acteurs de la santé et des décideurs marocains. Ce livre rappelle que selon la culture, les croyances, les ressources limitées octroyées pour la santé, que la greffe avec donneur vivant est actuellement préférable à celle issue des morts encéphaliques. J'y résume également sous l'angle éthique les différents facteurs régissant la greffe rénale : économiques, culturels, sociaux, ainsi que la réglementation actuelle en rappelant la valeur humaine du don. Ce livre souligne aussi le rôle décisif de l'équipe soignante dans l'information, les délibérations éthiques et indique concrètement quelques conseils avisés destinés aux acteurs de la santé et aux décideurs afin d'améliorer la santé des patients urémiques marocains.


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