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Entretien : «L'UE exige des pays de remplir toutes les conditions d'adhésion, mais en les laissant sur le seuil»
Publié dans Finances news le 09 - 12 - 2010

Le Statut avancé se trouve aujourd'hui plus ou moins «dilué» dans plusieurs projets communautaires euro-méditerranéens.
Quelle capacité a le Maroc pour tirer avantage de tout un faisceau d'opportunités que ces différents cadres peuvent offrir ?
Le pays doit disposer d'une stratégie assortie de choix et d'objectifs précis et cohérents.
Najib Akesbi, professeur universitaire, économiste et membre du Cercle d'Analyse Economique, de la Fondation Abderrahim Bouabid, fait le décryptage.
- Finances News Hebdo : Le 9ème Conseil d'Association Maroc-UE verra la mise en place d'un nouveau plan d'action 2010-2015. On a constaté un léger retard de la partie marocaine à faire une proposition à l'UE de ses attentes du Statut avancé et comment elle le conçoit. De votre point de vue, en tant qu'économiste, où réside la difficulté pour un pays comme le nôtre de se rapprocher davantage du marché commun qu'est l'UE ?
- Najib Akesbi : Je voudrais d'abord remarquer que pour moi, le Statut avancé se trouve aujourd'hui plus ou moins «dilué» dans plusieurs projets communautaires euro-méditerranéens, quatre exactement, qui ne font en fait qu'ajouter à la confusion existante. Je m'explique. Il y a d'un côté l'Accord d'association de 1995, notamment avec sa composante «Zone de libre-échange» pour les produits industriels, dont le processus arrive quasiment à terme puisqu'il reste à peine une quinzaine de mois pour son entrée en vigueur totale et effective. Il y a, par ailleurs, depuis le milieu des années 2000, la Politique Européenne de Voisinage (PEV), qui est déjà fondée sur des relations privilégiées, des valeurs communes et une ambition d'intégration avancée, et dans laquelle le Maroc s'inscrit comme un acteur important. Il y a encore l'Union Pour la Méditerranée, officiellement lancée le 13 juillet 2008, qui a certes assez vite tourné très court, mais dans laquelle le Maroc cherche néanmoins à jouer un certain rôle, fut-ce au travers de simples projets sectoriels limités (le plan solaire par exemple…). Et il y a enfin ce fameux «Statut avancé», accordé au Maroc en octobre 2008 et qui promet, selon la formule consacrée, «tout sauf les institutions»… Tout cela, en réalité, fait désordre et à force de vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, nous condamne à faire du surplace. Car, la vraie question que nous devons poser à nous-mêmes est la suivante : le Maroc est-il en mesure d'optimiser cette situation assez complexe ? A-t-il la capacité de tirer avantage de tout un faisceau d'opportunités que ces différents cadres peuvent offrir, et en même temps minimiser les contraintes qu'ils peuvent nous imposer, sur les plans politique, économique, financier et social ?
- F. N. H. : Qu'est-ce qui empêche le Maroc de les saisir ?
- N. A. : L'absence d'une vision claire de notre avenir, d'une stratégie assortie de choix et d'objectifs précis et cohérents ! Aujourd'hui, il y a encore un vrai déficit en matière de choix stratégiques, et le coût de ce déficit devient de plus en plus lourd à payer.
Situons-nous sur le terrain économique pour mieux comprendre. Le Statut avancé lève la barre très haut sur ce plan : théoriquement, on pourrait aller bien au-delà de la zone de libre-échange, aller vers l'union douanière, puis le marché unique, avec des politiques communes et même une monnaie unique… Mais en promettant tout cela, l'Union européenne sait bien qu'elle ne prend pas beaucoup de risques puisque le Maroc est loin, très loin de réunir les conditions pour pouvoir y arriver. C'est donc du long terme, et même du très long terme (au sens que Keynes lui donnait : «à long terme nous sommes tous morts !)». En attendant, ce qui est concret, ce sont les accords conclus ou en cours de l'être sur le plan des échanges industriels, agricoles, des services et qui tous, conduisent au même résultat que nous ne connaissons que trop : c'est l'Union européenne qui y gagne et c'est le Maroc qui y perd, au point que notre déficit commercial avec l'entité européenne devient abyssal. Pour le reste, dès qu'il est question de domaines où les intérêts européens les plus modestes risquent un tant soit peu d'être bousculés, comme en ce qui concerne nos exportations de produits agricoles, l'Union européenne se hâte d'oublier ses belles promesses pour se recroqueviller sur des postures protectionnistes assez primaires. Le dernier exemple de ce comportement est fourni par l'accord agricole conclu, il y a un an (mais non encore ratifié), et qui revient à la montagne accouchant d'une souris puisque, en dépit du tapage des lobbies espagnols, on sait bien que les dispositifs protectionnistes -non tarifaires- européens, ceux-là mêmes qui entravent le développement des exportations marocaines depuis des décennies, y sont résolument maintenus. Donc, d'un côté une hypocrisie européenne notoire et, de l'autre, du côté de nos gouvernants, une incapacité à négocier correctement nos intérêts, et surtout une propension à signer des accords «à l'aveuglette», qui engagent notre économie alors même que rien n'est par ailleurs fait pour «mettre à niveau» cette dernière, ne serait-ce que pour renforcer sa compétitivité et lui permettre de gagner quelque chose à la libéralisation des échanges…
- F. N. H. : Donc, malgré la multitude d'accords signés, l'accès au marché européen reste improbable ?
- N. A. : En tout cas, dans le domaine agricole, avec notre principal marché qu'est l'Union européenne, les problèmes qui entravent le développement des exportations marocaines restent quasiment les mêmes. Le protectionnisme en question est surtout non tarifaire, c'est-à-dire plus sévère et plus insidieux : les quotas, les contingents, les calendriers, les prix d'entrée, les normes de qualité… La même Union européenne qui nous fait miroiter le «marché unique» du Statut avancé, continue aujourd'hui à nous chipoter 2.000 tonnes de tomates par-ci ou quelques jours de calendriers pour la courgette ou la fraise, par là ! On reste en deçà même de ce qui a été obtenu dans le cadre de l'accord avec les Etats-Unis, qui, eux, s'en tiennent au libre-échange et ne promettent rien de plus !
- F. N. H. : La partie marocaine n'y est-elle pas pour quelque chose ?
- N. A. : Il est clair que, pour moi, les responsabilités sont largement partagées. Les responsables marocains commencent à «découvrir» et prendre la mesure de l'ampleur des dégâts causés par les accords de libre-échange (tous les accords de libre-échange), de toute évidence mal préparés et mal négociés, et de ce fait commencent (mais commencent seulement…) à être plus circonspects, d'autant plus qu'ils mesurent aussi le retard pris pour engager les réformes nécessaires, les seules à même de conduire à des relations un peu moins déséquilibrées avec nos partenaires. Du côté européen, il y a les promesses mirobolantes à long terme et les gains tangibles à court terme, lesquels du reste n'ont pas toujours besoin d'être «sonnants et trébuchants»…
Prenons l'exemple des négociations actuelles sur la libéralisation des services. Il n'est guère difficile de voir que le vrai problème qui empêche jusqu'à présent l'aboutissement à un accord est principalement celui qui porte sur la circulation des personnes (plus précisément dans le cadre du «mode 4»), autrement dit, la question des visas, et au-delà, celle plus générale de l'émigration. L'Europe veut bien de la libre circulation des marchandises, des services, voire des capitaux, mais surtout pas celle des personnes !
- F. N. H. : Tout cela nous laisse dire que l'Europe ne cesse de perdre en crédibilité ?
- N. A. : Prenons, pour vous répondre, encore un autre aspect du partenariat euro-marocain. Déjà, dans les accords d'association comme dans la politique européenne de voisinage, il y a, en principe, un volet appelé pudiquement «Dialogue politique», l'idée étant d'aller progressivement, et par le dialogue et l'interpellation, vers l'édification au Maroc d'un véritable Etat de droit, qui respecte les droits de l'homme, conduit des élections transparentes, et instaure la séparation et l'équilibre des pouvoirs… Or, avez-vous déjà vu l'Union européenne activer les mécanismes prévus à cet effet tout au long des dernières années lorsqu'il a été question, à de nombreuses reprises, de vraies atteintes aux droits de l'homme, à la liberté d'expression, à celle de la presse au Maroc ? Hélas non.
Cela ne rend pas très crédible les discours européens et en même temps rassure les autorités marocaines qui ont appris à faire avec… Du reste, la posture européenne est d'autant moins crédible qu'on voit bien que certaines autorités européennes sont plus promptes à hausser le ton quand il s'agit de titiller le Maroc sur la question du Sahara, alors que, par ailleurs, des leaders, des militants démocrates et des journalistes peuvent être jetés en prison pour leurs idées, des journaux peuvent être fermés, des cas de tortures peuvent être identifiés, sans que les Institutions européennes bougent le petit doigt…
Au fond, ce qui intéresse l'Union européenne n'est rien d'autre que de s'assurer en permanence que le Maroc joue parfaitement son rôle de «gendarme» pour contenir les flux migratoires en provenance d'Afrique subsaharienne, et pour cela, on peut se montrer assez «compréhensif», fermer les yeux sur tel ou tel manquement aux fondements mêmes de l'Etat de droit. Bien que la prétention du Statut avancé est d'aller plus loin que l'accord d'association (notamment avec une dimension plus «institutionnelle», la participation à certains programmes et certaines agences européennes…), la réalité est que, jusqu'à présent, l'Union européenne ne se résout guère à donner un contenu tangible et efficace à ce qui ne reste finalement qu'un slogan politique.
D'ailleurs, la «méthode» adoptée pour accompagner une telle conduite est subtile et même pernicieuse ; elle se veut «différenciée et conditionnelle» : on vous accompagne selon votre propre rythme. Le message européen en substance est le suivant : si vous avancez rapidement sur la voie des «réformes», on vous donne une aide en conséquence, alors que si vous allez plus lentement, eh bien qu'à cela ne tienne, mais alors, l'aide aussi évoluera plus lentement. Comme on sait bien, surtout dans le domaine politique, que les progrès, lorsqu'ils existent, ne peuvent être que très lents, on ne prend pas beaucoup de risque, et on est ainsi assuré que le «coût d'accompagnement» -financier et autre- peut rester contenu dans des limites assez étroites.
- F. N. H. : L'UE pose également des conditions nouvelles comme la convergence vers les normes et standards européens. Est-ce là une nouvelle forme de barrières non-tarifaires ?
- N. A. : C'est là justement un des «malentendus» qui existe déjà dans le cadre de la politique européenne de voisinage et se retrouve dans le projet de Statut avancé. Le problème réside dans le fait que l'Union européenne exige des pays «voisins» pratiquement et quasiment de remplir les mêmes conditions au niveau de ce qu'il est convenu d'appeler «l'acquis communautaire» (les lois et réglementations, les normes de qualité…) que celles qu'elle exige des pays européens ayant vocation à en devenir membres à part entière. Or, si ces derniers voient d'une certaine manière leurs efforts et leurs sacrifices «récompensés» par les avantages de l'adhésion pleine et entière, tel n'est pas le cas des premiers ! Les candidats à l'adhésion font des réformes pour adopter l'acquis communautaire et obtiennent l'adhésion à la clé, alors que les «voisins» devraient fournir les mêmes efforts mais ne peuvent jamais prétendre à l'adhésion. En conséquence, ils peuvent s'approcher le plus possible de la «porte», approcher le seuil d'entrée, mais rester néanmoins «dehors» ! On leur demande presque tout sauf le couronnement, la contrepartie du «tout» qui est l'adhésion. C'est cette exclusion / frustration qui pose problème et fait que de nombreux pays concernés -dont le Maroc- peuvent se sentir insuffisamment motivés pour aller pleinement vers cet acquis communautaire, et peuvent même y voir plus les aspects négatifs que positifs.
Vous savez, je ne suis pas nécessairement contre le fait qu'on adopte les normes européennes lorsqu'elles constituent objectivement un progrès par rapport à ce que nous avons, et qu'elles permettent de nous hisser à un niveau de qualité supérieur. Cela peut être une bonne chose. Mais, en même temps, l'Europe n'est pas seule dans le monde ! Et quand on adopte les normes européennes, ça veut dire qu'on n'adopte pas celles américaines, ou japonaises, donc cela veut dire qu'on fait un choix qui n'est pas simplement économique, mais également social, sociétal. Ce choix représente un coût d'opportunité pour nous, et la question est alors de savoir si l'Europe nous offre une perspective suffisamment intéressante, attrayante pour minimiser ce coût…
La responsabilité de nos gouvernants est également lourde. Je parlais au début d'absence de vision… Même si on peut ne pas le partager, ce serait déjà un «progrès» si nos responsables pouvaient une bonne fois pour toute clarifier leur choix stratégique à cet égard, dire par exemple : «oui, nous voulons nous «arrimer» à l'Europe et nous sommes disposés à en payer le prix, à condition que cette dernière nous offre une vraie perspective dans laquelle nous pourrions trouver notre compte». Nous serions déjà mieux instruits sur ce que nous pourrions demander de précis à l'Europe. Seulement, il faut savoir que quand on fait ce choix, on ne va pas signer un accord de libre-échange avec les Etats-Unis ! C'est à tout le moins incohérent car, en toute logique, un tel accord nous interdit d'atteindre même le simple stade de l'Union douanière avec l'Union européenne, puisque le «tarif extérieur commun», caractéristique propre à cette phase, devient impossible… Comment aller vers le marché unique et les politiques communes promis par le Statut avancé sans ce qui en est le préalable, l'Union douanière ?! C'est une incohérence et même une contradiction flagrante, mais pour l'instant personne ne veut la voir car personne n'en entrevoit de toute façon l'avènement à un horizon visible. Et comme ce n'est pas demain la veille, que tout cela est de l'ordre de ce «long terme où l'on sera tous morts», eh bien, chacun peut continuer à entretenir les fantasmes ou les illusions de l'autre, sans grand risque…
- F. N. H. : Dans ce contexte de crise que traverse l'Europe, n'est-il pas possible que le Statut avancé connaisse le même sort que l'Union pour la Méditerranée, à savoir être relégué aux calendes grecques ?
- N. A. : Sur le fond, je viens de répondre ! Maintenant, je pense que le problème de l'Union Pour la Méditerranée intègre des données politiques et géostratégiques qui le rendent plus complexe. Pour faire court, l'UPM ne peut et ne pouvait marcher pour deux raisons au moins : la première est interne à l'Union européenne en raison de l'hostilité à ce projet des pays membres non méditerranéens (d'une certaine manière ce premier obstacle a été «contourné» quand on leur a fait la concession qui change tout : le passage du projet d'Union de la Méditerranée au projet d'Union pour la Méditerranée…), la seconde n'est autre que le conflit israélo-palestinien, car tout le monde sait que tant que ce problème n'est pas résolu, aucun projet de construction régionale à l'échelle de la Méditerranée ne peut avoir la moindre chance de réussir. A l'échelle euro-méditerranéenne, et dans le contexte géostratégique mondial, l'équation est trop complexe.
Pour ce qui est du Statut avancé accordé au Maroc, le problème est d'une certaine manière plus simple dans la mesure où il dépend principalement des deux acteurs concernés que sont le Maroc et l'Union européenne. D'une part, l'Union européenne doit accorder ses actes à ses paroles et cesser de nous voir seulement à travers le prisme sécuritaire ; concrètement, elle doit donc clairement établir un calendrier fixant des objectifs précis et datés (même si c'est dans 20 ou 30 ans !), avec des objectifs d'étape et les conditions nécessaires pour y parvenir, ainsi que les critères d'évaluation des résultats obtenus. Du côté marocain, nous devons également clairement expliciter nos choix stratégiques, par rapport à l'Union européenne et donc par rapport au reste du monde, et traduire, cela en actes concrets et conséquents, puis nos gouvernants doivent se poser des questions simples et leur apporter les réponses nécessaires : sont-ils capables de relever le défi que pose au pays le Statut avancé ? Si ce «statut» offre des opportunités de progrès et de développement à différents niveaux, que font-ils et que doivent-ils faire pour traduire ces opportunités en réalité ? Quelles sont les réformes incontournables, sur les plans politique, économique et social, à même de permettre au pays d'entrer dans la dynamique, aussi bien de l'intégration économique que de l'Etat de droit ? Le jour où ils apporteront les réponses adéquates à ces questions et commenceront à les mettre en œuvre sur le terrain, ils seront plus crédibles et, partant plus audibles. En attendant, avancé ou pas, notre «statut» restera celui d'un partenaire de seconde zone…
Dossier réalisé par ImaneBouhrara & Soubha Es-siari


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