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Entretien : «Les malades mentaux potentiellement dangereux représentent 2 % de la population»
Publié dans Finances news le 20 - 01 - 2011

L'immense majorité des malades mentaux ne représente aucun danger pour eux-mêmes et pour la société.
Seuls 2 % de la population, soit 600.000 personnes, peuvent être éventuellement dangereux en cas d'arrêt du traitement.
En 2010, le ministère de la Santé a acheté pour 52 millions de DH de médicaments pour contrecarrer ce danger d'arrêt du traitement. Idem pour 2011.
Le professeur Driss Moussaoui, Directeur du Centre psychiatrique universitaire Ibn Rochd, expose les principaux problèmes qui peuvent mener à une tragédie humaine.
- Finances News Hebdo : À chaque fois qu'un malade mental commet un forfait ressurgit la question de la menace de ces personnes ; les malades mentaux sont-ils tous dangereux ?
- Driss Moussaoui : Il faut savoir que la grande majorité de ceux qui commettent des homicides ne sont pas des malades mentaux. Il est important de dire que tout criminel n'est pas un malade mental.
Il est vrai cependant que certains malades mentaux peuvent devenir dangereux pour eux-mêmes et pour leur entourage quand ils ne prennent pas leur traitement, quand ils ne sont pas suivis médicalement et surtout quand ils prennent des drogues. Maladie mentale, moins médicaments, plus drogues, c'est un cocktail explosif.
Il est important de signaler que l'immense majorité des malades mentaux ne présente aucun danger pour eux-mêmes ou pour les autres. L'enquête nationale concernant la fréquence des troubles mentaux dans la population générale de 15 ans et plus, avait montré que plus de 40 % de la population souffrent d'un trouble mental ou d'un autre.
Nous estimons le nombre de personnes qui pourraient être éventuellement dangereuses pour elles-mêmes ou pour les autres au Maroc, si ces personnes ne prennent pas leur traitement ou prennent des drogues, à environ 2% de la population, soit 600.000 personnes. Quand il y a meurtre, c'est bien sûr une tragédie, mais heureusement qu'il y a peu de meurtres ou d'agressions par ce nombre considérable de personnes potentiellement dangereuses.
- F.N.H : Dispose-t-on des infrastructures nécessaires pour les prendre en charge ?
- D. M. : Pour l'instant, le Maroc dispose de 2.200 lits dans les différents services et hôpitaux psychiatriques du pays. Il est donc impossible de garder tout le monde, tout le temps, et ce n'est d'ailleurs pas souhaitable.
Pour tous ces malades, s'ils suivent leur traitement, et si leurs familles les amènent régulièrement à leurs consultations, la majorité se porterait bien et mènerait une vie quasi normale.
- F.N.H : La maladie mentale est-elle toujours tabou ?
- D. M. : De moins en moins. En réalité, il y a une sorte de crainte, d'angoisse des gens face à la maladie mentale et aux malades mentaux… et tout cela conduit à la stigmatisation. Peu de gens savent que ce sont là des troubles très fréquents et que l'immense majorité de ceux qui sont en souffrance mentale ne présente aucun danger !
- F.N.H : La prise quotidienne et à vie de médicaments psychothérapeutiques est-elle une cause d'abandon ou de découragement ?
- D. M. : Toutes les maladies chroniques rendent les malades réticents quant à une bonne observance de leur traitement. En psychiatrie, nous avons des médicaments qu'on appelle des neuroleptiques à action prolongée pour les malades schizophrènes. Il s'agit d'une injection une fois toutes les trois à quatre semaines qui équivaut à un traitement quotidien. Il suffit donc pour la famille du malade de le ramener une fois tous les 21 ou 28 jours pour que la personne se porte bien pendant des années.
Certaines maladies psychiatriques ont besoin d'être soignées à vie comme on le ferait pour un diabétique ou un hypertendu !
- F.N.H : Mais qu'est-ce qui est fait pour assurer une prise régulière de médicaments chez les patients ?
- D. M. : Ce que je peux vous dire c'est que le ministère de la Santé et les autorités concernées, notamment le ministère de l'Intérieur, ont parfaitement pris la mesure de la gravité de la situation. Et dans ce sens, le ministère de la Santé a acheté pour 52 millions de DH de médicaments psychotérapeutiques en 2010 et 52 millions d'autres sont prévus pour l'année 2011.
Deuxièmement, pour la ville de Casablanca, dans les deux à trois années à venir, le nombre des lits psychiatriques va doubler ! Actuellement, nous sommes à 250 lits et 270 autres vont s'ajouter à la capacité actuelle. Ce ne sera pas suffisant, certes, mais ce sera mieux. Les responsables de la ville de Casablanca érigent ce sujet, qui est aussi un problème d'ordre public, à la tête de leur priorité. Donc, la prise de conscience est là …
- F.N.H : Au-delà du médicament, qu'en est-il de l'obligation d'un membre de la famille à assurer le suivi médical du patient ?
- D. M. : La loi existe, mais elle n'est pas appliquée. C'est le Dahir de 1959 qui dit que tous les malades mentaux qui peuvent présenter potentiellement un danger peuvent accéder gratuitement aux médicaments fournis par les services publics de santé et doivent être suivis par un médecin sous le contrôle d'un juge. Mais cela n'est pas appliqué. Ce n'est qu'avec l'achat pour 52 millions de DH des médicaments en question que cela deviendra possible. Il faudrait aussi plus de collaboration avec les juges.
- F.N.H : La loi prévoit-elle la désignation d'un tuteur pour le malade ?
- D. M. : C'est sous contrôle de la Justice encore une fois. Encore faut-il que le juge intervienne pour désigner une personne de l'entourage du malade qui sera tenue pour responsable de l'administration de ces médicaments.
- F.N.H : Dans ce schéma-là, la désignation d'un tuteur ou d'un parrain est-elle une procédure lourde ?
- D. M. : Bien entendu, il est difficile pour un médecin traitant de désigner lui-même la personne responsable. Le plus souvent c'est la mère qui assume cette lourde responsabilité, et reçoit en retour l'agressivité du malade. Dans le cadre du dahir de 1959, il est possible d'entamer la démarche auprès de la Justice pour désigner cette personne qui sera responsable du suivi du traitement du malade.
- F.N.H : Quel genre de malade peut être potentiellement dangereux en cas d'arrêt du traitement, ou de prise de drogue ?
- D. M. : D'abord, il y a deux types de dangers : vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis des autres. Dans le premier cas, figure essentiellement le suicide. Il faut retenir que 10 % des personnes déprimées peuvent tenter de mettre fin à leurs jours, 10 % des schizophrènes meurent de suicide, idem pour les personnes souffrant de troubles bipolaires… Ce sont là des taux importants que l'on ne peut pas négliger ! Il faut savoir que dans le monde, on meurt par suicide plus que par le Sida. On meurt plus par suicide que par accidents de la route, homicides et guerres réunies ! Pourtant, personne n'en parle, alors que c'est également une tragédie. Le deuxième type de danger que peuvent présenter les malades mentaux potentiellement dangereux, sont les agressions sur les autres. Souvent, celui qui est le plus agressif est celui qui a le plus peur. Un malade schizophrène, bipolaire ou en confusion mentale, en arrêt de traitement, est une personne hallucinée, délirante qui ne mesure pas la gravité de ses faits et gestes. D'où l'importance du rôle de la famille pour assurer un bon suivi du malade à vie.
- F.N.H : La médiatisation de ces faits divers rend-elle finalement service aux malades ?
- D. M. : Je dois dire, Dieu merci, que les médias au Maroc font du bon travail. Dans la grande majorité des cas, les journalistes sont de bons partenaires des psychiatres pour relayer le bon message.
- F.N.H : Un problème que personne n'évoque est le cas des malades mentaux SDF ou clochards. Qu'en est-il actuellement de leur prise en charge ?
- D. M. : Effectivement, certains malades mentaux graves sont en rupture avec leurs familles et se retrouvent à la rue, clochardisés. Pour les prendre en charge, il faut mettre en place des centres sociaux pour les accueillir. Il en existe, mais avec un nombre de places insuffisant. Nous psychiatres, nous pouvons contribuer à leur bien-être en les soignant. Rappelons que 60 à 70 % des clochards sont des malades mentaux graves. Il nous arrive de recevoir au Centre Psychiatrique Universitaire Ibn Rochd (104 lits seulement) 30 SDF d'un coup. Que faire ? Même si on les hospitalise et qu'on les traite, une fois relâchés dans la nature, ils arrêtent leur traitement et on les retrouverait dans le même état quelques semaines après… Ce serait comme donner des coups d'épée dans l'eau !
Propos recueillis par Imane Bouhrara


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